Apologie de la Poésie

Apologie de la Poésie

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Apologie de la Poésie

GeminiPro25

Lorsque le très vertueux E. W. et moi-même nous trouvions ensemble à la Cour de l’Empereur, nous nous consacrâmes à l’apprentissage de l’art équestre auprès de Giovanni Pietro Pugliano, un homme qui, avec grande renommée, tenait le rang d’écuyer à son écurie. Et lui, selon la fertilité de l’esprit italien, ne se contenta pas de nous offrir la démonstration de sa pratique, mais chercha à enrichir nos âmes des contemplations qu’il en tirait, et qu’il jugeait des plus précieuses. De toutes ses paroles, je ne me souviens pas que mes oreilles aient jamais été plus chargées que lorsque (irrité par la lenteur d’un paiement, ou mû par notre admiration d’apprentis) il s’exerçait à louer son art. Il disait que les soldats formaient la plus noble condition du genre humain, et les cavaliers, les plus nobles des soldats. Il disait qu’ils étaient les maîtres de la guerre et les ornements de la paix, prompts au départ et fermes dans l’attente, triomphateurs tant aux camps qu’aux cours ; et il s’avança même jusqu’à ce point incroyable que nulle chose terrestre n’inspirait plus d’émerveillement à un prince que d’être un bon cavalier. L’art de gouverner n’était, en comparaison, qu’une pédanterie. Puis il ajoutait certaines louanges, en contant quelle bête sans pareille était le cheval, le seul courtisan serviable sans flatterie, la bête de la plus grande beauté, de la plus grande fidélité, du plus grand courage, et bien d’autres choses encore ; si bien que si je n’eusse été quelque peu logicien avant de le rencontrer, je crois qu’il m’eût persuadé de souhaiter être moi-même un cheval. Mais voici du moins ce qu’il me fit entrer dans l’esprit, en un grand nombre de mots : l’amour-propre est la meilleure des dorures pour faire paraître somptueux ce à quoi nous sommes parties prenantes. Et si la forte affection et les faibles arguments de Pugliano ne devaient vous satisfaire, je vous donnerai un exemple plus proche, celui de moi-même, qui, je ne sais par quelle infortune, en ces années qui ne sont pas encore vieilles et en ces temps des plus oisifs, m’étant laissé glisser jusqu’au titre de poète, suis provoqué à vous dire quelques mots pour la défense de ma vocation involontaire. Si je la traite avec plus de bonne volonté que de bonnes raisons, soyez indulgents, car on doit pardonner à l’écolier qui suit les pas de son maître. Et pourtant, je dois dire que si j’ai de plus justes raisons de présenter une défense pathétique de la pauvre Poésie, laquelle, de la plus haute estime où se tenait le savoir, est tombée jusqu’à devenir la risée des enfants, j’ai aussi besoin d’apporter des preuves plus valables ; car si le premier art n’est privé par personne du crédit qu’il mérite, le second, le pauvre second, a vu les noms mêmes des philosophes employés à le défigurer, au grand péril d’une guerre civile entre les Muses. Et d’abord, en vérité, à tous ceux qui, professant le savoir, nourrissent de l’envie contre la Poésie, on peut justement objecter qu’ils sont bien près de l’ingratitude, en cherchant à défigurer ce qui, dans les plus nobles nations et les plus nobles langues que l’on connaisse, a été la première lumière offerte à l’ignorance, et la première nourrice dont le lait, peu à peu, les rendit capables de se nourrir ensuite de connaissances plus coriaces. Jouerez-vous le rôle du hérisson qui, reçu dans la tanière, en chassa son hôte ? Ou plutôt celui des vipères qui, en naissant, tuent leurs parents ? Que la docte Grèce, dans n’importe laquelle de ses multiples sciences, soit capable de me montrer un seul livre avant Musée, Homère et Hésiode, tous trois rien d’autre que des poètes. Qu’on apporte même n’importe quelle Histoire qui puisse dire que des écrivains existèrent avant eux, s’ils ne furent des hommes du même art, comme Orphée, Linus et quelques autres qui sont nommés, lesquels, ayant été les premiers de ce pays à faire de leurs plumes les messagères de leur savoir pour la postérité, peuvent à juste titre réclamer d’être appelés leurs Pères en savoir. Car non seulement ils eurent cette priorité dans le temps (bien que l’antiquité soit en soi vénérable), mais ils les précédèrent, comme des causes propres à attirer, par leur douceur enchanteresse, les esprits sauvages et indomptés jusqu’à l’admiration du savoir. Ainsi disait-on qu’Amphion déplaçait les pierres par sa poésie pour bâtir Thèbes, et qu’Orphée était écouté des bêtes — en vérité, des peuples de pierre et des peuples bestiaux. De même, chez les Romains, il y eut Livius Andronicus et Ennius ; de même, en langue italienne, les premiers qui la firent aspirer à devenir un trésor de science furent les poètes Dante, Boccace et Pétrarque. De même, dans notre anglais, il y eut Gower et Chaucer, après qui, encouragés et charmés par leurs excellents devanciers, d’autres ont suivi pour embellir notre langue maternelle, tant dans ce même genre que dans les autres arts. Cela se manifesta si notablement que les philosophes de Grèce n’osèrent longtemps paraître au monde que sous le masque des poètes. Ainsi Thalès, Empédocle et Parménide chantèrent-ils en vers leur philosophie naturelle. Ainsi firent Pythagore et Phocylide pour leurs préceptes moraux. Ainsi firent Tyrtée pour les choses de la guerre, et Solon pour les affaires de la politique ; ou plutôt, étant poètes, ils exercèrent leur veine charmante sur ces points de la plus haute connaissance, qui avant eux demeuraient cachés au monde. Car que le sage Solon fût bel et bien un poète, la chose est manifeste, puisqu’il écrivit en vers la remarquable fable de l’île Atlantide, que Platon continua. Et en vérité, quiconque examine bien Platon lui-même trouvera que dans le corps de son œuvre, si l’intérieur et la force étaient Philosophie, la peau, pour ainsi dire, et la beauté, dépendaient principalement de la Poésie. Car tout repose sur des dialogues, où il feint que de nombreux et honnêtes bourgeois d’Athènes parlent de sujets tels que, si on les avait mis à la torture, ils ne les auraient jamais avoués ; outre sa description poétique des circonstances de leurs rencontres, comme le bon ordre d’un banquet, la délicatesse d’une promenade, en y entrelaçant de pures fables, comme l’anneau de Gygès et d’autres, que celui qui ignore qu'elles sont les fleurs de la Poésie n'a jamais pénétré dans le jardin d'Apollon. Et même les historiographes, bien que leurs lèvres résonnent des choses accomplies et que la vérité soit écrite sur leur front, ont été heureux d’emprunter et la forme et peut-être le poids aux poètes. Ainsi Hérodote intitula-t-il son Histoire du nom des neuf Muses, et lui comme tous ceux qui le suivirent, soit dérobèrent, soit usurpèrent à la Poésie leurs descriptions passionnées des passions, les multiples particularités de batailles que nul ne pouvait affirmer, ou, si l’on me le refuse, les longues oraisons placées dans la bouche de grands rois et de grands capitaines, qu’il est certain qu’ils ne prononcèrent jamais. De sorte qu’en vérité, ni le philosophe ni l’historiographe n’auraient pu, au commencement, franchir les portes des jugements populaires, s’ils n’avaient pris un grand passeport de la Poésie ; ce qui, de nos jours, dans toutes les nations où le savoir ne fleurit pas, est aisé à voir : en toutes, on trouve quelque sentiment de la Poésie. En Turquie, outre leurs docteurs de la loi, ils n’ont d’autres écrivains que des poètes. Dans notre pays voisin, l’Irlande, où en vérité le savoir est bien maigre, leurs poètes sont pourtant tenus en une dévote révérence. Même parmi les Indiens les plus barbares et les plus simples, où nulle écriture n’existe, ils ont pourtant leurs poètes qui composent et chantent des chansons, qu’ils nomment *Arentos*, traitant à la fois des hauts faits de leurs ancêtres et des louanges de leurs dieux. Probabilité suffisante que si jamais le savoir vient parmi eux, ce devra être en ayant leurs esprits durs et obtus adoucis et aiguisés par les doux délices de la Poésie ; car tant qu’ils ne trouveront pas de plaisir dans l’exercice de l’esprit, les grandes promesses d’un grand savoir persuaderont peu ceux qui ne connaissent pas les fruits du savoir. Au pays de Galles, véritable vestige des anciens Bretons, comme de bonnes autorités le montrent, ils eurent longtemps des poètes qu’ils appelaient Bardes ; et à travers toutes les conquêtes des Romains, des Saxons, des Danois et des Normands, dont certains cherchèrent à ruiner parmi eux toute mémoire du savoir, leurs poètes perdurent jusqu’à ce jour. Elle n’est donc pas plus remarquable par la promptitude de ses débuts que par sa longue continuation. Mais puisque les auteurs de la plupart de nos sciences, furent les Romains, et avant eux les Grecs, arrêtons-nous un peu sur leurs autorités, ne serait-ce que pour voir quels noms ils ont donnés à cet art aujourd’hui méprisé. Chez les Romains, un poète était appelé *Vates*, ce qui signifie devin, voyant ou prophète, comme le manifestent les mots qui lui sont conjoints, *Vaticinium* et *Vaticinari* ; un titre si céleste que cet excellent peuple l’accorda à cette connaissance qui ravit le cœur. Et ils furent portés si loin dans leur admiration qu’ils pensaient que de grands présages de leur fortune à venir résidaient dans la rencontre fortuite de l’un de ces vers. De là naquit l’usage des *Sortes Vergilianæ*, lorsque, en ouvrant soudain le livre de Virgile, on tombait sur un de ses vers ; pratique rapportée par beaucoup, et dont les Histoires de la vie des Empereurs sont remplies. Comme celle d’Albinus, le gouverneur de notre île, qui dans son enfance rencontra ce vers : *Arma amens capio, nec sat rationis in armis*, et l'accomplit dans son âge mûr. C'était là, certes, une superstition bien vaine et impie, tout comme de penser que les esprits étaient commandés par de tels vers, d’où dérive le mot *Charmes* de *Carmina* ; pourtant, cela sert à montrer la grande révérence en laquelle ces esprits étaient tenus, et non sans fondement, puisque les oracles de Delphes et les prophéties de la Sibylle étaient entièrement délivrés en vers. Car cette observation exquise du nombre et de la mesure dans les mots, et cette liberté de conception hautement inspirée, propre au poète, semblaient posséder en elles une force divine. Et ne puis-je me risquer un peu plus loin, pour montrer le bien-fondé de ce mot *Vates*, et dire que les saints Psaumes de David sont un poème divin ? Si je le fais, ce ne sera pas sans le témoignage de grands savants, tant anciens que modernes. Mais le nom même de Psaumes parlera pour moi, lequel, interprété, n’est rien d’autre que Chants ; ensuite, il est entièrement écrit en mètre, comme tous les savants hébraïsants en conviennent, bien que les règles n’en soient pas encore pleinement découvertes. Enfin et principalement, sa manière de traiter sa prophétie est purement poétique. Car qu’est-ce donc que le réveil de ses instruments de musique, le changement fréquent et libre de personnes, ses remarquables prosopopées, quand il vous fait pour ainsi dire voir Dieu venant dans sa majesté, son récit de l'allégresse des bêtes et des collines bondissantes, sinon une poésie céleste, où il se montre presque un amant passionné de cette beauté indicible et éternelle, qui ne peut être vue que par les yeux de l’esprit, éclaircis par la seule foi ? Mais en vérité, l'ayant maintenant nommé, je crains de paraître profaner ce saint nom en l’appliquant à la Poésie, qui parmi nous est tombée dans une si ridicule estime. Mais ceux qui, avec un jugement tranquille, y regarderont d’un peu plus près, trouveront que sa fin et son effet sont tels que, droitement appliquée, elle ne mérite pas d’être chassée à coups de fouet de l’Église de Dieu. Mais voyons maintenant comment les Grecs l’ont nommée, et ce qu’ils en pensaient. Les Grecs le nommaient ποιητὴν (*poietes*), un nom qui, étant le plus excellent, a traversé les autres langues. Il vient du mot ποιεὶν (*poiein*), qui signifie faire ; en quoi, je ne sais si c’est par chance ou par sagesse, nous, Anglais, avons rejoint les Grecs en l'appelant un « Faiseur » (*Maker*). Pour savoir à quel point ce titre est élevé et incomparable, j’aimerais mieux que cela fût connu en observant le but des autres sciences, plutôt que par quelque allégation partiale. Il n’est point d’art livré à l’humanité qui n’ait les œuvres de la nature pour principal objet, sans lequel il ne pourrait consister, et dont il dépend à tel point qu'il devient acteur et interprète, pour ainsi dire, de ce que la nature veut exposer. Ainsi l’astronome regarde-t-il les étoiles, et, d’après ce qu’il voit, établit-il l’ordre que la nature y a mis. Ainsi font le géomètre et l’arithméticien dans leurs diverses sortes de quantités. Ainsi le musicien, dans les temps, vous dit lesquels s’accordent par nature, et lesquels non. Le philosophe naturel en tire son nom, et le philosophe moral se fonde sur les vertus, les vices ou les passions naturelles de l’homme ; et « suis la nature », dit-il, « et tu ne t’égareras point ». Le juriste dit ce que les hommes ont déterminé. L’historien, ce que les hommes ont fait. Le grammairien ne parle que des règles du discours, et le rhétoricien et le logicien, considérant ce qui dans la nature prouvera et persuadera le plus aisément, donnent des règles artificielles, qui sont toujours comprises dans le cercle d’une question, selon la matière proposée. Le médecin pèse la nature du corps de l’homme, et la nature des choses qui lui sont utiles ou nuisibles. Et le métaphysicien, bien qu’il soit dans les notions secondes et abstraites, et par conséquent considéré comme surnaturel, s’édifie en vérité sur les profondeurs de la nature. Seul le poète, dédaignant d’être lié à une telle sujétion, soulevé par la vigueur de sa propre invention, devient en effet une autre nature : en faisant les choses soit meilleures que la nature ne les produit, soit entièrement nouvelles, des formes telles qu’il n’y en eut jamais dans la nature : comme les Héros, les Demi-dieux, les Cyclopes, les Chimères, les Furies, et autres semblables ; de sorte qu’il va de pair avec la nature, non pas enfermé dans les étroites limites de ses dons, mais se mouvant librement dans le zodiaque de son propre esprit. La nature n’a jamais paré la terre d’une tapisserie aussi riche que l’ont fait divers poètes, ni de rivières si plaisantes, d’arbres si fertiles, de fleurs si odorantes, ni de quoi que ce soit qui puisse rendre la terre trop aimée plus aimable encore : son monde est d'airain, seuls les poètes en livrent un d’or. Mais laissons ces choses et venons à l’homme, pour qui, comme le sont les autres choses, il semble que sa plus grande perfection soit employée ; et sachons si elle a produit un amant aussi fidèle que Théagène, un ami aussi constant que Pylade, un homme aussi vaillant qu’Orlando, un prince aussi juste que le Cyrus de Xénophon, un homme aussi excellent en tout point que l’Énée de Virgile. Et que ceci ne soit pas conçu comme une plaisanterie, sous prétexte que les œuvres de l’une sont essentielles, et celles de l’autre, imitation ou fiction ; car tout entendement sait que l’art de chaque artisan réside dans cette Idée, ou pré-conception de l’œuvre, et non dans l’œuvre elle-même. Et que le poète possède cette Idée est manifeste, par le fait qu’il les expose dans l’excellence où il les avait imaginées ; cette exposition n'est pas non plus entièrement imaginaire, comme nous avons coutume de le dire de ceux qui bâtissent des châteaux en l’air, mais elle opère de manière si substantielle qu'elle ne se contente pas de créer un Cyrus, qui n’eût été qu’une excellence particulière comme la nature aurait pu en faire, mais d’offrir un Cyrus au monde afin de créer de nombreux Cyrus, si l'on veut bien apprendre pourquoi et comment ce faiseur l'a fait. Et qu’on ne juge pas trop audacieuse cette comparaison, qui met en balance le point le plus haut de l’esprit de l’homme avec l’efficace de la nature ; mais qu’on rende plutôt un juste honneur au céleste faiseur de ce faiseur, qui, ayant fait l’homme à sa propre ressemblance, l’a placé au-delà et au-dessus de toutes les œuvres de cette seconde nature, ce qu’en rien il ne montre autant que dans la Poésie ; lorsque, avec la force d’un souffle divin, il produit des choses surpassant les œuvres de celle-ci, non sans fournir de solides arguments aux incrédules de cette première chute maudite d’Adam, puisque notre esprit érigé nous fait connaître ce qu’est la perfection, et que pourtant notre volonté infectée nous empêche de l’atteindre. Mais ces arguments seront compris de peu, et admis de moins encore. J’espère qu’on m’accordera ceci : que les Grecs, avec quelque probabilité de raison, lui donnèrent le nom au-dessus de tous les noms du savoir. Passons maintenant à une présentation plus ordinaire, afin que la vérité soit plus palpable ; et j’espère ainsi que, même si nous n’obtenons pas un éloge aussi inégalé que celui que l’étymologie de ses noms lui accorde, sa description même, que nul ne niera, ne sera pas injustement privée d’une louange principale. La Poésie est donc un Art d’Imitation : car ainsi Aristote la nomme par le mot μίμησις (*mimesis*), c’est-à-dire une représentation, une contrefaçon, ou une figuration, pour parler métaphoriquement. Une peinture parlante, ayant pour fin d’instruire et de plaire. De celle-ci, il y a eu trois genres généraux. Les principaux, tant en ancienneté qu’en excellence, furent ceux qui imitèrent les inconcevables excellences de Dieu. Tels furent David dans ses Psaumes, Salomon dans son Cantique des Cantiques, dans son Ecclésiaste et ses Proverbes, Moïse et Débora, dans leurs Hymnes, et l’auteur de Job. Les savants Emmanuel Tremellius et F. Junius, entre autres, intitulent ces textes la partie poétique de l’Écriture. Contre ceux-là, nul ne parlera qui a le Saint-Esprit en la sainte révérence qui lui est due. Dans ce genre, bien qu’avec une divinité tout à fait erronée, il y eut Orphée, Amphion, Homère dans ses hymnes, et beaucoup d’autres, Grecs et Romains. Et cette Poésie doit être pratiquée par quiconque veut suivre le conseil de saint Paul, de chanter des Psaumes lorsqu’on est joyeux ; et je sais qu’elle est employée, avec le fruit de la consolation, par certains qui, dans les affres douloureuses de leurs péchés mortifères, trouvent le réconfort de la bonté qui jamais n’abandonne. Le second genre, est celui de ceux qui traitent de matières philosophiques : soit morales, comme Tyrtée, Phocylide, Caton ; soit naturelles, comme Lucrèce et les Géorgiques de Virgile ; soit astronomiques, comme Manilius et Pontanus ; ou historiques, comme Lucain. Si quelqu'un les dédaigne, la faute est dans son jugement tout à fait dépourvu de goût, et non dans la douce nourriture d’un savoir doucement énoncé. Mais parce que ce second genre est enveloppé dans le giron du sujet proposé, et ne prend pas le libre cours de sa propre invention, que les grammairiens débattent pour savoir s’ils sont proprement poètes ou non ; et passons au troisième, qui sont en vérité les vrais poètes, à propos desquels principalement cette question se pose. Entre eux et les seconds, il y a une sorte de différence semblable à celle qui existe entre les peintres de moindre talent, qui ne contrefont que les visages qui leur sont présentés, et les plus excellents, qui, n’ayant d’autre loi que leur esprit, vous offrent en couleurs ce qui est le plus apte à être vu par l’œil, comme le regard constant, bien que lamentable, de Lucrèce, lorsqu’elle punit en elle-même la faute d’un autre. En cela, le peintre ne peint pas Lucrèce, qu’il n’a jamais vue, mais il peint la beauté extérieure d’une telle vertu. Car ces troisièmes sont ceux qui imitent le plus proprement pour instruire et pour plaire ; et pour imiter, ils n’empruntent rien de ce qui est, a été, ou sera, mais errent seulement, bridés par une savante discrétion, dans la divine considération de ce qui peut être et devrait être. Ceux-là, de même que le premier et le plus noble genre peut être justement appelé *Vates*, sont accompagnés dans les langues les plus excellentes et les entendements les meilleurs du nom de Poètes décrit précédemment. Car ceux-ci, en vérité, ne font qu'imiter, et imitent à la fois pour plaire et instruire ; et plaisent pour inciter les hommes à embrasser cette bonté, que sans le plaisir ils fuiraient comme une étrangère ; et instruisent pour leur faire connaître cette bonté vers laquelle ils sont mus. Bien que ce soit là le but le plus noble vers lequel un savoir ait jamais été dirigé, il ne manque pourtant pas de langues oisives pour aboyer contre eux. Ceux-ci sont subdivisés en plusieurs dénominations plus spéciales. Les plus notables sont l’Héroïque, le Lyrique, le Tragique, le Comique, le Satirique, l’Iambique, l’Élégiaque, le Pastoral, et certains autres. Certains sont ainsi nommés selon la matière qu’ils traitent, d’autres selon le type de vers qu’ils aimaient le mieux écrire ; car en vérité, la plupart des poètes ont revêtu leurs inventions poétiques de cette manière d’écrire nombreuse qu’on appelle le vers. Revêtu, dis-je, car le vers n’est qu’un ornement et non la cause de la Poésie, puisqu’il y a eu de nombreux et excellents poètes qui n’ont jamais versifié, et qu’aujourd’hui pullulent de nombreux versificateurs qui ne mériteront jamais de répondre au nom de poètes. Car Xénophon, qui imita si excellemment qu’il nous donna l’*effigiem iusti imperii*, le portrait d’un juste Empire sous le nom de Cyrus, comme Cicéron le dit de lui, fit en cela un poème héroïque absolu. De même Héliodore, dans sa suave invention de cette peinture d’amour en Théagène et Chariclée ; et pourtant tous deux écrivirent en prose. Je dis cela pour montrer que ce n’est pas le fait de rimer ni de versifier qui fait un poète (pas plus qu’une longue robe ne fait un avocat, qui, même s’il plaidait en armure, serait un avocat et non un soldat), mais c’est cette création d’images remarquables de vertus, de vices, ou de toute autre chose, avec cet enseignement délectable, qui doit être la note distinctive pour reconnaître un poète. Bien qu’en vérité le Sénat des Poètes ait choisi le vers comme son vêtement le plus approprié, signifiant par là que, comme en matière ils surpassaient tout, ils voulaient aussi, en manière, les surpasser, ne parlant pas sur le ton de la conversation, ou comme des hommes en rêve, des mots tombant au hasard de la bouche, mais pesant chaque syllabe de chaque mot en juste proportion, selon la dignité du sujet. Maintenant donc, il ne sera pas déplacé d’examiner d’abord cette dernière sorte de poésie par ses œuvres, puis par ses parties ; et si dans aucune de ces deux anatomies elle n’est condamnable, j’espère que nous obtiendrons une sentence plus favorable. Cette purification de l’esprit, cet enrichissement de la mémoire, cette habilitation du jugement, et cet élargissement de la conception, que nous appelons communément le savoir, sous quelque nom qu’il se présente, ou à quelque fin immédiate qu’il soit dirigé, la fin ultime est de nous conduire et de nous attirer à une aussi haute perfection que nos âmes dégénérées, empirées par leurs logis d’argile, peuvent en être capables. Ceci, selon l’inclination de l’homme, a engendré de nombreuses impressions. Car certains, pensant que cette félicité s’obtenait principalement par la connaissance, et qu’aucune connaissance n’était aussi haute ou céleste que la familiarité avec les étoiles, se donnèrent à l’Astronomie. D’autres, se persuadant d’être des demi-dieux, s’ils connaissaient les causes des choses, devinrent des philosophes naturels et surnaturels. Un plaisir admirable en attira certains vers la Musique ; et d’autres, la certitude de la démonstration, vers les Mathématiques. Mais tous, les uns comme les autres, avaient pour but de connaître, et par la connaissance d’élever l’esprit du cachot du corps à la jouissance de sa propre essence divine. Mais quand, à la balance de l’expérience, on découvrit que l’astronome, en regardant les étoiles, pouvait tomber dans un fossé, que le philosophe investigateur pouvait être aveugle sur lui-même, et que le mathématicien pouvait tracer une ligne droite avec un cœur tortueux, alors, la preuve, maîtresse des opinions, manifesta que toutes ces sciences ne sont que des servantes ; qui, bien qu’ayant une fin propre en elles-mêmes, sont toutes dirigées vers la fin la plus élevée de la connaissance maîtresse, appelée par les Grecs ἀρχιτεκτονική (*arkhitektonikè*), qui réside, je pense, dans la connaissance de soi-même, dans la considération éthique et politique, avec pour fin le bien-agir, et non seulement le bien-savoir. Tout comme la fin prochaine du sellier est de faire une bonne selle, mais sa fin ultérieure est de servir une faculté plus noble, qui est l’art équestre ; de même, l’art équestre sert l’art militaire : et le soldat ne doit pas seulement avoir l’habileté, mais accomplir la pratique d’un soldat. De sorte que la fin ultime de tout savoir terrestre étant l’action vertueuse, les arts qui servent le mieux à la produire ont le plus juste titre à être princes sur tous les autres. En quoi si nous pouvons montrer que le poète est digne de l’emporter sur tous les autres compétiteurs, parmi lesquels s’avancent principalement pour le défier les philosophes moraux, que je crois voir venir vers moi avec une gravité maussade, comme s’ils ne pouvaient supporter le vice à la lumière du jour, grossièrement vêtus pour témoigner extérieurement de leur mépris des choses extérieures, des livres à la main contre la gloire, auxquels ils apposent leurs noms, parlant sophistiquement contre la subtilité, et irrités contre tout homme en qui ils voient la vilaine faute de la colère. Ces hommes, semant à leur passage définitions, divisions et distinctions, avec un interrogatif dédaigneux, demandent sobrement s’il est possible de trouver un chemin si prompt à conduire un homme à la vertu, que celui qui enseigne ce qu’est la vertu, et l’enseigne non seulement en exposant son être même, ses causes et ses effets, mais aussi en faisant connaître son ennemi, le vice, qui doit être détruit, et son encombrant serviteur, la passion, qui doit être maîtrisée ; en montrant les généralités qui la contiennent, et les spécialités qui en sont dérivées. Enfin, en exposant clairement comment elle s’étend hors des limites du petit monde de l’homme, au gouvernement des familles et au maintien des sociétés publiques. L’historien laisse à peine le loisir au moraliste d’en dire autant, car le voici, chargé de vieux parchemins rongés par les souris, s’autorisant la plupart du temps d’autres Histoires, dont les plus grandes autorités sont bâties sur la notable fondation du ouï-dire, ayant grand-peine à accorder des écrivains divergents et à extraire la vérité de la partialité ; mieux au fait de ce qui s’est passé il y a 1000 ans que de l’âge présent, et connaissant pourtant mieux comment va le monde que comment court son propre esprit ; curieux des antiquités et investigateur des nouveautés, merveille pour les jeunes gens et tyran des conversations de table ; il nie avec grande colère que quiconque, pour enseigner la vertu et les actions vertueuses, puisse lui être comparé. « Je suis *Testis temporum, lux veritatis, vita memoriæ, magistra vitæ, nuncia vetustatis*. Le philosophe, dit-il, enseigne une vertu discursive, mais moi, une vertu active. Sa vertu est excellente dans l’Académie sans danger de Platon, mais la mienne montre son visage honorable dans les batailles de Marathon, de Pharsale, de Poitiers et d’Azincourt. Il enseigne la vertu par certaines considérations abstraites, mais moi, je vous dis seulement de suivre les traces de ceux qui vous ont précédés. La vieille expérience dépasse le philosophe à l’esprit fin ; mais moi, je donne l’expérience de nombreux âges. Enfin, s’il fait le livre de chant, je pose la main de l’apprenti sur le luth, et s’il est le guide, je suis la lumière. » Alors il vous alléguerait d’innombrables exemples, confirmant une histoire par d’autres histoires, montrant combien les plus sages sénateurs et princes ont été dirigés par le crédit de l’Histoire, comme Brutus, Alphonse d’Aragon, (et qui ne le fut, au besoin ?). À la fin, la longue ligne de leur dispute aboutit à ce point : que l’un donne le précepte, et l’autre l’exemple. Maintenant, qui trouverons-nous, puisque la question est de savoir qui occupera la plus haute place dans l’école du savoir, pour être modérateur ? En vérité, il me semble, le poète ; et s’il n’est pas modérateur, il est même l’homme qui devrait leur ravir à tous deux le titre, et bien plus encore à toutes les autres sciences servantes. Comparons donc le poète avec l’historien et avec le philosophe moral ; et s’il les surpasse tous deux, nulle autre compétence humaine ne peut l’égaler. Car quant au divin, il doit toujours être excepté avec toute la révérence, non seulement parce que sa portée est aussi loin au-delà de celles-ci que l’éternité excède un instant, mais même parce qu’il surpasse chacune d’elles en elles-mêmes. Et pour le juriste, bien que le *Jus* soit la fille de la Justice, la première des vertus, parce qu’il cherche à rendre les hommes bons plutôt *formidine pœnæ* que *virtutis amore* — ou pour dire plus justement, il ne s’efforce pas de rendre les hommes bons, mais de faire que leur mal ne nuise pas à autrui, ne se souciant point, pourvu qu’il soit un bon citoyen, de savoir quel méchant homme il est — ; par conséquent, comme notre méchanceté le rend nécessaire, et que la nécessité le rend honorable, il ne doit pas, en vérité profonde, être rangé avec ceux qui s’efforcent tous d’ôter la malice et de planter la bonté jusque dans le cabinet le plus secret de nos âmes. Et ces quatre sont tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, traitent de la considération des mœurs des hommes ; ce qui étant la connaissance suprême, ceux qui la nourrissent le mieux méritent la meilleure louange. Le philosophe donc, et l’historien, sont ceux qui voudraient remporter le prix, l’un par le précepte, l’autre par l’exemple ; mais tous deux, n’ayant pas les deux, boitent tous deux. Car le philosophe, exposant avec des arguments épineux la règle nue, est si dur à énoncer et si brumeux à concevoir, que celui qui n’a d’autre guide que lui pataugera en lui jusqu’à la vieillesse avant de trouver une cause suffisante pour être honnête. Car sa connaissance repose tellement sur l’abstrait et le général, qu’heureux est l’homme qui peut le comprendre, et plus heureux encore celui qui peut appliquer ce qu’il comprend. De l’autre côté, l’historien, manquant du précepte, est si lié, non à ce qui devrait être, mais à ce qui est, à la vérité particulière des choses et non à la raison générale des choses, que son exemple n’entraîne aucune conséquence nécessaire, et donc une doctrine moins féconde. Or, le poète sans pareil accomplit les deux ; car tout ce que le philosophe dit qui devrait être fait, il en donne une image parfaite à travers un personnage, par qui il présuppose que cela a été fait ; de sorte qu’il couple la notion générale avec l’exemple particulier. Une image parfaite, dis-je, car il offre aux puissances de l’esprit une image de ce dont le philosophe ne fournit qu’une description verbeuse, qui ne frappe, ne perce, ni ne possède la vue de l’âme autant que l’autre ne le fait. Car de même que, pour les choses extérieures, un homme qui n’aurait jamais vu un éléphant ou un rhinocéros, à qui l’on décrirait très excellemment toute leur forme, leur couleur, leur taille et leurs marques particulières ; ou, pour un palais somptueux, un architecte, qui, en en dépeignant toutes les beautés, pourrait bien rendre l’auditeur capable de répéter comme par cœur tout ce qu’il a entendu, ne satisferait pourtant jamais sa conception intérieure en étant le témoin pour elle-même d’une connaissance vraie et vivante ; mais ce même homme, aussitôt qu’il pourrait voir ces bêtes bien peintes, ou cette maison bien en modèle, parviendrait sur-le-champ, sans avoir besoin d’aucune description, à une compréhension judicieuse de celles-ci. De même, sans doute, le philosophe avec ses doctes définitions, que ce soit des vertus ou des vices, des matières de politique publique ou de gouvernement privé, remplit la mémoire de nombreux fondements infaillibles de sagesse, qui néanmoins demeurent obscurs devant la puissance imaginative et judicative, s’ils ne sont pas illuminés ou figurés par la peinture parlante de la Poésie. Tullius se donne beaucoup de peine, et souvent non sans des aides poétiques, pour nous faire connaître la force que l’amour de notre patrie a en nous. Écoutons seulement le vieil Anchise, parlant au milieu des flammes de Troie, ou voyons Ulysse, au comble de tous les délices de Calypso, déplorer son absence de l’aride et misérable Ithaque. La colère, disaient les Stoïciens, était une courte folie : que Sophocle vous amène seulement Ajax sur une scène, tuant et fouettant des brebis et des bœufs, pensant qu’ils sont l’armée des Grecs, avec leurs chefs Agamemnon et Ménélas ; et dites-moi si vous n’avez pas une vision plus familière de la colère qu’en trouvant chez les scolastiques son genre et sa différence. Voyez si la sagesse et la tempérance chez Ulysse et Diomède, la vaillance chez Achille, l’amitié chez Nisus et Euryale, même pour un homme ignorant, ne portent pas un éclat apparent ; et, au contraire, le remords de la conscience chez Œdipe, l’orgueil vite repenti chez Agamemnon, la cruauté qui se dévore elle-même chez son père Atrée, la violence de l’ambition chez les deux frères thébains, la douceur aigre de la vengeance chez Médée ; et, pour descendre plus bas, le Gnathon de Térence et le Pandare de notre Chaucer, si bien exprimés que nous utilisons maintenant leurs noms pour signifier leurs métiers. Et enfin, toutes les vertus, tous les vices et toutes les passions, si bien exposés dans leurs états naturels, que nous semblons non pas en entendre parler, mais clairement voir à travers eux. Mais même dans la plus excellente détermination de la bonté, quel conseil de philosophe peut aussi promptement diriger un prince que le Cyrus fictif de Xénophon, ou un homme vertueux dans toutes les fortunes que l’Énée de Virgile, ou une république entière que la Voie de l’Utopie de Sir Thomas More ? Je dis la Voie, car là où Sir Thomas More a erré, c’était la faute de l’homme et non du poète ; car cette Voie de figurer une république était des plus absolues, bien qu’il ne l’ait peut-être pas accomplie de manière aussi absolue. Car la question est de savoir si l’image fictive de la Poésie ou l’instruction régulière de la Philosophie a le plus de force pour enseigner. En quoi, si les philosophes se sont montrés plus justement philosophes que les poètes n’ont atteint le haut sommet de leur profession (car en vérité, *Mediocribus esse poetis non Dii, non homines, non concessere columnæ*), ce n’est pas, je le répète, la faute de l’art, mais le fait que par peu d’hommes cet art peut être accompli. Certainement, même notre Sauveur le Christ aurait pu aussi bien donner les lieux communs moraux sur le manque de charité et l’humilité que la divine narration du Mauvais Riche et de Lazare, ou sur la désobéissance et la miséricorde que ce discours céleste de l’enfant prodigue et du père bienveillant ; mais sa sagesse pénétrante savait que l’état du Mauvais Riche brûlant en enfer, et de Lazare dans le sein d’Abraham, habiterait pour ainsi dire plus constamment à la fois la mémoire et le jugement. En vérité, pour ma part, il me semble voir devant mes yeux la prodigalité dédaigneuse de l’enfant prodigue, changée en envie du dîner d’un porc ; ce que les doctes théologiens considèrent non comme des actes historiques, mais comme des paraboles instructives. Pour conclure, je dis que le philosophe enseigne, mais il enseigne obscurément, de sorte que seuls les savants peuvent le comprendre, c’est-à-dire qu’il enseigne ceux qui sont déjà enseignés. Mais le poète est la nourriture pour les estomacs les plus tendres ; le poète est en vérité le vrai philosophe populaire. Ce dont les fables d’Ésope donnent une bonne preuve, dont les jolies allégories, se glissant sous les contes formels de bêtes, font que beaucoup plus bestiaux que les bêtes commencent à entendre le son de la vertu de la part de ces orateurs muets. Mais on peut maintenant alléguer que si cette imagination de matières est si apte à l’imagination, alors l’historien doit nécessairement surpasser, qui vous apporte des images de matières vraies, telles qu’elles furent réellement faites, et non telles qu’elles peuvent être suggérées de manière fantastique ou fausse comme ayant été faites. En vérité, Aristote lui-même, dans son discours sur la Poésie, tranche clairement cette question, en disant que la Poésie est φιλοσοφώτερον καὶ σπουδαιότερον (*philosophôteron kai spoudaioteron*), c’est-à-dire qu’elle est plus philosophique et plus sérieuse que l’Histoire. Sa raison est que la Poésie traite du καθόλου (*katholou*), c’est-à-dire de la considération universelle, et l’Histoire du καθ' ἕκαστον (*kath' hekaston*), du particulier. Or, dit-il, l’universel pèse ce qu’il convient de dire ou de faire, soit en vraisemblance, soit en nécessité, ce que la Poésie considère dans ses noms imposés ; et le particulier ne marque que si Alcibiade a fait ou subi ceci ou cela. Jusqu’ici Aristote. Cette raison, comme toutes les siennes, est des plus pleines de raison. Car en vérité, si la question était de savoir s’il valait mieux avoir un acte particulier fidèlement ou faussement rapporté, il n’y a aucun doute sur ce qu’il faut choisir, pas plus que de savoir si vous préféreriez avoir le portrait de Vespasien tel qu’il était, ou, au gré du peintre, sans aucune ressemblance. Mais si la question est pour votre propre usage et votre propre apprentissage, de savoir s’il vaut mieux l’avoir exposé comme il devrait être, ou comme il fut, alors certainement le Cyrus fictif de Xénophon est plus doctrinal que le vrai Cyrus de Justin, et l’Énée fictif de Virgile plus que le véritable Énée de Darès le Phrygien. De même, pour une dame qui désirerait façonner son visage à la meilleure grâce, un peintre lui serait plus profitable en portraiturant un visage des plus doux, écrivant *Canidia* dessus, qu’en peignant Canidia telle qu’elle était, elle que Horace jure être fort laide. Si le poète fait bien sa part, il ne vous montrera en Tantale, Atrée, et autres semblables, rien qui ne soit à fuir ; en Cyrus, Énée, Ulysse, chaque chose à suivre ; là où l’historien, lié à raconter les choses telles qu’elles furent, ne peut être libéral, sans être poétique d’un modèle parfait, mais doit, comme en Alexandre ou Scipion même, montrer des actions, certaines à aimer, d’autres à détester ; et alors, comment discernerez-vous ce qu’il faut suivre, sinon par votre propre discrétion, que vous aviez sans lire Quinte-Curce ? Et tandis qu’un homme pourrait dire que, bien que dans la considération universelle de la doctrine le poète l’emporte, l’Histoire, en disant qu’une telle chose a été faite, garantit davantage un homme dans ce qu’il suivra. La réponse est manifeste : s’il s’en tient à ce qui fut, comme s’il argumentait que, parce qu’il a plu hier, il devrait donc pleuvoir aujourd’hui, alors en effet cela a quelque avantage pour un esprit grossier. Mais s’il sait qu’un exemple n’informe qu’une vraisemblance conjecturée, et procède ainsi par la raison, le poète le surpasse d’autant plus qu’il doit façonner son exemple sur ce qui est le plus raisonnable, que ce soit en matières guerrières, politiques ou privées ; là où l’historien, dans son simple « fut », a maintes fois ce que nous appelons la fortune pour dominer la plus grande sagesse. Maintes fois il doit raconter des événements dont il ne peut donner aucune cause, ou s’il le fait, ce doit être poétiquement. Pour prouver qu’un exemple fictif a autant de force pour enseigner qu’un exemple vrai (car pour ce qui est d’émouvoir, c’est clair, puisque le fictif peut être accordé à la plus haute clé de la passion), prenons un exemple où un historien et un poète ont concouru. Hérodote et Justin témoignent tous deux que Zopyre, fidèle serviteur du roi Darius, voyant son maître longtemps contrarié par les Babyloniens rebelles, feignit d'être dans l'extrême disgrâce de son roi ; pour le prouver, il se fit couper le nez et les oreilles, et fuyant ainsi vers les Babyloniens, fut reçu, et pour sa vaillance connue, si bien cru qu'il trouva le moyen de les livrer à Darius. Tite-Live rapporte une affaire très semblable de Tarquin et de son fils. Xénophon feint excellemment un autre stratagème semblable, accompli par Abradate pour le compte de Cyrus. Maintenant, je voudrais bien savoir, si l'occasion se présentait à vous de servir votre prince par une telle et honnête dissimulation, pourquoi vous ne l'apprendriez pas aussi bien de la fiction de Xénophon que de la vérité des autres ; et en vérité, d'autant mieux que vous sauveriez votre nez par ce marché. Car Abradate ne contrefit pas aussi loin. Ainsi donc, le meilleur de l'historien est sujet au poète ; car quelle que soit l'action ou la faction, quel que soit le conseil, la politique ou la guerre, le stratagème que l'historien est tenu de réciter, le poète peut, s'il le veut, avec son imitation, se l'approprier, l'embellissant à la fois pour un plus grand enseignement et un plus grand plaisir, comme il lui plaît, ayant tout, de l'enfer au ciel de Dante, sous l'autorité de sa plume. Et si l'on me demande quels poètes ont fait ainsi, bien que je puisse en nommer quelques-uns, je dis pourtant, et je le répète, je parle de l'Art et non de l'Artisan. Venons-en maintenant à ce qui est communément attribué à la louange de l’Histoire, à savoir le savoir notable que l’on acquiert en observant le succès des choses, comme si l’on y devait voir la vertu exaltée et le vice puni. En vérité, cette louange est particulière à la Poésie, et bien loin de