Chéri

Chéri I.

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Chéri I.

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— LĂ©a ! Donne-le-moi, ton collier de perles ! Tu m’entends, LĂ©a ? Donne-moi ton collier !

Aucune rĂ©ponse ne vint du grand lit de fer forgĂ© et de cuivre ciselĂ©, qui brillait dans l’ombre comme une armure.

— Pourquoi ne me le donnerais-tu pas, ton collier ? Il me va aussi bien qu’à toi, — et mĂȘme mieux !

Au claquement du fermoir, les dentelles du lit s’agitĂšrent, deux bras nus, magnifiques, fins au poignet, Ă©levĂšrent deux belles mains paresseuses.

— Laisse ça, ChĂ©ri, tu as assez jouĂ© avec ce collier.

— Je m’amuse
 Tu as peur que je te le vole ?

Devant les rideaux roses traversés de soleil, il dansait, tout noir, comme un gracieux diable sur fond de fournaise. Mais quand il recula vers le lit, il redevint tout blanc, du pyjama de soie aux babouches de daim.

— Je n’ai pas peur, rĂ©pondit du lit la voix douce et basse. Mais tu fatigues le fil du collier. Les perles sont lourdes.

— Elles le sont, dit ChĂ©ri avec considĂ©ration. Il ne s’est pas moquĂ© de toi, celui qui t’a donnĂ© ce meuble.

Il se tenait devant un miroir long, appliquĂ© au mur entre les deux fenĂȘtres, et contemplait son image de trĂšs beau et trĂšs jeune homme, ni grand ni petit, le cheveu bleutĂ© comme un plumage de merle. Il ouvrit son vĂȘtement de nuit sur une poitrine mate et dure, bombĂ©e en bouclier, et la mĂȘme Ă©tincelle rose joua sur ses dents, sur le blanc de ses yeux sombres et sur les perles du collier.

— Ôte ce collier, insista la voix fĂ©minine. Tu entends ce que je te dis ?

Immobile devant son image, le jeune homme riait tout bas :

— Oui, oui, j’entends. Je sais si bien que tu as peur que je te le prenne !

— Non. Mais si je te le donnais, tu serais capable de l’accepter.

Il courut au lit, s’y jeta en boule :

— Et comment ! Je suis au-dessus des conventions, moi. Moi, je trouve idiot qu’un homme puisse accepter d’une femme une perle en Ă©pingle, ou deux pour des boutons, et se croie dĂ©shonorĂ© si elle lui en donne cinquante


— Quarante-neuf.

— Quarante-neuf, je connais le chiffre. Dis-le donc que ça me va mal ? Dis-le donc que je suis laid ?

Il penchait sur la femme couchĂ©e un rire provocant qui montrait des dents toutes petites et l’envers mouillĂ© de ses lĂšvres. LĂ©a s’assit sur le lit :

— Non, je ne le dirai pas. D’abord parce que tu ne le croirais pas. Mais tu ne peux donc pas rire sans froncer ton nez comme ça ? Tu seras bien content quand tu auras trois rides dans le coin du nez, n’est-ce pas ?

Il cessa de rire immĂ©diatement, tendit la peau de son front, ravala le dessous de son menton avec une habiletĂ© de vieille coquette. Ils se regardaient d’un air hostile ; elle, accoudĂ©e parmi ses lingeries et ses dentelles, lui, assis en amazone au bord du lit. Il pensait : « Ça lui va bien de me parler des rides que j’aurai. » Et elle : « Pourquoi est-il laid quand il rit, lui qui est la beautĂ© mĂȘme ? » Elle rĂ©flĂ©chit un instant et acheva tout haut sa pensĂ©e :

— C’est que tu as l’air si mauvais quand tu es gai
 Tu ne ris que par mĂ©chancetĂ© ou par moquerie. Ça te rend laid. Tu es souvent laid.

— Ce n’est pas vrai ! cria ChĂ©ri, irritĂ©.

La colĂšre nouait ses sourcils Ă  la racine du nez, agrandissait les yeux pleins d’une lumiĂšre insolente, armĂ©s de cils, entr’ouvrait l’arc dĂ©daigneux et chaste de la bouche. LĂ©a sourit de le voir tel qu’elle l’aimait, rĂ©voltĂ© puis soumis, mal enchaĂźnĂ©, incapable d’ĂȘtre libre ; — elle posa une main sur la jeune tĂȘte qui secoua impatiemment le joug. Elle murmura, comme on calme une bĂȘte :

— Là
 là
 Qu’est-ce que c’est
 qu’est-ce que c’est donc


Il s’abattit sur la belle Ă©paule large, poussant du front, du nez, creusant sa place familiĂšre, fermant dĂ©jĂ  les yeux et cherchant son somme protĂ©gĂ© des longs matins, mais LĂ©a le repoussa :

— Pas de ça, ChĂ©ri ! Tu dĂ©jeunes chez notre Harpie nationale et il est midi moins vingt.

— Non ? je dĂ©jeune chez la patronne ? Toi aussi ?

Léa glissa paresseusement au fond du lit.

— Pas moi, j’ai vacances. J’irai prendre le cafĂ© Ă  deux heures et demie — ou le thĂ© Ă  six heures — ou une cigarette Ă  huit heures moins le quart
 Ne t’inquiĂšte pas, elle me verra toujours assez
 Et puis, elle ne m’a pas invitĂ©e.

ChĂ©ri, qui boudait debout, s’illumina de malice :

— Je sais, je sais pourquoi ! Nous avons du monde bien ! Nous avons la belle Marie-Laure et sa poison d’enfant !

Les grands yeux bleus de Léa, qui erraient, se fixÚrent :

— Ah ! oui ! Charmante, la petite. Moins que sa mùre, mais charmante
 Ôte donc ce collier, à la fin.

— Dommage, soupira ChĂ©ri en le dĂ©grafant. Il ferait bien dans la corbeille.

Léa se souleva sur un coude :

— Quelle corbeille ?

— La mienne, dit ChĂ©ri avec une importance bouffonne. MA corbeille de MES bijoux de MON mariage


Il bondit, retomba sur ses pieds aprĂšs un correct entrechat-six, enfonça la portiĂšre d’un coup de tĂȘte et disparut en criant :

— Mon bain, Rose ! Tant que ça peut ! Je dĂ©jeune chez la patronne !

— C’est ça, songea LĂ©a. Un lac dans la salle de bain, huit serviettes Ă  la nage, et des raclures de rasoir dans la cuvette. Si j’avais deux salles de bains


Mais elle s’avisa, comme les autres fois, qu’il eĂ»t fallu supprimer une penderie, rogner sur le boudoir Ă  coiffer, et conclut comme les autres fois :

— Je patienterai bien jusqu’au mariage de ChĂ©ri.