l’Histoire ; car en vérité, la Poésie expose toujours la vertu sous ses plus belles couleurs, faisant de la fortune sa servante bienveillante, au point que l'on ne peut que s'en énamourer. Vous pouvez bien voir Ulysse dans une tempête et dans d’autres situations difficiles, mais ce ne sont que des exercices de patience et de magnanimité, pour les faire briller davantage dans la prospérité qui suit de près. Et au contraire, si des hommes méchants montent sur la scène, ils en sortent toujours (comme le répondit un auteur de tragédies à quelqu’un qui n’aimait pas voir de tels personnages) si bien enchaînés qu’ils n’incitent guère les gens à les suivre. Mais l’Histoire, captive de la vérité d’un monde insensé, est maintes fois une terreur qui détourne du bien-faire, et un encouragement à une méchanceté débridée. Car ne voyons-nous pas le vaillant Miltiade pourrir dans ses fers ? Le juste Phocion et le parfait Socrate, mis à mort comme des traîtres ? Le cruel Sévère vivre prospère ? L’excellent Sévère misérablement assassiné ? Sylla et Marius mourant dans leurs lits ? Pompée et Cicéron tués alors qu’ils auraient considéré l’exil comme un bonheur ? Ne voyons-nous pas le vertueux Caton poussé à se tuer lui-même, et le rebelle César si élevé que son nom, après 1600 ans, dure encore dans le plus grand honneur ? Et ne remarquez que les propres mots de César sur le susnommé Sylla (qui, en cela seulement, agit honnêtement en déposant sa tyrannie déshonnête) : *Litteras nesciuit* ; comme si le manque de savoir l'avait poussé à bien agir. Il ne parlait pas de la Poésie, qui, non contente des fléaux terrestres, imagine de nouveaux châtiments en enfer pour les tyrans ; ni de la Philosophie, qui enseigne qu'ils doivent périr ; mais sans doute de la connaissance de l'Histoire, car celle-ci peut en effet vous fournir Cypsélos, Périandre, Phalaris, Denys, et je ne sais combien d'autres de la même engeance, qui s'en tirent assez bien dans leur abominable injustice d'usurpation. Je conclus donc qu'il excelle sur l’Histoire, non seulement en meublant l’esprit de connaissance, mais en le portant vers ce qui mérite d’être appelé et considéré comme bon ; ce fait de porter et d’émouvoir au bien-agir place en vérité la couronne de laurier sur la tête des poètes comme victorieux, non seulement de l’historien, mais aussi du philosophe, même si, en matière d’enseignement, cela puisse être discutable. Car supposons que l’on accorde, ce que je suppose avec grande raison pouvoir être nié, que le philosophe, en raison de son procédé méthodique, enseigne plus parfaitement que le poète ; je pense pourtant que nul n’est assez philosophe pour comparer le philosophe au poète en matière d’émotion. Et qu’émouvoir est d’un degré supérieur à enseigner, cela peut apparaître par le fait que c’est presque à la fois la cause et l’effet de l’enseignement. Car qui voudra être enseigné, s’il n’est mû par le désir d’être enseigné ? Et quel si grand bien cet enseignement produit-il (je parle toujours de la doctrine morale) sinon qu’il meut quelqu’un à faire ce qu’il enseigne ? Car, comme le dit Aristote, ce n’est pas la γνῶσις (*gnôsis*) mais la πρᾶξις (*praxis*) qui doit en être le fruit ; et comment la *praxis* peut exister sans être mû à la pratique, il n’est pas difficile de le concevoir. Le philosophe vous montre le chemin, il vous informe des particularités, tant des difficultés du chemin que de l’agréable gîte que vous aurez à la fin de votre voyage, ainsi que des nombreux détours qui peuvent vous écarter de votre voie. Mais cela ne s’adresse qu’à celui qui veut le lire, et le lire avec une studieuse et attentive peine ; et quiconque a en lui ce désir constant a déjà parcouru la moitié de la dureté du chemin, et n’est donc redevable au philosophe que pour l’autre moitié. Non, en vérité, des hommes savants ont savamment pensé que, une fois que la raison a tellement maîtrisé la passion que l’esprit a un libre désir de bien faire, la lumière intérieure que chaque esprit a en lui-même vaut bien le livre d’un philosophe ; car par nature nous savons qu’il est bon de bien faire, et ce qui est bien et ce qui est mal, bien que non dans les mots de l’art que les philosophes nous prodiguent. C’est en effet de la conception naturelle que les philosophes l’ont tiré. Mais être mû à faire ce que nous savons, ou être mû par le désir de savoir, *Hoc opus, hic labor est*. Or, en cela, de toutes les sciences (je parle toujours de l’humain et selon la conception humaine) notre poète est le monarque. Car il ne montre pas seulement le chemin, mais il offre une perspective si douce sur le chemin qu’elle incitera tout homme à y entrer. Mieux encore, il fait comme si votre voyage devait passer par un beau vignoble et, dès le début, il vous donne une grappe de raisin, afin que, plein de ce goût, vous désiriez aller plus loin. Il ne commence pas par des définitions obscures qui doivent maculer la marge d’interprétations et charger la mémoire d’incertitudes ; mais il vient à vous avec des mots agencés en proportion délectable, soit accompagnés de, soit préparés pour l’art bien enchanteur de la Musique ; et ma foi, il vient à vous avec un conte, un conte, qui détourne les enfants du jeu, et les vieillards du coin du feu. Et ne prétendant rien de plus, il a l’intention de gagner l’esprit de la méchanceté à la vertu, tout comme l’enfant est souvent amené à prendre les choses les plus saines en les cachant dans d’autres qui ont un goût plaisant. Si l'on commençait à lui dire la nature de l’aloès ou de la rhubarbe qu’il doit recevoir, il prendrait plus tôt son remède par les oreilles que par la bouche. Il en est de même des hommes (dont la plupart sont puérils dans les meilleures choses, jusqu’à ce qu’ils soient bercés dans leurs tombes) : ils seront heureux d’entendre les contes d’Hercule, d’Achille, de Cyrus, d’Énée, et en les entendant, ils entendront nécessairement la juste description de la sagesse, de la vaillance et de la justice ; que si on les leur avait exposées nûment (c’est-à-dire philosophiquement), ils jureraient qu’on les a ramenés à l’école. Cette imitation, qui est l’essence de la Poésie, a la plus grande convenance avec la nature de toutes les autres. À tel point que, comme le dit Aristote, les choses qui en elles-mêmes sont horribles, comme les batailles cruelles, les monstres contre nature, sont rendues dans l’imitation poétique, délectables. En vérité, j’ai connu des hommes qui, même en lisant *Amadis de Gaule*, qui, Dieu le sait, manque de beaucoup à être une poésie parfaite, ont senti leur cœur mû à l’exercice de la courtoisie, de la libéralité, et surtout du courage. Qui lit Énée portant le vieil Anchise sur son dos, et ne souhaite pas que ce fût sa fortune d’accomplir un acte si excellent ? Qui n’est ému par ces mots de Turnus, (le conte de Turnus ayant planté son image dans l’imagination) : *Fugientem hæc terra videbit? Usque adeone mori miserum est?* Là où les philosophes, comme ils dédaignent de plaire, doivent se contenter de peu émouvoir ; sauf à se quereller pour savoir si la *Virtus* est le bien suprême ou le seul bien ; si la vie contemplative ou la vie active excelle. Ce que Platon et Boèce savaient bien, et c’est pourquoi ils firent très souvent emprunter à maîtresse Philosophie le vêtement masqué de la Poésie. Car même ces hommes méchants au cœur dur qui pensent que la vertu est un nom d’école et ne connaissent d’autre bien qu’*indulgere genio*, et qui donc méprisent les austères admonestations du philosophe et ne sentent pas la raison intérieure sur laquelle elles reposent, se contenteront pourtant d’être charmés, ce qui est tout le bien que le compagnon poète semble promettre ; et ainsi, ils se glissent pour voir la forme de la bonté, (laquelle, une fois vue, ils ne peuvent qu’aimer) avant même de s’en rendre compte, comme s’ils prenaient un remède de cerises. On pourrait alléguer d’infinies preuves des étranges effets de cette invention poétique ; deux seulement serviront, qui sont si souvent rappelées que je pense que tous les hommes les connaissent. La première est celle de Menenius Agrippa, qui, lorsque tout le peuple de Rome s’était résolument séparé du Sénat, avec une apparence manifeste de ruine totale, bien qu’il fût à cette époque un excellent orateur, ne vint pas parmi eux en se fiant à des discours figurés ou à des insinuations rusées, et encore moins à des maximes philosophiques recherchées, que, surtout si elles avaient été platoniciennes, ils auraient dû apprendre la géométrie avant de pouvoir bien les concevoir. Mais ma foi, il se comporte comme un poète simple et familier. Il leur raconte une fable : qu’il fut un temps où toutes les parties du corps firent une conspiration mutine contre le ventre, qu’elles pensaient dévorer les fruits du labeur de chacune : elles conclurent qu’elles laisseraient mourir de faim un dépensier si inutile. À la fin, pour faire court, car le conte est notoire, et il est aussi notoire que c’était un conte, en punissant le ventre, elles se tourmentèrent elles-mêmes. Ceci, appliqué par lui, produisit un tel effet sur le peuple, que je n’ai jamais lu que de simples paroles aient produit un changement si soudain et si bon ; car à des conditions raisonnables, une parfaite réconciliation s’ensuivit. L’autre est celle de Nathan le prophète, qui, lorsque le saint David avait à ce point abandonné Dieu qu’il confirma l’adultère par le meurtre, quand il devait accomplir le plus tendre office d’un ami, en mettant sa propre honte devant ses yeux ; envoyé par Dieu pour rappeler un serviteur si choisi, comment s’y prend-il ? Sinon en racontant l’histoire d’un homme dont l’agneau bien-aimé fut ingratement pris de son sein. L’application est divinement vraie, mais le discours lui-même est fictif ; ce qui fit que David (je parle de la cause seconde et instrumentale) vit, comme dans un miroir, sa propre souillure, ainsi que le témoigne bien ce Psaume céleste de la miséricorde. Par ces exemples et ces raisons donc. je pense qu’il peut être manifeste que le poète, avec cette même main du plaisir, attire l’esprit plus efficacement que tout autre art ne le fait. Et ainsi s’ensuit, non sans à-propos, une conclusion : que comme la vertu est le plus excellent lieu de repos où tout savoir du monde doit trouver sa fin, ainsi la Poésie, étant la plus familière pour l’enseigner, et la plus princière pour y mouvoir, est, dans l’œuvre la plus excellente, l’ouvrier le plus excellent. Mais je me contente non seulement de le dépeindre par ses œuvres (bien que les œuvres, en matière de louange et de blâme, doivent toujours avoir une haute autorité), mais j’examinerai plus étroitement ses parties, de sorte que (comme chez un homme), bien que l’ensemble puisse porter une présence pleine de majesté et de beauté, peut-être trouverons-nous une tache dans quelque pièce défectueuse. Or, dans ses parties, genres, ou espèces, comme il vous plaira de les nommer, il faut noter que certaines poésies ont couplé deux ou trois genres, comme le tragique et le comique, d’où est née la tragi-comédie ; certaines, dans la manière, ont mêlé la prose et le vers, comme Sannazaro et Boèce ; certaines ont mêlé des matières héroïques et pastorales. Mais tout cela revient au même dans cette question ; car si, séparés, ils sont bons, la conjonction ne peut être nuisible. Donc, peut-être en oubliant quelques-uns, et en en laissant d’autres comme inutiles à rappeler. il ne sera pas déplacé de citer en un mot les genres spéciaux, pour voir quels défauts on peut trouver dans leur juste usage. Est-ce donc le poème pastoral qui déplaît ? (Car peut-être que là où la haie est la plus basse ils sauteront le plus vite par-dessus) Dédaigne-t-on le pauvre pipeau, qui parfois, de la bouche de Mélibée, peut montrer la misère des peuples, sous des seigneurs durs et des soldats rapaces ? Et de nouveau, par Tityre, quel bonheur est accordé, à ceux qui sont les plus humbles, par la bonté de ceux qui siègent au plus haut ? Qui parfois, sous les jolis contes de loups et de brebis, peut renfermer toutes les considérations sur l’injustice et la patience ; qui parfois montre que les contentions pour des bagatelles ne peuvent obtenir qu’une victoire insignifiante, où peut-être un homme peut voir que même Alexandre et Darius, lorsqu’ils luttaient pour savoir qui serait le coq du fumier de ce monde, le bénéfice qu’ils en retirèrent fut que la postérité puisse dire : *Hæc memini et victum frustra contendere Thyrsim. Ex illo Corydon, Corydon est tempore nobis*. Ou est-ce l'élégie plaintive, qui dans un cœur sensible susciterait plutôt la pitié que le blâme, qui déplore avec le grand philosophe Héraclite la faiblesse de l'humanité et la misère du monde ? Elle doit sûrement être louée, soit pour accompagner avec compassion de justes causes de lamentation, soit pour dépeindre justement combien sont faibles les passions de la tristesse. Est-ce l'iambe amer mais salutaire, qui frotte l'esprit écorché, en faisant de la honte la trompette de la vilenie, en criant haut et fort contre la méchanceté ? Ou le satirique, qui *Omne vafer vitium ridenti tangit amico*, qui, en plaisantant, ne cesse jamais jusqu'à ce qu'il fasse rire un homme de la folie, et à la fin, honteux, rire de lui-même, ce qu'il ne peut éviter sans éviter la folie ? Qui, tandis que *Circum præcordia ludit*, nous fait sentir combien de maux de tête une vie passionnée nous apporte ? Et comment, quand tout est dit, *Est Ulubris animus si nos non deficit æquus*. Non, peut-être est-ce le comique, que de méchants faiseurs de pièces et directeurs de théâtre ont justement rendu odieux. Aux arguments de l'abus, je répondrai plus tard ; pour l'instant, il suffit de dire que la comédie est une imitation des erreurs communes de notre vie, qu'elle représente de la manière la plus ridicule et la plus méprisante qui soit, de sorte qu'il est impossible qu'un spectateur puisse se contenter d'être un tel personnage. Or, comme en géométrie, l'oblique doit être connu aussi bien que le droit, et en arithmétique, l'impair aussi bien que le pair, ainsi dans les actions de notre vie, celui qui ne voit pas la laideur du mal manque d'un grand repoussoir pour percevoir la beauté de la vertu. C'est ce que la comédie traite dans nos affaires privées et domestiques, de sorte qu'en l'écoutant, nous acquérons comme une expérience de ce qu'il faut attendre d'un Demea avare, d'un Davus rusé, d'un Gnathon flatteur, d'un Thraso vaniteux ; et non seulement de savoir quels effets sont à attendre, mais de savoir qui sont de tels hommes, par l'insigne significatif que leur donne le comédien. Et peu de raison a quiconque de dire que les hommes apprennent le mal en le voyant ainsi exposé, puisque, comme je l'ai dit auparavant, il n'est personne qui vive qui, par la force que la vérité a dans la nature, ne souhaite, dès qu'il voit ces hommes jouer leurs rôles, qu'ils fussent au moulin, bien que peut-être le sac de ses propres fautes soit si bien derrière son dos qu'il ne se voit pas danser la même mesure. À quoi, pourtant, rien ne peut mieux lui ouvrir les yeux que de voir ses propres actions exposées de manière méprisable. De sorte que le juste usage de la comédie, je pense, ne sera blâmé par personne, et bien moins encore celui de la haute et excellente tragédie, qui ouvre les plus grandes blessures et montre les ulcères qui sont couverts de brocart, qui fait que les rois craignent d'être des tyrans, et que les tyrans manifestent leurs humeurs tyranniques, qui, en suscitant les affects de l'admiration et de la commisération, enseigne l'incertitude de ce monde, et sur quelles faibles fondations les toits dorés sont construits : qui nous fait savoir : *Qui sceptra sævus duro imperio regit, Timet timentes, metus in auctorem redit*. Mais combien elle peut émouvoir, Plutarque en donne un témoignage notable à propos de l'abominable tyran Alexandre de Phères, des yeux duquel une tragédie bien faite et bien représentée tira une abondance de larmes, lui qui, sans aucune pitié, avait assassiné un nombre infini de personnes, et certaines de son propre sang. De sorte que celui qui n'avait pas honte de fournir matière à des tragédies, ne put cependant résister à la douce violence d'une tragédie. Et si elle ne produisit pas en lui de plus grand bien, c'est que, malgré lui, il se retira de l'écoute de ce qui aurait pu amollir son cœur endurci. Mais ce n'est pas la tragédie qu'ils détestent, car il serait trop absurde de rejeter une si excellente représentation de tout ce qui est le plus digne d'être appris. Est-ce le lyrique qui déplaît le plus, qui, avec sa lyre accordée et sa voix bien harmonieuse, donne la louange, récompense de la vertu, aux actes vertueux ? Qui donne des préceptes moraux et des problèmes naturels, Qui parfois élève sa voix jusqu'à la hauteur des cieux, en chantant les louanges du Dieu immortel ? Certainement, je dois confesser ma propre barbarie : je n'ai jamais entendu la vieille chanson de Percy et Douglas sans sentir mon cœur plus ému qu'avec une trompette. Et pourtant, elle n'est chantée que par quelque ménestrel aveugle, avec une voix non moins rude que son style. Étant si mal vêtue dans la poussière et les toiles d'araignée de cet âge incivil, quel effet produirait-elle, parée de l'éloquence somptueuse de Pindare ? En Hongrie, j'ai vu que c'était la coutume à tous les festins et autres réunions semblables, d'avoir des chansons sur la vaillance de leurs ancêtres, ce que cette nation si soldatesque considère comme l'un des principaux stimulants du courage. Les incomparables Lacédémoniens non seulement emportaient toujours ce genre de musique avec eux au champ de bataille, mais même chez eux, à mesure que de telles chansons étaient faites, ils se contentaient tous de les chanter : quand les hommes vigoureux devaient dire ce qu'ils faisaient, les vieillards ce qu'ils avaient fait, et les jeunes ce qu'ils feraient. Et si l'on peut dire que Pindare loue souvent hautement des victoires de peu de moment, plutôt des affaires de sport que de vertu, on peut répondre que c'était la faute du poète, et non de la poésie ; mais en vérité, la faute principale était dans le temps et la coutume des Grecs, qui estimaient ces babioles à un si haut prix que Philippe de Macédoine compta une course de chevaux gagnée à Olympie parmi ses trois redoutables félicités. Mais comme l'inimitable Pindare le fit souvent, ce genre est le plus capable et le plus apte à réveiller les pensées du sommeil de l'oisiveté, pour embrasser d'honorables entreprises. Reste l’héroïque, dont le nom même, je pense, devrait intimider tous les médisants. Car par quelle conception une langue peut-elle être dirigée pour dire du mal de ce qui amène avec lui des champions non moindres qu’Achille, Cyrus, Énée, Turnus, Tydée, Rinaldo ? Qui non seulement enseigne et meut à une vérité, mais enseigne et meut à la vérité la plus haute et la plus excellente ? Qui fait briller la magnanimité et la justice à travers toutes les craintes brumeuses et les désirs obscurs ? Si le dire de Platon et de Cicéron est vrai, que celui qui pourrait voir la vertu serait merveilleusement ravi par l’amour de sa beauté, cet homme l’expose pour la rendre plus aimable dans son vêtement de fête, aux yeux de quiconque daignera ne pas dédaigner avant de comprendre. Mais si quelque chose a déjà été dit pour la défense de la douce Poésie, tout concourt au maintien de l’héroïque, qui n’est pas seulement un genre, mais le meilleur et le plus accompli des genres de Poésie. Car comme l’image de chaque action émeut et instruit l’esprit, ainsi la haute image de tels dignes personnages enflamme-t-elle le plus l’esprit du désir d’être digne, et l’informe-t-elle par le conseil sur la manière d’être digne. Qu’on porte seulement Énée sur la tablette de sa mémoire : comment il se gouverne dans la ruine de sa patrie, en préservant son vieux père et en emportant ses cérémonies religieuses ; en obéissant au commandement de Dieu de quitter Didon, bien que non seulement toute tendresse passionnée, mais même la considération humaine d’une vertueuse reconnaissance, eussent exigé autre chose de lui ; comment il se comporte dans les tempêtes, dans les jeux, dans la guerre, dans la paix ; comment en fugitif, comment en victorieux ; comment assiégé, comment assiégeant ; comment envers les étrangers, comment envers les alliés, comment envers les ennemis, comment envers les siens. Enfin, comment dans son for intérieur et comment dans son gouvernement extérieur ; et je pense que, même dans un esprit le plus prévenu par une humeur partiale, il sera trouvé fécond en excellence. Oui, comme le dit Horace, *Melius Chrysippo et Crantore*. Mais en vérité, j’imagine qu’il en va de ces fouetteurs de poètes comme de certaines bonnes femmes qui sont souvent malades, mais ma foi, ne sauraient dire où. Ainsi le nom de Poésie leur est odieux, mais ni sa cause ni ses effets, ni la somme qui la contient, ni les particularités qui en découlent, ne donnent de prise solide à leur blâme caustique.

Puisque donc la Poésie est, de tous les savoirs humains, le plus ancien et d'une antiquité des plus paternelles, d'où les autres savoirs ont pris leur commencement ; puisqu'elle est si universelle qu'aucune nation savante ne la méprise, ni aucune nation barbare n'en est dépourvue ; puisque Romains et Grecs lui ont donné des noms si divins, l'un de prophétie, l'autre de création, et qu'en vérité ce nom de création lui convient, considérant que là où tous les autres arts se maintiennent dans leur sujet et en reçoivent pour ainsi dire leur être, le poète seul apporte sa propre matière, et n'apprend pas une conception d'une matière, mais fait une matière pour une conception ; puisque ni sa description ni sa fin ne contiennent aucun mal, la chose décrite ne peut être mauvaise ; puisque ses effets sont si bons qu'ils enseignent la bonté et charment ceux qui l'apprennent ; puisque en cela (à savoir, dans la doctrine morale, la première de toutes les connaissances) il surpasse non seulement de loin l'historien, mais pour instruire est presque comparable au philosophe, et pour émouvoir, le laisse loin derrière lui ; puisque la sainte Écriture (où il n'y a nulle souillure) contient des parties entières qui sont poétiques, et que même notre Sauveur le Christ a daigné user de ses fleurs ; puisque tous ses genres sont non seulement dans leurs formes unies, mais dans leurs dissections séparées, pleinement louables ; je pense (et je pense que je pense justement) que la couronne de laurier destinée aux capitaines triomphants honore dignement, de tous les autres savoirs, le triomphe du poète.