Elle se recoucha sur le dos et constata que ChĂ©ri avait jetĂ©, la veille, ses chaussettes sur la cheminĂ©e, son petit caleçon sur le bonheur-du-jour, sa cravate au cou d’un buste de LĂ©a. Elle sourit malgrĂ© elle Ă  ce chaud dĂ©sordre masculin et referma Ă  demi ses grands yeux tranquilles, d’un bleu jeune et qui avaient gardĂ© tous leurs cils chĂątains. À quarante-neuf ans, LĂ©onie Vallon, dite LĂ©a de Lonval, finissait une carriĂšre heureuse de courtisane bien rentĂ©e, et de bonne fille Ă  qui la vie a Ă©pargnĂ© les catastrophes flatteuses et les nobles chagrins. Elle cachait la date de sa naissance ; mais elle avouait volontiers, en laissant tomber sur ChĂ©ri un regard de condescendance voluptueuse, qu’elle atteignait l’ñge de s’accorder quelques petites douceurs. Elle aimait l’ordre, le beau linge, les vins mĂ»ris, la cuisine rĂ©flĂ©chie. Sa jeunesse de blonde adulĂ©e, puis sa maturitĂ© de demi-mondaine riche n’avaient acceptĂ© ni l’éclat fĂącheux, ni l’équivoque, et ses amis se souvenaient d’une journĂ©e de Drags, vers 1895, oĂč LĂ©a rĂ©pondit au secrĂ©taire du Gil Blas qui la traitait de « chĂšre artiste » :

— Artiste ? Oh ! vraiment, cher ami, mes amants sont bien bavards


Ses contemporaines jalousaient sa santĂ© imperturbable, les jeunes femmes, que la mode de 1912 bombait dĂ©jĂ  du dos et du ventre, raillaient le poitrail avantageux de LĂ©a, — celles-ci et celles-lĂ  lui enviaient Ă©galement ChĂ©ri.

― Eh, mon Dieu ! disait LĂ©a, il n’y a pas de quoi. Qu’elles le prennent. Je ne l’attache pas, et il sort tout seul.

En quoi elle mentait Ă  demi, orgueilleuse d’une liaison, — elle disait quelquefois : adoption, par penchant Ă  la sincĂ©ritĂ© — qui durait depuis six ans.

« La corbeille
 redit LĂ©a. Marier ChĂ©ri. Ce n’est pas possible, — ce n’est pas humain
 Donner une jeune fille Ă  ChĂ©ri, — pourquoi pas jeter une biche aux chiens ? Les gens ne savent pas ce que c’est que ChĂ©ri. »

Elle roulait entre ses doigts, comme un rosaire, son collier jetĂ© sur le lit. Elle le quittait la nuit, Ă  prĂ©sent, car ChĂ©ri, amoureux des belles perles et qui les caressait le matin, eĂ»t remarquĂ© trop souvent que le cou de LĂ©a, Ă©paissi, perdait sa blancheur et montrait, sous la peau, des muscles dĂ©tendus. Elle l’agrafa sur sa nuque sans se lever et prit un miroir sur la console de chevet.

— J’ai l’air d’une jardiniĂšre, jugea-t-elle sans mĂ©nagement. Une maraĂźchĂšre. Une maraĂźchĂšre normande qui s’en irait aux champs de patates avec un collier. Cela me va comme une plume d’autruche dans le nez, — et je suis polie.

Elle haussa les Ă©paules, sĂ©vĂšre Ă  tout ce qu’elle n’aimait plus en elle : un teint vif, sain, un peu rouge, un teint de plein air, propre Ă  enrichir la franche couleur des prunelles bleues cerclĂ©es de bleu plus sombre. Le nez fier trouvait grĂące encore devant LĂ©a ; « le nez de Marie-Antoinette ! » affirmait la mĂšre de ChĂ©ri, qui n’oubliait jamais d’ajouter : « 
 et dans deux ans, cette bonne LĂ©a aura le menton de Louis XVI. » La bouche aux dents serrĂ©es, qui n’éclatait presque jamais de rire, souriait souvent, d’accord avec les grands yeux aux clins lents et rares, sourire cent fois louĂ©, chantĂ©, photographiĂ©, sourire profond et confiant qui ne pouvait lasser.

Pour le corps, « on sait bien », disait LĂ©a, « qu’un corps de bonne qualitĂ© dure longtemps ». Elle pouvait le montrer encore, ce grand corps blanc teintĂ© de rose, dotĂ© des longues jambes, du dos plat qu’on voit aux nymphes des fontaines d’Italie ; la fesse Ă  fossette, le sein haut suspendu pouvaient tenir, disait LĂ©a, « jusque bien aprĂšs le mariage de ChĂ©ri ».

Elle se leva, s’enveloppa d’un saut-de-lit et ouvrit elle-mĂȘme les rideaux. Le soleil de midi entra dans la chambre rose, gaie, trop parĂ©e et d’un luxe qui datait, dentelles doubles aux fenĂȘtres, faille feuille-de-rose aux murs, bois dorĂ©s, lumiĂšres Ă©lectriques voilĂ©es de rose et de blanc, et meubles anciens tendus de soies modernes. LĂ©a ne renonçait pas Ă  cette chambre douillette ni Ă  son lit, chef-d’Ɠuvre considĂ©rable, indestructible, de cuivre, d’acier forgĂ©, sĂ©vĂšre Ă  l’Ɠil et cruel aux tibias.

— Mais non, mais non, protestait la mĂšre de ChĂ©ri, ce n’est pas si laid que cela. Je l’aime, moi, cette chambre. C’est une Ă©poque, ça a son chic. Ça fait PaĂŻva.

LĂ©a souriait Ă  ce souvenir de la « Harpie nationale » tout en relevant ses cheveux Ă©pars. Elle se poudra hĂątivement le visage en entendant deux portes claquer et le choc d’un pied chaussĂ© contre un meuble dĂ©licat. ChĂ©ri revenait en pantalon et chemise, sans faux-col, les oreilles blanches de talc et l’humeur agressive.

— OĂč est mon Ă©pingle ? boĂźte de malheur ! On barbote les bijoux Ă  prĂ©sent ?

— C’est Marcel qui l’a mise Ă  sa cravate pour aller faire le marchĂ©, dit LĂ©a gravement.

ChĂ©ri, dĂ©nuĂ© d’humour, butait sur la plaisanterie comme une fourmi sur un morceau de charbon. Il arrĂȘta sa promenade menaçante et ne trouva Ă  rĂ©pondre que :

— C’est charmant !
 et mes bottines ?

— Lesquelles ?

— De daim !

Léa, assise à sa coiffeuse, leva des yeux trop doux :

— Je ne te le fais pas dire, insinua-t-elle, d’une voix caressante.

— Le jour oĂč une femme m’aimera pour mon intelligence, je serai bien fichu, riposta ChĂ©ri. En attendant, je veux mon Ă©pingle et mes bottines.

— Pourquoi faire ? On ne met pas d’épingle avec un veston, et tu es dĂ©jĂ  chaussĂ©.

Chéri frappa du pied.

— J’en ai assez, personne ne s’occupe de moi, ici ! J’en ai assez.

Léa posa son peigne.

— Eh bien ! Va-t’en.

Il haussa les épaules, grossier :

— On dit ça !

— Va-t’en. J’ai toujours eu horreur des invitĂ©s qui bĂȘchent la cuisine et qui collent le fromage Ă  la crĂšme contre les glaces. Va chez ta sainte mĂšre, mon enfant, et restes-y.

Il ne soutint pas le regard de Léa, baissa les yeux, protesta en écolier :

— Enfin, quoi, je ne peux rien dire ? Au moins, tu me prĂȘtes l’auto pour aller Ă  Neuilly ?

— Non.

— Parce que ?

— Parce que je sors Ă  deux heures et que Philibert dĂ©jeune.

— OĂč vas-tu, Ă  deux heures ?

— Remplir mes devoirs religieux. Mais si tu veux trois francs pour un taxi ?
 ImbĂ©cile, reprit-elle doucement, je vais peut-ĂȘtre prendre le cafĂ© chez Madame MĂšre, Ă  deux heures. Tu n’es pas content ?

Il secouait le front comme un petit bélier.

— On me bourre, on me refuse tout, on me cache mes affaires, on me


— Tu ne sauras donc jamais t’habiller tout seul ?

Elle prit des mains de ChĂ©ri le faux-col qu’elle boutonna, la cravate qu’elle noua.

— Là !
 Oh ! cette cravate violette
 Au fait, c’est bien bon pour la belle Marie-Laure et sa famille
 Et tu voulais encore une perle, là-dessus ? Petit rasta
 Pourquoi pas des pendants d’oreilles ?


Il se laissait faire, bĂ©at, mou, vacillant, repris d’une paresse et d’un plaisir qui lui fermaient les yeux


— Nounoune chĂ©rie
 murmura-t-il.

Elle lui brossa les oreilles, rectifia la raie, fine et bleuĂątre, qui divisait les cheveux noirs de ChĂ©ri, lui toucha les tempes d’un doigt mouillĂ© de parfum et baisa rapidement, parce qu’elle ne put s’en dĂ©fendre, la bouche tentante qui respirait si prĂšs d’elle. ChĂ©ri ouvrit les yeux, les lĂšvres, tendit les mains
 Elle l’écarta :

— Non ! une heure moins le quart ! File et que je ne te revoie plus !

— Jamais ?

— Jamais ! lui jeta-t-elle en riant avec une tendresse emportĂ©e.

Seule, elle sourit orgueilleusement, fit un soupir saccadĂ© de convoitise matĂ©e, et Ă©couta les pas de ChĂ©ri dans la cour de l’hĂŽtel. Elle le vit ouvrir et refermer la grille, s’éloigner de son pas ailĂ©, tout de suite saluĂ© par l’extase de trois trottins qui marchaient bras sur bras :

— Ah ! maman !
 c’est pas possible, il est en toc !
 On demande à toucher ?

Mais ChĂ©ri, blasĂ©, ne se retourna mĂȘme pas.

Chéri I.

Gemini

— LĂ©a! Give it to me, your pearl necklace! Do you hear me, LĂ©a? Give me your necklace!

No answer came from the great bed of wrought iron and chased copper, which gleamed in the shadows like armour.

— Why wouldn't you give it to me, your necklace? It suits me as well as it suits you, — even better!

At the click of the clasp, the lace hangings of the bed stirred, two bare arms, magnificent, slender at the wrist, raised two beautiful, languid hands.

— Leave it, ChĂ©ri, you've played enough with that necklace.

— I'm amusing myself
 Are you afraid I'll steal it from you?

Before the pink curtains pierced by sunlight, he danced, all black, like a graceful devil against a fiery backdrop. But when he moved back towards the bed, he became all white again, from silk pyjamas to suede slippers.

— I'm not afraid, answered from the bed the soft, low voice. But you're straining the thread of the necklace. The pearls are heavy.

— They are indeed, said ChĂ©ri thoughtfully. He wasn't making fun of you, whoever gave you that piece.

He stood before a long mirror, fixed to the wall between the two windows, and contemplated his image: that of a very handsome and very young man, neither tall nor short, his hair with blueish tints like a blackbird's plumage. He opened his nightshirt over a matte, hard chest, curved like a shield, and the same pink gleam played on his teeth, on the whites of his dark eyes, and on the pearls of the necklace.

— Take that necklace off, the feminine voice insisted. Do you hear what I'm telling you?

Motionless before his reflection, the young man laughed softly:

— Yes, yes, I hear you. I know only too well that you're afraid I'll take it!

— No. But if I gave it to you, you'd be quite capable of accepting it.

He ran to the bed, threw himself onto it in a ball:

— And why not! I'm above conventions, I am. Me, I find it idiotic that a man can accept a pearl pin from a woman, or two for cufflinks, and believe himself dishonoured if she gives him fifty


— Forty-nine.

— Forty-nine, I know the number. Go on, say it — that it looks bad on me? Go on, say it — that I'm ugly?

He leaned over the reclining woman with a provocative laugh that showed very small teeth and the moist underside of his lips. Léa sat up in bed:

— No, I won't say it. Firstly because you wouldn't believe me. But can't you laugh without wrinkling your nose like that? You'll be very pleased when you have three lines at the side of your nose, won't you?

He stopped laughing immediately, smoothed the skin of his forehead, drew in the underside of his chin with the skill of an aging coquette. They looked at each other with hostile expressions; she, propped on her elbow amidst her linens and laces, he, sitting side-saddle on the edge of the bed. He thought: ‘A fine one she is to talk to me about the wrinkles I’ll have.’ ” And she: “Why is he ugly when he laughs, he who is beauty itself? ” She reflected a moment and finished her thought aloud:

— It's because you look so nasty when you're cheerful
 You only laugh out of spite or mockery. It makes you ugly. You're often ugly.

— That's not true! cried ChĂ©ri, irritated.

Anger knitted his brows at the root of his nose, widened his eyes, full of insolent light, armed with lashes, slightly opened the disdainful and chaste bow of his mouth. LĂ©a smiled to see him as she loved him, rebellious then submissive, ill-fettered, incapable of being free; — she placed a hand on the young head which impatiently shook off the yoke. She murmured, as one soothes an animal:

— There
 there
 What is it
 what is it then


He collapsed onto the beautiful broad shoulder, nuzzling with his forehead, his nose, burrowing into his familiar spot, already closing his eyes and seeking his sheltered morning sleep, protected from the long mornings, but Léa pushed him away:

— None of that, ChĂ©ri! You're lunching with our National Harpy and it's twenty minutes to midday.

— No? I'm lunching with the boss? You too?

Léa slid languidly down into the bed.

— Not me, I have the day off. I'll drop by for coffee at half past two — or tea at six — or a cigarette at quarter to eight
 Don't worry, she'll see quite enough of me
 Besides, she hasn't invited me.

Chéri, who was sulking standing up, lit up with mischief:

— I know, I know why! We have respectable company! We have the lovely Marie-Laure and her poisonous child!

Léa's large blue eyes, which had been wandering, came into focus:

— Ah! Yes! Charming, the little one. Less so than her mother, but charming
 Take off that necklace, for heaven's sake.

— A pity, sighed ChĂ©ri as he unfastened it. It would look good in the wedding basket.

Léa raised herself on one elbow:

— What wedding basket?

— Mine, said ChĂ©ri with comical importance. MY basket for MY jewels for MY wedding


He leapt up, landed on his feet after a correct entrechat-six, pushed through the portiĂšre with a thrust of his head and disappeared, shouting:

— My bath, Rose! As much as you like! I'm lunching with the boss!