Mais parce que nous avons des oreilles aussi bien que des langues, et que les raisons les plus légères qui soient sembleront peser lourdement si rien n’est mis dans le contrepoids, écoutons et, aussi bien que nous le pouvons, pesons les objections faites contre cet art, qui peuvent être dignes soit de céder, soit de répondre. D'abord, en vérité, je note, non seulement chez ces μισόμουσοι (*misomousoi*), ces haïsseurs de poètes, mais dans tout ce genre de gens qui cherchent la louange en blâmant les autres, qu'ils dépensent prodigalement un grand nombre de mots errants en traits d'esprit et en moqueries, critiquant et raillant chaque chose, ce qui, en excitant la rate, peut empêcher le cerveau de contempler pleinement la valeur du sujet. Ce genre d'objections, comme elles sont pleines d'une facilité très oisive, puisqu'il n'y a rien d'une majesté si sacrée qu'une langue qui démange ne puisse se frotter dessus, ne méritent d'autre réponse qu'au lieu de rire de la plaisanterie, de rire du plaisantin. Nous savons qu'un esprit joueur peut louer la discrétion d'un âne, le réconfort d'être endetté, et les joyeux avantages d'être malade de la peste. Ainsi, du côté contraire, si nous voulons retourner le vers d'Ovide, *Ut lateat virtus, proximitate mali*, que la vertu se cache par la proximité du mal, Agrippa sera aussi joyeux en montrant la vanité de la science qu'Érasme le fut en louant la folie ; et nul homme ni nulle matière n'échappera à quelque touche de ces railleurs souriants. Mais pour Érasme et Agrippa, ils avaient une autre fondation que ce que la partie superficielle promettrait. Mais ces autres plaisants trouveurs de défauts, qui corrigeront le verbe avant de comprendre le nom, et confuteront le savoir des autres avant de confirmer le leur, je voudrais seulement qu'ils se souviennent que la moquerie ne vient pas de la sagesse ; de sorte que le meilleur titre en bon anglais qu'ils obtiennent avec leurs joyeusetés est d'être appelés de bons fous ; car ainsi nos graves ancêtres ont toujours nommé ce genre de bouffons humoristiques.

Mais ce qui donne le plus de champ à leur humeur moqueuse, c'est le fait de rimer et de versifier. Il a déjà été dit (et je pense justement dit) que ce n'est pas le fait de rimer et de versifier qui fait la Poésie. On peut être un poète sans versifier, et un versificateur sans Poésie. Mais supposons pourtant que ce soit inséparable, comme en vérité Scaliger le juge justement, ce serait une louange inséparable. Car si l'*Oratio*, après la *Ratio*, la Parole après la Raison, est le plus grand don accordé à la mortalité, ce qui polit le plus cette bénédiction de la parole ne peut être sans louange ; ce qui considère chaque mot non seulement, pour ainsi dire par sa qualité expressive, mais par sa quantité la mieux mesurée, portant en eux-mêmes une harmonie ; à moins que par hasard le nombre, la mesure, l'ordre, la proportion ne soient devenus odieux en notre temps. Mais laissons de côté la juste louange qu'elle a d'être la seule parole propre à la musique (la musique, dis-je, le plus divin frappeur des sens). Ceci est indubitablement vrai : si lire est insensé sans se souvenir, la mémoire étant le seul trésor de la connaissance, les mots qui sont les plus aptes à la mémoire sont également les plus convenables à la connaissance.

Or, que le vers surpasse de loin la prose pour fixer la mémoire, la raison en est manifeste : les mots (outre leur plaisir, qui a une grande affinité avec la mémoire) étant si agencés que l'un ne peut être perdu sans que toute l'œuvre ne s'effondre ; s'accusant elle-même, elle rappelle la mémoire à elle, et ainsi la confirme le plus fortement. En outre, un mot en engendre pour ainsi dire un autre, de sorte que, que ce soit en rime ou en vers mesurés, par le premier on aura une idée proche du suivant. Enfin, même ceux qui ont enseigné l'art de la mémoire n'ont rien montré de si apte pour elle qu'un certain espace divisé en plusieurs lieux, bien et parfaitement connus. Or, le vers a cela en effet perfectly, chaque mot ayant sa place naturelle, laquelle place doit nécessairement faire que le mot soit retenu. Mais que faut-il de plus dans une chose si connue de tous les hommes ? Qui est-ce qui, ayant jamais été écolier, n'emporte pas quelques vers de Virgile, d'Horace ou de Caton, qu'il a appris dans sa jeunesse, et qui même jusqu'à sa vieillesse lui servent de leçons quotidiennes, comme *Percontatorem fugito, nam garrulus idem est*, ou *Dum tibi quisque placet, credula turba sumus* ? Mais son aptitude à la mémoire est notablement prouvée par toute transmission des arts, où, pour la plupart, de la grammaire à la logique, aux mathématiques, à la physique et au reste, les règles principalement nécessaires à retenir sont compilées en vers. De sorte que le vers, étant en lui-même doux et ordonné, et étant le meilleur pour la mémoire, seule anse de la connaissance, ce doit être en plaisantant que quiconque peut parler contre lui.

Passons maintenant aux plus importantes imputations faites aux pauvres poètes ; pour autant que je puisse l'apprendre jusqu'ici, elles sont celles-ci. Premièrement, qu'y ayant de nombreuses autres connaissances plus fructueuses, un homme pourrait mieux employer son temps à celles-ci qu'à celle-là. Deuxièmement, qu'elle est la mère des mensonges. Troisièmement, qu'elle est la nourrice de la dépravation, nous infectant de nombreux désirs pestilentiels, avec une douceur de Sirène, attirant l'esprit vers la queue de serpent des fantaisies pécheresses ; et en cela, les comédies en particulier donnent le plus grand champ, comme le dit Chaucer ; comment, tant dans les autres nations que dans la nôtre, avant que les poètes ne nous adoucissent, nous étions pleins de courage, donnés aux exercices martiaux, piliers de la liberté virile, et non endormis dans une oisiveté ombragée par les passe-temps des poètes. Et enfin et principalement, ils crient à pleine bouche, comme s'ils avaient dépassé Robin des Bois, que Platon les a bannis de sa République. En vérité, c'est beaucoup, s'il y a beaucoup de vérité là-dedans. Premièrement, au premier point. Qu'un homme pourrait mieux employer son temps est en effet une raison ; mais elle ne fait, comme on dit, que *petere principium*. Car si, comme je l'affirme, nul savoir n'est aussi bon que celui qui enseigne et meut à la vertu, et que nul ne peut à la fois enseigner et y mouvoir autant que la Poésie, alors la conclusion est manifeste : l'encre et le papier ne peuvent être employés à un usage plus profitable. Et certainement, même si un homme accorderait leur première supposition, il s'ensuivrait, me semble-t-il, bien à contrecœur, que le bien n'est pas bon parce que le meilleur est meilleur. Mais je nie toujours et entièrement qu'il soit sorti de la terre une connaissance plus fructueuse. Au second point donc, qu'ils seraient les principaux menteurs, je réponds paradoxalement, mais vraiment, je pense vraiment : que de tous les écrivains sous le soleil, le poète est le moins menteur ; et même s'il le voulait, en tant que poète, il peut à peine être un menteur. L'astronome, avec son cousin le géomètre, peut difficilement y échapper, lorsqu'ils entreprennent de mesurer la hauteur des étoiles. Combien de fois, pensez-vous, les médecins mentent-ils, lorsqu'ils affirment que des choses sont bonnes pour les maladies, qui par la suite envoient à Charon un grand nombre d'âmes noyées dans une potion avant d'arriver à son bac ? Et il n'en va pas moins du reste, qui entreprennent d'affirmer. Or, pour le poète, il n'affirme rien, et donc ne ment jamais. Car, si je ne me trompe, mentir, c'est affirmer être vrai ce qui est faux. De sorte que les autres artisans, et surtout l'historien, affirmant de nombreuses choses, peuvent difficilement, dans la connaissance obscure de l'humanité, échapper à de nombreux mensonges. Mais le poète, comme je l'ai dit auparavant, n'affirme jamais. Le poète ne trace jamais de cercles autour de votre imagination pour vous conjurer de croire pour vrai ce qu'il écrit ; il ne cite pas les autorités d'autres histoires, mais dès son entrée, il appelle les douces Muses à lui inspirer une bonne invention. En vérité, il ne s'efforce pas de vous dire ce qui est ou n'est pas, mais ce qui devrait ou ne devrait pas être. Et donc, bien qu'il raconte des choses non vraies, parce qu'il ne les raconte pas comme vraies, il ne ment pas ; à moins que nous ne voulions dire que Nathan a menti dans son discours précédemment allégué à David, ce qu'un méchant homme oserait à peine dire ; et je pense que nul n'est assez simple pour dire qu'Ésope a menti dans les contes de ses bêtes. Car qui penserait qu'Ésope l'a écrit comme étant factuellement vrai serait bien digne de voir son nom chroniqué parmi les bêtes dont il écrit. Quel enfant est-ce qui, venant à une pièce de théâtre et voyant *Thèbes* écrit en grandes lettres sur une vieille porte, croit que c'est Thèbes ? Si donc un homme peut arriver à l'âge de l'enfant, pour savoir que les personnes et les actions des poètes ne sont que des images de ce qui devrait être, et non des histoires de ce qui a été, il ne donnera jamais le démenti à des choses écrites non affirmativement, mais allégoriquement et figurativement. Et donc, comme en histoire, cherchant la vérité, ils peuvent repartir pleins de fausseté, ainsi en Poésie, ne cherchant que la fiction, ils n'utiliseront la narration que comme un plan imaginaire pour une invention profitable.