— That's right, thought LĂ©a. A lake in the bathroom, eight towels swimming in it, and razor scrapings in the basin. If only I had two bathrooms


But she realised, as on previous occasions, that it would have meant getting rid of a wardrobe, encroaching on the dressing room, and concluded as on previous occasions:

— I shall just have to be patient until ChĂ©ri's wedding.

She lay back down on her back and noted that ChĂ©ri had thrown, the previous evening, his socks onto the mantelpiece, his undershorts onto the lady's desk, his tie around the neck of a bust of LĂ©a. She smiled in spite of herself at this warm masculine disorder and half-closed her large, tranquil eyes, of a youthful blue and which had kept all their chestnut lashes. At forty-nine, LĂ©onie Vallon, known as LĂ©a de Lonval, was ending a happy career as a courtesan with a comfortable income, and a good sort whom life had spared flattering catastrophes and noble sorrows. She concealed the date of her birth; but she readily admitted, letting fall upon ChĂ©ri a look of voluptuous condescension, that she was reaching the age to allow herself a few little treats. She loved order, fine linen, mature wines, considered cuisine. Her youth as an adored blonde, then her maturity as a wealthy demimondaine had tolerated neither vexing ostentation nor ambiguity, and her friends remembered a Drags day, around 1895, when LĂ©a replied to the secretary of the Gil Blas who addressed her as “dear artist”:

— Artist? Oh! Really, dear friend, my lovers are such gossips


Her contemporaries envied her imperturbable health; the young women, whom the fashion of 1912 already curved in back and belly, mocked the imposing bosom of LĂ©a, — the former and the latter equally envied her ChĂ©ri.

— Eh, my God! LĂ©a would say, it's nothing to make a fuss about. Let them take him. I don't tie him down, and he goes out by himself.

In which she was half-lying, proud of a liaison, — she sometimes said: adoption, out of a penchant for sincerity — that had lasted for six years.

“The wedding basket
” LĂ©a repeated. “Marry off ChĂ©ri. It’s not possible, — it’s not human
 Give a young girl to ChĂ©ri, — why not throw a doe to the dogs? People don’t know what ChĂ©ri is.” ”

She rolled between her fingers, like a rosary, her necklace, thrown onto the bed. She took it off at night, now, because Chéri, enamoured of beautiful pearls and who caressed them in the morning, would have noticed too often that Léa's neck, thickening, was losing its whiteness and showing, beneath the skin, slackened muscles. She fastened it at her nape without getting up and took a mirror from the bedside table.

— I look like a gardener, she judged herself unsparingly. A market gardener. A Norman market gardener heading off to the potato fields wearing a necklace. It suits me like an ostrich feather up my nose, — and I'm being polite.

She shrugged, severe towards everything she no longer liked about herself: a bright complexion, healthy, a little ruddy, an outdoor complexion, apt to enrich the frank colour of the blue irises ringed with darker blue. The proud nose still found favour with LĂ©a; “Marie-Antoinette's nose!” asserted ChĂ©ri’s mother, who never forgot to add: “
 and in two years, that good LĂ©a will have Louis XVI’s chin.” ” The mouth with clenched teeth, which almost never burst into laughter, smiled often, in accord with the large eyes with their slow, rare blinks, a smile praised a hundred times, sung, photographed, a deep and trusting smile that could never weary.

As for the body, “everyone knows,” LĂ©a would say, “that a body of good quality lasts a long time.” She could still show it off, this large white body tinged with pink, endowed with long legs, the flat back seen on the nymphs of Italian fountains; the dimpled buttock, the high-slung breast could hold out, LĂ©a said, “until well after ChĂ©ri’s wedding.”

She got up, wrapped herself in a dressing gown and opened the curtains herself. The midday sun entered the pink room, cheerful, overly decorated and with a luxury that was dated, double lace at the windows, rose-leaf faille on the walls, gilded wood, electric lights veiled in pink and white, and antique furniture upholstered in modern silks. Léa would not renounce this cosy room nor her bed, a considerable masterpiece, indestructible, of copper, forged steel, severe to the eye and cruel to the shins.

— But no, but no, ChĂ©ri's mother would protest, it’s not as ugly as all that. I like it, me, this room. It represents an era, it has its chic. It’s very La PaĂŻva.

LĂ©a smiled at this memory of the “National Harpy” while pinning up her stray hair. She hastily powdered her face on hearing two doors slam and the thud of a shod foot against a delicate piece of furniture. ChĂ©ri returned in trousers and shirt, without a collar, his ears white with talc and in an aggressive mood.

— Where's my pin? Blast it all! Do people pinch jewellery now?

— Marcel put it in his tie to go do the shopping, said LĂ©a gravely.

Chéri, devoid of humour, stumbled over the joke like an ant over a piece of coal. He stopped his menacing pacing and could only reply:

— That's charming!
 and my boots?

— Which ones?

— Suede!

Léa, sitting at her dressing table, raised overly gentle eyes:

— You don't have to tell me twice, she insinuated, in a caressing voice.

— The day a woman loves me for my intelligence, I'll be in a real fix, retorted ChĂ©ri. In the meantime, I want my pin and my boots.

— What for? One doesn't wear a pin with a lounge jacket, and you already have shoes on.

Chéri stamped his foot.

— I've had enough, nobody looks after me here! I've had enough.

Léa put down her comb.

— Well then! Go away.

He shrugged, crudely:

— People say that!

— Go away. I've always loathed guests who criticise the cooking and stick cream cheese onto the mirrors. Go to your sainted mother, my child, and stay there.

He did not meet Léa's gaze, lowered his eyes, protested like a schoolboy:

— Honestly, what, can't I say anything? At least, will you lend me the car to go to Neuilly?

— No.

— Why not?

— Because I'm going out at two and Philibert is having lunch.

— Where are you going at two?

— To fulfil my religious duties. But if you want three francs for a taxi?
 Idiot, she resumed gently, maybe I'll go for coffee at Madame Mùre's at two o'clock. Aren't you happy?

He shook his head like a little ram.

— I'm being bullied, I'm refused everything, my things are hidden from me, I'm


— Will you never learn to dress yourself?

She took from Chéri's hands the collar which she buttoned, the tie which she knotted.

— There!
 Oh! That violet tie
 Actually, it's perfectly fine for the lovely Marie-Laure and her family
 And you wanted a pearl as well, on top of that? Little show-off
 Why not earrings?


He let her fuss over him, blissful, limp, swaying, overcome again by a laziness and a pleasure that closed his eyes


— Darling Nounoune
 he murmured.

She brushed his ears, adjusted the parting, fine and bluish, that divided Chéri's black hair, touched his temples with a finger moistened with perfume and quickly kissed, because she couldn't resist, the tempting mouth breathing so close to her. Chéri opened his eyes, his lips, stretched out his hands
 She pushed him away:

— No! Quarter to one! Off you go, and let me not see you again!

— Never?

— Never! she tossed at him, laughing with fierce tenderness.

Alone, she smiled proudly, gave a sharp sigh of tamed desire, and listened to Chéri's footsteps in the courtyard of the town house. She saw him open and close the gate, walk away with his winged step, immediately hailed by the ecstasy of three shop girls walking arm in arm:

— Oh! Maman!
 It’s not possible, he can't be real!
 Permission to touch?

But Chéri, blasé, didn't even turn around.

Chéri I.

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— LĂ©a ! Donne-le-moi, ton collier de perles ! Tu m’entends, LĂ©a ? Donne-moi ton collier !

Aucune rĂ©ponse ne vint du grand lit de fer forgĂ© et de cuivre ciselĂ©, qui brillait dans l’ombre comme une armure.

— Pourquoi ne me le donnerais-tu pas, ton collier ? Il me va aussi bien qu’à toi, — et mĂȘme mieux !

Au claquement du fermoir, les dentelles du lit s’agitĂšrent, deux bras nus, magnifiques, fins au poignet, Ă©levĂšrent deux belles mains paresseuses.

— Laisse ça, ChĂ©ri, tu as assez jouĂ© avec ce collier.

— Je m’amuse
 Tu as peur que je te le vole ?

Devant les rideaux roses traversés de soleil, il dansait, tout noir, comme un gracieux diable sur fond de fournaise. Mais quand il recula vers le lit, il redevint tout blanc, du pyjama de soie aux babouches de daim.

— Je n’ai pas peur, rĂ©pondit du lit la voix douce et basse. Mais tu fatigues le fil du collier. Les perles sont lourdes.

— Elles le sont, dit ChĂ©ri avec considĂ©ration. Il ne s’est pas moquĂ© de toi, celui qui t’a donnĂ© ce meuble.

Il se tenait devant un miroir long, appliquĂ© au mur entre les deux fenĂȘtres, et contemplait son image de trĂšs beau et trĂšs jeune homme, ni grand ni petit, le cheveu bleutĂ© comme un plumage de merle. Il ouvrit son vĂȘtement de nuit sur une poitrine mate et dure, bombĂ©e en bouclier, et la mĂȘme Ă©tincelle rose joua sur ses dents, sur le blanc de ses yeux sombres et sur les perles du collier.

— Ôte ce collier, insista la voix fĂ©minine. Tu entends ce que je te dis ?

Immobile devant son image, le jeune homme riait tout bas :

— Oui, oui, j’entends. Je sais si bien que tu as peur que je te le prenne !

— Non. Mais si je te le donnais, tu serais capable de l’accepter.

Il courut au lit, s’y jeta en boule :

— Et comment ! Je suis au-dessus des conventions, moi. Moi, je trouve idiot qu’un homme puisse accepter d’une femme une perle en Ă©pingle, ou deux pour des boutons, et se croie dĂ©shonorĂ© si elle lui en donne cinquante


— Quarante-neuf.

— Quarante-neuf, je connais le chiffre. Dis-le donc que ça me va mal ? Dis-le donc que je suis laid ?

Il penchait sur la femme couchĂ©e un rire provocant qui montrait des dents toutes petites et l’envers mouillĂ© de ses lĂšvres. LĂ©a s’assit sur le lit :

— Non, je ne le dirai pas. D’abord parce que tu ne le croirais pas. Mais tu ne peux donc pas rire sans froncer ton nez comme ça ? Tu seras bien content quand tu auras trois rides dans le coin du nez, n’est-ce pas ?

Il cessa de rire immĂ©diatement, tendit la peau de son front, ravala le dessous de son menton avec une habiletĂ© de vieille coquette. Ils se regardaient d’un air hostile ; elle, accoudĂ©e parmi ses lingeries et ses dentelles, lui, assis en amazone au bord du lit. Il pensait : « Ça lui va bien de me parler des rides que j’aurai. » Et elle : « Pourquoi est-il laid quand il rit, lui qui est la beautĂ© mĂȘme ? » Elle rĂ©flĂ©chit un instant et acheva tout haut sa pensĂ©e :

— C’est que tu as l’air si mauvais quand tu es gai
 Tu ne ris que par mĂ©chancetĂ© ou par moquerie. Ça te rend laid. Tu es souvent laid.

— Ce n’est pas vrai ! cria ChĂ©ri, irritĂ©.

La colĂšre nouait ses sourcils Ă  la racine du nez, agrandissait les yeux pleins d’une lumiĂšre insolente, armĂ©s de cils, entr’ouvrait l’arc dĂ©daigneux et chaste de la bouche. LĂ©a sourit de le voir tel qu’elle l’aimait, rĂ©voltĂ© puis soumis, mal enchaĂźnĂ©, incapable d’ĂȘtre libre ; — elle posa une main sur la jeune tĂȘte qui secoua impatiemment le joug. Elle murmura, comme on calme une bĂȘte :

— Là
 là
 Qu’est-ce que c’est
 qu’est-ce que c’est donc


Il s’abattit sur la belle Ă©paule large, poussant du front, du nez, creusant sa place familiĂšre, fermant dĂ©jĂ  les yeux et cherchant son somme protĂ©gĂ© des longs matins, mais LĂ©a le repoussa :

— Pas de ça, ChĂ©ri ! Tu dĂ©jeunes chez notre Harpie nationale et il est midi moins vingt.

— Non ? je dĂ©jeune chez la patronne ? Toi aussi ?

Léa glissa paresseusement au fond du lit.

— Pas moi, j’ai vacances. J’irai prendre le cafĂ© Ă  deux heures et demie — ou le thĂ© Ă  six heures — ou une cigarette Ă  huit heures moins le quart
 Ne t’inquiĂšte pas, elle me verra toujours assez
 Et puis, elle ne m’a pas invitĂ©e.

ChĂ©ri, qui boudait debout, s’illumina de malice :

— Je sais, je sais pourquoi ! Nous avons du monde bien ! Nous avons la belle Marie-Laure et sa poison d’enfant !

Les grands yeux bleus de Léa, qui erraient, se fixÚrent :

— Ah ! oui ! Charmante, la petite. Moins que sa mùre, mais charmante
 Ôte donc ce collier, à la fin.

— Dommage, soupira ChĂ©ri en le dĂ©grafant. Il ferait bien dans la corbeille.

Léa se souleva sur un coude :

— Quelle corbeille ?

— La mienne, dit ChĂ©ri avec une importance bouffonne. MA corbeille de MES bijoux de MON mariage


Il bondit, retomba sur ses pieds aprĂšs un correct entrechat-six, enfonça la portiĂšre d’un coup de tĂȘte et disparut en criant :

— Mon bain, Rose ! Tant que ça peut ! Je dĂ©jeune chez la patronne !

— C’est ça, songea LĂ©a. Un lac dans la salle de bain, huit serviettes Ă  la nage, et des raclures de rasoir dans la cuvette. Si j’avais deux salles de bains


Mais elle s’avisa, comme les autres fois, qu’il eĂ»t fallu supprimer une penderie, rogner sur le boudoir Ă  coiffer, et conclut comme les autres fois :

— Je patienterai bien jusqu’au mariage de ChĂ©ri.