Mais à cela on réplique que les poètes donnent des noms aux hommes dont ils écrivent, ce qui suppose une conception d'une vérité factuelle, et n'étant donc pas vrai, prouve une fausseté. Et le juriste ment-il donc, lorsque sous les noms de Jean de la Vigne et de Jean du Noyer, il expose son cas ? Mais cela se répond facilement : leur nomination d'hommes n'est que pour rendre leur image plus vivante, et non pour bâtir une quelconque histoire. Peignant des hommes, ils ne peuvent laisser les hommes sans nom. Nous voyons que nous ne pouvons jouer aux échecs sans donner des noms à nos pièces d'échecs ; et pourtant, il me semble que celui-là serait un bien partial champion de la vérité qui dirait que nous mentons en donnant à un morceau de bois le titre révérend d'un évêque. Le poète nomme Cyrus et Énée, non pas autrement que pour montrer ce que des hommes de leur renommée, de leur fortune et de leur état devraient faire.

Leur troisième point est de savoir combien cela abuse l'esprit des hommes, l'entraînant à une lascivité pécheresse et à un amour luxurieux. Car en vérité, c'est là le principal, sinon le seul abus, que je puisse entendre alléguer. Ils disent que les comédies enseignent plutôt qu'elles ne réprimandent les conceptions amoureuses. Ils disent que le lyrique est lardé de sonnets passionnés, que l'élégie pleure le manque de sa maîtresse, et que même jusqu'à l'héroïque, Cupidon a ambitieusement grimpé. Hélas, Amour, je voudrais que tu puisses aussi bien te défendre que tu peux offenser les autres ! Je voudrais que ceux dont tu t'occupes puissent soit te repousser, soit donner une bonne raison pour laquelle ils te gardent. Mais accordons que l'amour de la beauté soit une faute bestiale, bien que ce soit très difficile, puisque seul l'homme et aucune bête n'a ce don de discerner la beauté, accordons que ce charmant nom d'amour mérite tous les reproches haineux, bien que même certains de mes maîtres les philosophes aient dépensé une bonne partie de leur huile de lampe à exposer son excellence ; accordons, dis-je, ce qu'ils veulent qu'on leur accorde, que non seulement l'amour, mais la luxure, mais la vanité, mais s'ils le veulent la scurrilité, possèdent de nombreuses feuilles des livres des poètes ; je pense pourtant que, ceci accordé, ils trouveront que leur sentence pourrait avec de bonnes manières mettre les derniers mots en premier, et ne pas dire que la Poésie abuse l'esprit de l'homme, mais que l'esprit de l'homme abuse la Poésie.

Car je ne nierai pas que l'esprit de l'homme puisse faire de la Poésie, qui devrait être εἰκαστική (*eikastikè*), que certains savants ont définie comme la figuration de bonnes choses, une poésie φανταστική (*phantastikè*), qui au contraire infecte l'imagination d'objets indignes ; comme le peintre qui, au lieu de donner à l'œil une excellente perspective, ou une belle image propre à la construction ou à la fortification, ou contenant quelque exemple notable, comme Abraham sacrifiant son fils Isaac, Judith tuant Holopherne, David combattant Goliath, pourrait laisser cela et plaire à un œil mal satisfait avec des spectacles lascifs de matières mieux cachées. Mais quoi, l'abus d'une chose rendra-t-il le juste usage odieux ? Non, en vérité, bien que j'accorde que la Poésie puisse non seulement être abusée, mais qu'étant abusée, en raison de sa douce force charmante, elle puisse faire plus de mal que toute autre armée de mots, il s'en faudra tant que cela conclue que l'abus doive jeter l'opprobre sur l'abusé, qu'au contraire, c'est une bonne raison que tout ce qui, étant abusé, fait le plus de mal, étant droitement utilisé (et c'est sur le juste usage que chaque chose reçoit son titre), fait le plus de bien. Ne voyons-nous pas l'art de la médecine, le meilleur rempart pour nos corps souvent assaillis, étant abusé, enseigner au poison à être le plus violent destructeur ? La connaissance de la loi, dont la fin est d'égaliser et de redresser toutes choses, étant abusée, ne devient-elle pas la nourricière tortueuse d'horribles injustices ? Pour aller au plus haut, la parole de Dieu abusée n'engendre-t-elle pas l'hérésie, et son nom abusé ne devient-il pas blasphème ? En vérité, une aiguille ne peut faire beaucoup de mal, et aussi vraiment (avec la permission des dames soit dit), elle ne peut faire beaucoup de bien. Avec une épée, tu peux tuer ton père, et avec une épée, tu peux défendre ton prince et ta patrie. De sorte que, comme en appelant les poètes pères des mensonges, ils n'ont rien dit, de même dans leur argument de l'abus, ils prouvent la louange.

Ils allèguent en même temps qu'avant que les poètes ne commencent à être en estime, notre nation avait mis le délice de son cœur dans l'action, et non dans l'imagination, faisant plutôt des choses dignes d'être écrites qu'écrivant des choses propres à être faites. Ce que ce temps d'avant était, je pense que même le Sphinx peut à peine le dire, puisqu'aucune mémoire n'est si ancienne qu'elle n'ait la précédence de la Poésie. Et il est certain que, dans notre plus simple rusticité, la nation d'Albion n'a jamais été sans Poésie. Certes, cet argument, bien qu'il soit dirigé contre la Poésie, est en vérité un tir en chaîne contre tout savoir ou toute culture livresque, comme on l'appelle communément. De tels esprits étaient certains Goths, dont il est écrit que, ayant, dans le pillage d'une célèbre cité, pris une belle bibliothèque, un bourreau, sans doute apte à exécuter les fruits de leurs esprits, qui avait assassiné un grand nombre de corps, aurait voulu y mettre le feu. « Non », dit un autre très gravement, « prenez garde à ce que vous faites, car pendant qu'ils sont occupés à ces babioles, nous conquerrons leurs pays avec plus de loisir ». C'est en effet la doctrine ordinaire de l'ignorance, et j'ai parfois entendu dépenser beaucoup de mots à ce sujet. Mais parce que cette raison est généralement contre tout savoir, aussi bien que la Poésie, ou plutôt contre tout savoir sauf la Poésie ; parce que ce serait une trop longue digression pour la traiter, ou du moins trop superflue, puisqu'il est manifeste que tout gouvernement de l'action doit être obtenu par la connaissance, et la connaissance le mieux en rassemblant de nombreuses connaissances, ce qui est la lecture ; je souhaite seulement, avec Horace, à celui qui est de cette opinion, *Iubeo stultum esse libenter*. Car quant à la Poésie elle-même, elle est la plus libre de cette objection, car la Poésie est la compagne des camps. J'ose entreprendre que l'*Orlando Furioso*, ou l'honnête roi Arthur, ne déplaira jamais à un soldat ; mais la quiddité de l'Être et de la Matière Première s'accordera difficilement avec un corselet. Et donc, comme je l'ai dit au début, même les Turcs et les Tartares sont charmés par les poètes. Homère, un Grec, a fleuri avant que la Grèce ne fleurisse ; et si à une légère conjecture on peut opposer une conjecture, il peut en vérité sembler que, comme par lui leurs hommes savants ont presque pris leur première lumière de connaissance, ainsi leurs hommes actifs ont reçu leurs premiers mouvements de courage. Seul l'exemple d'Alexandre peut servir, qui par Plutarque est considéré comme d'une telle vertu que la fortune ne fut pas son guide, mais son marchepied ; dont les actes parlent pour lui, même si Plutarque ne l'eût pas fait ; en vérité, le phénix des princes guerriers. Cet Alexandre laissa derrière lui son maître d'école, le vivant Aristote, mais emporta avec lui le mort Homère. Il fit mettre à mort le philosophe Callisthène pour son entêtement en apparence philosophique, mais en réalité mutin ; mais la principale chose qu'on l'ait jamais entendu souhaiter, c'est qu'Homère eût été en vie. Il trouva bien qu'il recevait plus de bravoure d'esprit par le modèle d'Achille qu'en entendant la définition de la force. Et donc, si Caton désapprouva Fulvius d'avoir emmené Ennius avec lui au champ de bataille, on peut répondre que si Caton le désapprouva, le noble Fulvius l'approuva, sinon il ne l'aurait pas fait. Car ce n'était pas l'excellent Caton d'Utique, dont j'aurais beaucoup plus révéré l'autorité, mais c'était le premier, en vérité un amer punisseur de fautes, mais sinon un homme qui n'avait jamais sacrifié aux Grâces. Il désapprouva et cria contre tout le savoir grec, et pourtant, à quatre-vingts ans, il commença à l'apprendre, craignant sans doute que Pluton ne comprît pas le latin. En vérité, les lois romaines ne permettaient à aucune personne d'être emmenée aux guerres, s'il n'était pas sur le rôle des soldats. Et donc, bien que Caton désapprouvât sa personne non enrôlée, il ne désapprouva pas son œuvre. Et s'il l'avait fait, Scipion Nasica (jugé par consentement commun le meilleur Romain) l'aima ; les deux autres frères Scipion, qui avaient par leurs vertus des surnoms non moindres que ceux d'Asie et d'Afrique, l'aimèrent tellement qu'ils firent enterrer son corps dans leur sépulture. De sorte que l'autorité de Caton, n'étant que contre sa personne, et celle-ci étant défendue par des hommes bien plus grands que lui, n'est en cela d'aucune validité.

Mais maintenant, en vérité, mon fardeau est grand, car le nom de Platon est invoqué contre moi, que je dois confesser, de tous les philosophes, avoir toujours estimé le plus digne de révérence ; et avec bonne raison, puisque de tous les philosophes, il est le plus poétique. Pourtant, s'il veut souiller la fontaine d'où ses flots abondants ont procédé, examinons hardiment avec quelles raisons il l'a fait. D'abord, en vérité, on pourrait malicieusement objecter que Platon, étant philosophe, était un ennemi naturel des poètes. Car en vérité, après que les philosophes eurent extrait des doux mystères de la Poésie les justes points discernants de la connaissance, ils, la mettant aussitôt en méthode et en faisant un art d'école de ce que les poètes n'enseignaient que par une délectation divine, commençant à ruer contre leurs guides, comme des apprentis ingrats, ne se contentèrent pas de s'établir à leur compte, mais cherchèrent par tous les moyens à discréditer leurs maîtres. Ce que, la force du plaisir leur étant interdite, moins ils pouvaient les renverser, plus ils les haïssaient. Car en vérité, ils trouvèrent que pour Homère, sept cités se disputaient pour l'avoir comme citoyen, là où de nombreuses cités bannirent les philosophes, comme des membres impropres à vivre parmi elles. Pour avoir seulement répété certains vers d'Euripide, de nombreux Athéniens eurent la vie sauve des Syracusains, là où les Athéniens eux-mêmes pensaient que de nombreux philosophes étaient indignes de vivre. Certains poètes, comme Simonide et Pindare, avaient tellement prévalu auprès d'Hiéron Ier que d'un tyran ils firent un roi juste ; là où Platon put si peu faire avec Denys que lui-même, de philosophe, fut fait esclave. Mais qui ferait ainsi, je l'avoue, rendrait les objections faites contre les poètes par de semblables cavillations contre les philosophes ; comme le ferait aussi celui qui dirait de lire *Phèdre* ou le *Banquet* de Platon, ou le discours sur l'amour de Plutarque, et de voir si un poète autorise d'abominables souillures comme ils le font.