Elle se recoucha sur le dos et constata que ChĂ©ri avait jetĂ©, la veille, ses chaussettes sur la cheminĂ©e, son petit caleçon sur le bonheur-du-jour, sa cravate au cou d’un buste de LĂ©a. Elle sourit malgrĂ© elle Ă  ce chaud dĂ©sordre masculin et referma Ă  demi ses grands yeux tranquilles, d’un bleu jeune et qui avaient gardĂ© tous leurs cils chĂątains. À quarante-neuf ans, LĂ©onie Vallon, dite LĂ©a de Lonval, finissait une carriĂšre heureuse de courtisane bien rentĂ©e, et de bonne fille Ă  qui la vie a Ă©pargnĂ© les catastrophes flatteuses et les nobles chagrins. Elle cachait la date de sa naissance ; mais elle avouait volontiers, en laissant tomber sur ChĂ©ri un regard de condescendance voluptueuse, qu’elle atteignait l’ñge de s’accorder quelques petites douceurs. Elle aimait l’ordre, le beau linge, les vins mĂ»ris, la cuisine rĂ©flĂ©chie. Sa jeunesse de blonde adulĂ©e, puis sa maturitĂ© de demi-mondaine riche n’avaient acceptĂ© ni l’éclat fĂącheux, ni l’équivoque, et ses amis se souvenaient d’une journĂ©e de Drags, vers 1895, oĂč LĂ©a rĂ©pondit au secrĂ©taire du Gil Blas qui la traitait de « chĂšre artiste » :

— Artiste ? Oh ! vraiment, cher ami, mes amants sont bien bavards


Ses contemporaines jalousaient sa santĂ© imperturbable, les jeunes femmes, que la mode de 1912 bombait dĂ©jĂ  du dos et du ventre, raillaient le poitrail avantageux de LĂ©a, — celles-ci et celles-lĂ  lui enviaient Ă©galement ChĂ©ri.

― Eh, mon Dieu ! disait LĂ©a, il n’y a pas de quoi. Qu’elles le prennent. Je ne l’attache pas, et il sort tout seul.

En quoi elle mentait Ă  demi, orgueilleuse d’une liaison, — elle disait quelquefois : adoption, par penchant Ă  la sincĂ©ritĂ© — qui durait depuis six ans.

« La corbeille
 redit LĂ©a. Marier ChĂ©ri. Ce n’est pas possible, — ce n’est pas humain
 Donner une jeune fille Ă  ChĂ©ri, — pourquoi pas jeter une biche aux chiens ? Les gens ne savent pas ce que c’est que ChĂ©ri. »

Elle roulait entre ses doigts, comme un rosaire, son collier jetĂ© sur le lit. Elle le quittait la nuit, Ă  prĂ©sent, car ChĂ©ri, amoureux des belles perles et qui les caressait le matin, eĂ»t remarquĂ© trop souvent que le cou de LĂ©a, Ă©paissi, perdait sa blancheur et montrait, sous la peau, des muscles dĂ©tendus. Elle l’agrafa sur sa nuque sans se lever et prit un miroir sur la console de chevet.

— J’ai l’air d’une jardiniĂšre, jugea-t-elle sans mĂ©nagement. Une maraĂźchĂšre. Une maraĂźchĂšre normande qui s’en irait aux champs de patates avec un collier. Cela me va comme une plume d’autruche dans le nez, — et je suis polie.

Elle haussa les Ă©paules, sĂ©vĂšre Ă  tout ce qu’elle n’aimait plus en elle : un teint vif, sain, un peu rouge, un teint de plein air, propre Ă  enrichir la franche couleur des prunelles bleues cerclĂ©es de bleu plus sombre. Le nez fier trouvait grĂące encore devant LĂ©a ; « le nez de Marie-Antoinette ! » affirmait la mĂšre de ChĂ©ri, qui n’oubliait jamais d’ajouter : « 
 et dans deux ans, cette bonne LĂ©a aura le menton de Louis XVI. » La bouche aux dents serrĂ©es, qui n’éclatait presque jamais de rire, souriait souvent, d’accord avec les grands yeux aux clins lents et rares, sourire cent fois louĂ©, chantĂ©, photographiĂ©, sourire profond et confiant qui ne pouvait lasser.

Pour le corps, « on sait bien », disait LĂ©a, « qu’un corps de bonne qualitĂ© dure longtemps ». Elle pouvait le montrer encore, ce grand corps blanc teintĂ© de rose, dotĂ© des longues jambes, du dos plat qu’on voit aux nymphes des fontaines d’Italie ; la fesse Ă  fossette, le sein haut suspendu pouvaient tenir, disait LĂ©a, « jusque bien aprĂšs le mariage de ChĂ©ri ».

Elle se leva, s’enveloppa d’un saut-de-lit et ouvrit elle-mĂȘme les rideaux. Le soleil de midi entra dans la chambre rose, gaie, trop parĂ©e et d’un luxe qui datait, dentelles doubles aux fenĂȘtres, faille feuille-de-rose aux murs, bois dorĂ©s, lumiĂšres Ă©lectriques voilĂ©es de rose et de blanc, et meubles anciens tendus de soies modernes. LĂ©a ne renonçait pas Ă  cette chambre douillette ni Ă  son lit, chef-d’Ɠuvre considĂ©rable, indestructible, de cuivre, d’acier forgĂ©, sĂ©vĂšre Ă  l’Ɠil et cruel aux tibias.

— Mais non, mais non, protestait la mĂšre de ChĂ©ri, ce n’est pas si laid que cela. Je l’aime, moi, cette chambre. C’est une Ă©poque, ça a son chic. Ça fait PaĂŻva.

LĂ©a souriait Ă  ce souvenir de la « Harpie nationale » tout en relevant ses cheveux Ă©pars. Elle se poudra hĂątivement le visage en entendant deux portes claquer et le choc d’un pied chaussĂ© contre un meuble dĂ©licat. ChĂ©ri revenait en pantalon et chemise, sans faux-col, les oreilles blanches de talc et l’humeur agressive.

— OĂč est mon Ă©pingle ? boĂźte de malheur ! On barbote les bijoux Ă  prĂ©sent ?

— C’est Marcel qui l’a mise Ă  sa cravate pour aller faire le marchĂ©, dit LĂ©a gravement.

ChĂ©ri, dĂ©nuĂ© d’humour, butait sur la plaisanterie comme une fourmi sur un morceau de charbon. Il arrĂȘta sa promenade menaçante et ne trouva Ă  rĂ©pondre que :

— C’est charmant !
 et mes bottines ?

— Lesquelles ?

— De daim !

Léa, assise à sa coiffeuse, leva des yeux trop doux :

— Je ne te le fais pas dire, insinua-t-elle, d’une voix caressante.

— Le jour oĂč une femme m’aimera pour mon intelligence, je serai bien fichu, riposta ChĂ©ri. En attendant, je veux mon Ă©pingle et mes bottines.

— Pourquoi faire ? On ne met pas d’épingle avec un veston, et tu es dĂ©jĂ  chaussĂ©.

Chéri frappa du pied.

— J’en ai assez, personne ne s’occupe de moi, ici ! J’en ai assez.

Léa posa son peigne.

— Eh bien ! Va-t’en.

Il haussa les épaules, grossier :

— On dit ça !

— Va-t’en. J’ai toujours eu horreur des invitĂ©s qui bĂȘchent la cuisine et qui collent le fromage Ă  la crĂšme contre les glaces. Va chez ta sainte mĂšre, mon enfant, et restes-y.

Il ne soutint pas le regard de Léa, baissa les yeux, protesta en écolier :

— Enfin, quoi, je ne peux rien dire ? Au moins, tu me prĂȘtes l’auto pour aller Ă  Neuilly ?

— Non.

— Parce que ?

— Parce que je sors Ă  deux heures et que Philibert dĂ©jeune.

— OĂč vas-tu, Ă  deux heures ?

— Remplir mes devoirs religieux. Mais si tu veux trois francs pour un taxi ?
 ImbĂ©cile, reprit-elle doucement, je vais peut-ĂȘtre prendre le cafĂ© chez Madame MĂšre, Ă  deux heures. Tu n’es pas content ?

Il secouait le front comme un petit bélier.

— On me bourre, on me refuse tout, on me cache mes affaires, on me


— Tu ne sauras donc jamais t’habiller tout seul ?

Elle prit des mains de ChĂ©ri le faux-col qu’elle boutonna, la cravate qu’elle noua.

— Là !
 Oh ! cette cravate violette
 Au fait, c’est bien bon pour la belle Marie-Laure et sa famille
 Et tu voulais encore une perle, là-dessus ? Petit rasta
 Pourquoi pas des pendants d’oreilles ?


Il se laissait faire, bĂ©at, mou, vacillant, repris d’une paresse et d’un plaisir qui lui fermaient les yeux


— Nounoune chĂ©rie
 murmura-t-il.

Elle lui brossa les oreilles, rectifia la raie, fine et bleuĂątre, qui divisait les cheveux noirs de ChĂ©ri, lui toucha les tempes d’un doigt mouillĂ© de parfum et baisa rapidement, parce qu’elle ne put s’en dĂ©fendre, la bouche tentante qui respirait si prĂšs d’elle. ChĂ©ri ouvrit les yeux, les lĂšvres, tendit les mains
 Elle l’écarta :

— Non ! une heure moins le quart ! File et que je ne te revoie plus !

— Jamais ?

— Jamais ! lui jeta-t-elle en riant avec une tendresse emportĂ©e.

Seule, elle sourit orgueilleusement, fit un soupir saccadĂ© de convoitise matĂ©e, et Ă©couta les pas de ChĂ©ri dans la cour de l’hĂŽtel. Elle le vit ouvrir et refermer la grille, s’éloigner de son pas ailĂ©, tout de suite saluĂ© par l’extase de trois trottins qui marchaient bras sur bras :

— Ah ! maman !
 c’est pas possible, il est en toc !
 On demande à toucher ?

Mais ChĂ©ri, blasĂ©, ne se retourna mĂȘme pas.

Chéri I.

Gemini

— LĂ©a! Give it to me, your pearl necklace! Do you hear me, LĂ©a? Give me your necklace!

No answer came from the great bed of wrought iron and chased copper, which gleamed in the shadows like armour.

— Why wouldn't you give it to me, your necklace? It suits me as well as it suits you, — even better!

At the click of the clasp, the lace hangings of the bed stirred, two bare arms, magnificent, slender at the wrist, raised two beautiful, languid hands.

— Leave it, ChĂ©ri, you've played enough with that necklace.

— I'm amusing myself
 Are you afraid I'll steal it from you?

Before the pink curtains pierced by sunlight, he danced, all black, like a graceful devil against a fiery backdrop. But when he moved back towards the bed, he became all white again, from silk pyjamas to suede slippers.

— I'm not afraid, answered from the bed the soft, low voice. But you're straining the thread of the necklace. The pearls are heavy.

— They are indeed, said ChĂ©ri thoughtfully. He wasn't making fun of you, whoever gave you that piece.

He stood before a long mirror, fixed to the wall between the two windows, and contemplated his image: that of a very handsome and very young man, neither tall nor short, his hair with blueish tints like a blackbird's plumage. He opened his nightshirt over a matte, hard chest, curved like a shield, and the same pink gleam played on his teeth, on the whites of his dark eyes, and on the pearls of the necklace.

— Take that necklace off, the feminine voice insisted. Do you hear what I'm telling you?

Motionless before his reflection, the young man laughed softly:

— Yes, yes, I hear you. I know only too well that you're afraid I'll take it!

— No. But if I gave it to you, you'd be quite capable of accepting it.

He ran to the bed, threw himself onto it in a ball:

— And why not! I'm above conventions, I am. Me, I find it idiotic that a man can accept a pearl pin from a woman, or two for cufflinks, and believe himself dishonoured if she gives him fifty


— Forty-nine.

— Forty-nine, I know the number. Go on, say it — that it looks bad on me? Go on, say it — that I'm ugly?

He leaned over the reclining woman with a provocative laugh that showed very small teeth and the moist underside of his lips. Léa sat up in bed:

— No, I won't say it. Firstly because you wouldn't believe me. But can't you laugh without wrinkling your nose like that? You'll be very pleased when you have three lines at the side of your nose, won't you?

He stopped laughing immediately, smoothed the skin of his forehead, drew in the underside of his chin with the skill of an aging coquette. They looked at each other with hostile expressions; she, propped on her elbow amidst her linens and laces, he, sitting side-saddle on the edge of the bed. He thought: ‘A fine one she is to talk to me about the wrinkles I’ll have.’ ” And she: “Why is he ugly when he laughs, he who is beauty itself? ” She reflected a moment and finished her thought aloud:

— It's because you look so nasty when you're cheerful
 You only laugh out of spite or mockery. It makes you ugly. You're often ugly.

— That's not true! cried ChĂ©ri, irritated.

Anger knitted his brows at the root of his nose, widened his eyes, full of insolent light, armed with lashes, slightly opened the disdainful and chaste bow of his mouth. LĂ©a smiled to see him as she loved him, rebellious then submissive, ill-fettered, incapable of being free; — she placed a hand on the young head which impatiently shook off the yoke. She murmured, as one soothes an animal:

— There
 there
 What is it
 what is it then


He collapsed onto the beautiful broad shoulder, nuzzling with his forehead, his nose, burrowing into his familiar spot, already closing his eyes and seeking his sheltered morning sleep, protected from the long mornings, but Léa pushed him away:

— None of that, ChĂ©ri! You're lunching with our National Harpy and it's twenty minutes to midday.

— No? I'm lunching with the boss? You too?

Léa slid languidly down into the bed.

— Not me, I have the day off. I'll drop by for coffee at half past two — or tea at six — or a cigarette at quarter to eight
 Don't worry, she'll see quite enough of me
 Besides, she hasn't invited me.

Chéri, who was sulking standing up, lit up with mischief:

— I know, I know why! We have respectable company! We have the lovely Marie-Laure and her poisonous child!

Léa's large blue eyes, which had been wandering, came into focus:

— Ah! Yes! Charming, the little one. Less so than her mother, but charming
 Take off that necklace, for heaven's sake.

— A pity, sighed ChĂ©ri as he unfastened it. It would look good in the wedding basket.

Léa raised herself on one elbow:

— What wedding basket?

— Mine, said ChĂ©ri with comical importance. MY basket for MY jewels for MY wedding


He leapt up, landed on his feet after a correct entrechat-six, pushed through the portiĂšre with a thrust of his head and disappeared, shouting:

— My bath, Rose! As much as you like! I'm lunching with the boss!

— That's right, thought LĂ©a. A lake in the bathroom, eight towels swimming in it, and razor scrapings in the basin. If only I had two bathrooms


But she realised, as on previous occasions, that it would have meant getting rid of a wardrobe, encroaching on the dressing room, and concluded as on previous occasions:

— I shall just have to be patient until ChĂ©ri's wedding.

She lay back down on her back and noted that ChĂ©ri had thrown, the previous evening, his socks onto the mantelpiece, his undershorts onto the lady's desk, his tie around the neck of a bust of LĂ©a. She smiled in spite of herself at this warm masculine disorder and half-closed her large, tranquil eyes, of a youthful blue and which had kept all their chestnut lashes. At forty-nine, LĂ©onie Vallon, known as LĂ©a de Lonval, was ending a happy career as a courtesan with a comfortable income, and a good sort whom life had spared flattering catastrophes and noble sorrows. She concealed the date of her birth; but she readily admitted, letting fall upon ChĂ©ri a look of voluptuous condescension, that she was reaching the age to allow herself a few little treats. She loved order, fine linen, mature wines, considered cuisine. Her youth as an adored blonde, then her maturity as a wealthy demimondaine had tolerated neither vexing ostentation nor ambiguity, and her friends remembered a Drags day, around 1895, when LĂ©a replied to the secretary of the Gil Blas who addressed her as “dear artist”:

— Artist? Oh! Really, dear friend, my lovers are such gossips


Her contemporaries envied her imperturbable health; the young women, whom the fashion of 1912 already curved in back and belly, mocked the imposing bosom of LĂ©a, — the former and the latter equally envied her ChĂ©ri.

— Eh, my God! LĂ©a would say, it's nothing to make a fuss about. Let them take him. I don't tie him down, and he goes out by himself.

In which she was half-lying, proud of a liaison, — she sometimes said: adoption, out of a penchant for sincerity — that had lasted for six years.

“The wedding basket
” LĂ©a repeated. “Marry off ChĂ©ri. It’s not possible, — it’s not human
 Give a young girl to ChĂ©ri, — why not throw a doe to the dogs? People don’t know what ChĂ©ri is.” ”

She rolled between her fingers, like a rosary, her necklace, thrown onto the bed. She took it off at night, now, because Chéri, enamoured of beautiful pearls and who caressed them in the morning, would have noticed too often that Léa's neck, thickening, was losing its whiteness and showing, beneath the skin, slackened muscles. She fastened it at her nape without getting up and took a mirror from the bedside table.

— I look like a gardener, she judged herself unsparingly. A market gardener. A Norman market gardener heading off to the potato fields wearing a necklace. It suits me like an ostrich feather up my nose, — and I'm being polite.

She shrugged, severe towards everything she no longer liked about herself: a bright complexion, healthy, a little ruddy, an outdoor complexion, apt to enrich the frank colour of the blue irises ringed with darker blue. The proud nose still found favour with LĂ©a; “Marie-Antoinette's nose!” asserted ChĂ©ri’s mother, who never forgot to add: “
 and in two years, that good LĂ©a will have Louis XVI’s chin.” ” The mouth with clenched teeth, which almost never burst into laughter, smiled often, in accord with the large eyes with their slow, rare blinks, a smile praised a hundred times, sung, photographed, a deep and trusting smile that could never weary.

As for the body, “everyone knows,” LĂ©a would say, “that a body of good quality lasts a long time.” She could still show it off, this large white body tinged with pink, endowed with long legs, the flat back seen on the nymphs of Italian fountains; the dimpled buttock, the high-slung breast could hold out, LĂ©a said, “until well after ChĂ©ri’s wedding.”

She got up, wrapped herself in a dressing gown and opened the curtains herself. The midday sun entered the pink room, cheerful, overly decorated and with a luxury that was dated, double lace at the windows, rose-leaf faille on the walls, gilded wood, electric lights veiled in pink and white, and antique furniture upholstered in modern silks. Léa would not renounce this cosy room nor her bed, a considerable masterpiece, indestructible, of copper, forged steel, severe to the eye and cruel to the shins.

— But no, but no, ChĂ©ri's mother would protest, it’s not as ugly as all that. I like it, me, this room. It represents an era, it has its chic. It’s very La PaĂŻva.

LĂ©a smiled at this memory of the “National Harpy” while pinning up her stray hair. She hastily powdered her face on hearing two doors slam and the thud of a shod foot against a delicate piece of furniture. ChĂ©ri returned in trousers and shirt, without a collar, his ears white with talc and in an aggressive mood.

— Where's my pin? Blast it all! Do people pinch jewellery now?

— Marcel put it in his tie to go do the shopping, said LĂ©a gravely.

Chéri, devoid of humour, stumbled over the joke like an ant over a piece of coal. He stopped his menacing pacing and could only reply:

— That's charming!
 and my boots?

— Which ones?

— Suede!

Léa, sitting at her dressing table, raised overly gentle eyes:

— You don't have to tell me twice, she insinuated, in a caressing voice.

— The day a woman loves me for my intelligence, I'll be in a real fix, retorted ChĂ©ri. In the meantime, I want my pin and my boots.

— What for? One doesn't wear a pin with a lounge jacket, and you already have shoes on.

Chéri stamped his foot.

— I've had enough, nobody looks after me here! I've had enough.

Léa put down her comb.

— Well then! Go away.

He shrugged, crudely:

— People say that!

— Go away. I've always loathed guests who criticise the cooking and stick cream cheese onto the mirrors. Go to your sainted mother, my child, and stay there.

He did not meet Léa's gaze, lowered his eyes, protested like a schoolboy:

— Honestly, what, can't I say anything? At least, will you lend me the car to go to Neuilly?

— No.

— Why not?

— Because I'm going out at two and Philibert is having lunch.

— Where are you going at two?

— To fulfil my religious duties. But if you want three francs for a taxi?
 Idiot, she resumed gently, maybe I'll go for coffee at Madame Mùre's at two o'clock. Aren't you happy?

He shook his head like a little ram.

— I'm being bullied, I'm refused everything, my things are hidden from me, I'm


— Will you never learn to dress yourself?

She took from Chéri's hands the collar which she buttoned, the tie which she knotted.

— There!
 Oh! That violet tie
 Actually, it's perfectly fine for the lovely Marie-Laure and her family
 And you wanted a pearl as well, on top of that? Little show-off
 Why not earrings?


He let her fuss over him, blissful, limp, swaying, overcome again by a laziness and a pleasure that closed his eyes


— Darling Nounoune
 he murmured.

She brushed his ears, adjusted the parting, fine and bluish, that divided Chéri's black hair, touched his temples with a finger moistened with perfume and quickly kissed, because she couldn't resist, the tempting mouth breathing so close to her. Chéri opened his eyes, his lips, stretched out his hands
 She pushed him away:

— No! Quarter to one! Off you go, and let me not see you again!

— Never?

— Never! she tossed at him, laughing with fierce tenderness.

Alone, she smiled proudly, gave a sharp sigh of tamed desire, and listened to Chéri's footsteps in the courtyard of the town house. She saw him open and close the gate, walk away with his winged step, immediately hailed by the ecstasy of three shop girls walking arm in arm:

— Oh! Maman!
 It’s not possible, he can't be real!
 Permission to touch?

But Chéri, blasé, didn't even turn around.

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