De plus, on pourrait demander de quelle république Platon les bannit. En vérité, de celle où il autorise lui-même la communauté des femmes. De sorte que, vraisemblablement, ce bannissement ne vint pas pour une lascivité efféminée, puisque les sonnets poétiques seraient peu nuisibles quand un homme pourrait avoir la femme qu'il lui plairait. Mais j'honore les instructions philosophiques et je bénis les esprits qui les ont engendrées, pourvu qu'on n'en abuse pas, ce qui s'applique également à la Poésie. Saint Paul lui-même met en garde contre la philosophie, en vérité contre son abus. Ainsi fait Platon contre l'abus, non contre la Poésie. Platon trouvait à redire que les poètes de son temps remplissaient le monde d'opinions erronées sur les dieux, faisant des contes légers de cette essence sans tache, et ne voulait donc pas que la jeunesse fût dépravée par de telles opinions. Sur ce point, on pourrait dire beaucoup ; que ceci suffise : les poètes n'ont pas introduit de telles opinions, mais ont imité ces opinions déjà introduites. Car toutes les histoires grecques peuvent bien témoigner que la religion même de ce temps reposait sur de nombreux dieux de multiples formes, non enseignés ainsi par les poètes, mais suivis selon leur nature d'imitation. Qui le veut peut lire chez Plutarque les discours d'Isis et d'Osiris, de la cause pour laquelle les oracles ont cessé, de la divine providence, et voir si la théologie de cette nation ne reposait pas sur de tels songes, que les poètes en vérité observaient superstitieusement. Et en vérité, puisqu'ils n'avaient pas la lumière du Christ, ils firent bien mieux en cela que les philosophes qui, secouant la superstition, introduisirent l'athéisme. Platon donc, dont j'aimerais bien mieux interpréter justement l'autorité que d'y résister injustement, ne parlait pas en général des poètes dans ces mots dont Jules Scaliger dit : *Qua authoritate barbari quidam atque hispidi abuti velint ad poetas e rep. exigendos*. Mais il entendait seulement chasser ces opinions erronées sur la divinité, dont maintenant, sans autre loi, le christianisme a enlevé toute la croyance nuisible, que peut-être, pensait-il, les poètes alors estimés nourrissaient. Et il n'est pas besoin d'aller plus loin que Platon lui-même pour connaître son intention, qui, dans son dialogue intitulé *Ion*, donne à la Poésie une haute et, à juste titre, divine louange. De sorte que Platon, bannissant l'abus, non la chose, ne la bannissant pas, mais lui rendant l'honneur dû, sera notre patron, et non notre adversaire. Car en vérité, j'aimerais bien mieux, puisque je peux le faire en toute justice, montrer leur méprise de Platon, sous la peau de lion duquel ils voudraient pousser un braiment d'âne contre la Poésie, que d'entreprendre de renverser son autorité, que plus un homme est sage, plus juste cause il trouvera d'avoir en admiration, surtout puisqu'il attribue à la Poésie plus que je ne le fais moi-même, à savoir, d'être une véritable inspiration d'une force divine, bien au-dessus de l'esprit de l'homme, comme il est apparent dans le dialogue susnommé.

De l'autre côté, qui voudrait montrer les honneurs qui leur ont été accordés par les meilleurs jugements, une mer entière d'exemples se présenterait : Alexandre, César, les Scipions, tous protecteurs des poètes. Lélius, appelé le Socrate romain, lui-même poète, de sorte qu'une partie de l'*Heautontimoroumenos* de Térence était supposée être de sa main. Et même le Grec Socrate, que Apollon confirma être le seul homme sage, est dit avoir passé une partie de sa vieillesse à mettre en vers les fables d'Ésope. Et donc, il siérait fort mal à son disciple Platon de mettre de tels mots contre les poètes dans la bouche de son maître. Mais que faut-il de plus ? Aristote écrit l'Art de la Poésie, et pourquoi, s'il ne devait pas être écrit ? Plutarque enseigne l'usage à en tirer, et comment, s'ils ne devaient pas être lus ? Et qui lit l'Histoire ou la Philosophie de Plutarque trouvera qu'il pare leurs deux vêtements de galons de Poésie. Mais je ne désire pas défendre la Poésie avec l'aide de sa subalterne, l'historiographie. Qu'il suffise d'avoir montré qu'elle est un sol apte à ce que la louange y demeure, et que le blâme qu'on peut lui adresser est soit facilement surmonté, soit transformé en juste louange. De sorte que, puisque ses excellences peuvent être si facilement et si justement confirmées, et les objections basses et rampantes si tôt foulées aux pieds ; n'étant pas un art de mensonges, mais de vraie doctrine ; non d'efféminement, mais de notable incitation au courage ; non d'abus de l'esprit de l'homme, mais de renforcement de l'esprit de l'homme ; non bannie, mais honorée par Platon ; plantons plutôt plus de lauriers pour couronner la tête des poètes (cet honneur d'être lauréat, qui en dehors d'eux n'était réservé qu'aux capitaines triomphants, est une autorité suffisante pour montrer le prix en lequel ils devraient être tenus) que de souffrir que le souffle malodorant de tels médisants souffle une seule fois sur les claires sources de la Poésie.

Mais puisque j'ai couru une si longue carrière en cette matière, il me semble qu'avant de donner à ma plume un arrêt complet, ce ne sera qu'un peu plus de temps perdu que de s'enquérir pourquoi l'Angleterre, la mère d'excellents esprits, est devenue une si dure marâtre pour les poètes, qui certainement en esprit devraient surpasser tous les autres, puisque tout procède uniquement de leur esprit, étant en vérité des faiseurs d'eux-mêmes, non des preneurs d'autrui. Comment ne puis-je m'exclamer : *Musa, mihi causas memora, quo numine læso*... Douce Poésie, qui a anciennement eu des rois, des empereurs, des sénateurs, de grands capitaines, tels que, outre des milliers d'autres, David, Hadrien, Sophocle, Germanicus, non seulement pour favoriser les poètes, mais pour être poètes ; et de nos temps plus proches, peut présenter pour ses patrons, un Robert, roi de Sicile, le grand roi François de France, le roi Jacques d'Écosse ; de tels cardinaux comme Bembo et Bibbiena ; de tels prédicateurs et maîtres célèbres comme Bèze et Mélanchthon ; de si savants philosophes comme Fracastoro et Scaliger ; de si grands orateurs comme Pontano et Muret ; des esprits si perçants comme George Buchanan ; des conseillers si graves comme, outre beaucoup, mais avant tous, cet Hôpital de France, dont je pense que ce royaume n'a jamais produit un jugement plus accompli, plus fermement bâti sur la vertu. Je dis, ceux-ci, avec des nombres d'autres, non seulement pour lire les poésies des autres, mais pour poétiser pour la lecture des autres. Que la Poésie, ainsi embrassée en tous autres lieux, ne trouve en notre temps qu'un dur accueil en Angleterre, je pense que la terre même s'en lamente, et c'est pourquoi elle pare notre sol de moins de lauriers qu'elle n'en avait coutume. Car autrefois, les poètes ont aussi fleuri en Angleterre, et, ce qui est à noter, même en ces temps où la trompette de Mars sonnait le plus fort. Et maintenant qu'une quiétude trop faible semble joncher la maison pour les poètes, ils sont presque en aussi bonne réputation que les charlatans à Venise. En vérité, cela même, comme d'un côté il donne grande louange à la Poésie, qui, comme Vénus (mais à meilleur dessein), préférerait être troublée dans le filet avec Mars que de jouir de la simple quiétude de Vulcain. sert aussi de bribe de raison pour laquelle ils sont moins agréables à l'oisive Angleterre, qui maintenant peut à peine endurer la peine d'une plume. Sur ceci s'ensuit nécessairement que des hommes bas, aux esprits serviles, l'entreprennent, qui pensent qu'il suffit qu'ils puissent être récompensés par l'imprimeur ; et ainsi, comme on dit qu'Épaminondas, par l'honneur de sa vertu, rendit une charge, par son exercice, qui était auparavant méprisable, hautement respectée, de même ces hommes, ne faisant rien de plus qu'y apposer leurs noms, par leur propre indignité, déshonorent la plus gracieuse Poésie. Car maintenant, comme si toutes les Muses étaient enceintes pour enfanter des poètes bâtards, sans aucune commission, ils franchissent les rives de l'Hélicon, jusqu'à rendre les lecteurs plus las que des chevaux de poste ; tandis que, pendant ce temps, ceux *Queis meliore luto finxit præcordia Titan*, sont plus contents de supprimer les débordements de leur esprit que, en les publiant, d'être considérés comme des chevaliers du même ordre. Mais moi, qui avant d'oser jamais aspirer à la dignité, suis admis dans la compagnie des barbouilleurs de papier, je trouve que la véritable cause de notre manque d'estime est le manque de mérite, en nous faisant poètes, en dépit de Pallas.

Or, en quoi nous manquons de mérite, serait un travail digne de reconnaissance à exprimer. Mais si je le savais, je me serais amendé. Mais comme je n'ai jamais désiré le titre, j'ai aussi négligé les moyens d'y parvenir, seulement maîtrisé par quelques pensées, je leur ai rendu un tribut d'encre. Mais ceux qui se délectent de la Poésie elle-même devraient chercher à savoir ce qu'ils font et comment ils le font, et surtout se regarder dans un miroir sans flatterie de la raison, pour voir s'ils y sont enclins. Car la Poésie ne doit pas être tirée par les oreilles, elle doit être doucement menée, ou plutôt elle doit mener. Ce fut en partie la cause qui fit affirmer aux anciens savants que c'était un don divin et non une compétence humaine ; car toutes les autres connaissances sont à la portée de quiconque a la force d'esprit. Nulle industrie ne peut faire un poète si son propre génie n'y est pas porté. Et c'est pourquoi il y a un vieux proverbe : *Orator fit, poeta nascitur*. Pourtant, je confesse toujours que, comme la terre la plus fertile doit être amendée, de même l'esprit le plus haut volant doit avoir un Dédale pour le guider. Ce Dédale, disent-ils, tant en ceci qu'en d'autres choses, a trois ailes pour se soutenir dans l'air de la juste louange : ce sont l'Art, l'Imitation et l'Exercice. Mais ni de ces règles artificielles, ni de ces modèles imitatifs, nous ne nous encombrons beaucoup. L'exercice, en effet, nous le pratiquons, mais très à rebours ; car là où nous devrions nous exercer pour savoir, nous nous exerçons comme ayant su, et ainsi notre cerveau est délivré de beaucoup de matière qui ne fut jamais engendrée par la connaissance. Car y ayant deux parties principales, la matière à exprimer par des mots, et les mots pour exprimer la matière, dans aucune des deux nous n'usons droitement de l'art ou de l'imitation. Notre matière est *Quodlibet*, en accomplissant en vérité, bien qu'à tort, le vers d'Ovide : *Quicquid conabor dicere, versus erit* ; ne la rangeant jamais dans un ordre assuré, de sorte que presque les lecteurs ne savent où se trouver.

Chaucer, indubitablement, fit excellemment dans son *Troïlus et Criseyde* ; de qui, en vérité, je ne sais si je dois m'émerveiller davantage, ou qu'il pût, en ce temps brumeux, voir si clairement, ou que nous, en cet âge clair, allions si chancelant après lui. Pourtant, il avait de grands manques, propres à être pardonnés en une si révérende antiquité. Je considère le *Miroir des Magistrats* convenablement pourvu de belles parties. Et dans les lyriques du comte de Surrey, beaucoup de choses ont le goût d'une noble naissance et sont dignes d'un noble esprit. Le *Calendrier du Berger* a beaucoup de poésie dans ses églogues, en vérité dignes d'être lues, si je ne me trompe. Ce même façonnage de son style à une vieille langue rustique, je n'ose l'approuver, puisque ni Théocrite en grec, ni Virgile en latin, ni Sannazaro en italien ne l'ont affecté. Outre ceux-ci, je ne me souviens d'avoir vu que peu (pour parler hardiment) imprimé, qui aient des nerfs poétiques en eux. Pour preuve de quoi, qu'on mette seulement la plupart des vers en prose, et qu'on en demande alors le sens, et l'on trouvera qu'un vers n'a fait qu'en engendrer un autre, sans ordonner au commencement ce qui devrait être à la fin, ce qui devient une masse confuse de mots, avec un son tintant de rime, à peine accompagné de raisons.

Nos tragédies et comédies, non sans cause décriées, n'observent les règles ni de l'honnête civilité, ni de la poésie savante. Excepté *Gorboduc* (je le répète, de celles que j'ai vues), qui néanmoins, bien qu'elle soit pleine de discours majestueux et de phrases bien sonnantes, s'élevant à la hauteur du style de Sénèque, et aussi pleine d'une moralité notable, qu'elle enseigne le plus délicieusement, et atteint ainsi la fin même de la Poésie, est en vérité très défectueuse dans les circonstances, ce qui m'afflige, car elle aurait pu rester comme un modèle exact de toutes les tragédies. Car elle est fautive à la fois dans le lieu et dans le temps, les deux compagnons nécessaires de toutes les actions corporelles. Car là où la scène devrait toujours ne représenter qu'un seul lieu, et le temps le plus long présupposé en elle ne devrait être, tant par le précepte d'Aristote que par la raison commune, qu'un seul jour ; il y a à la fois de nombreux jours et de nombreux lieux, imaginés sans artifice. Mais s'il en est ainsi dans *Gorboduc*, combien plus dans toutes les autres, où vous aurez l'Asie d'un côté, et l'Afrique de l'autre, et tant d'autres sous-royaumes, que l'acteur, quand il entre, doit toujours commencer par dire où il est, sinon l'histoire ne sera pas comprise. Maintenant vous aurez trois dames qui se promènent pour cueillir des fleurs, et alors nous devons croire que la scène est un jardin. Aussitôt après, nous entendons des nouvelles de naufrage au même endroit, alors nous sommes à blâmer si nous ne l'acceptons pas comme un rocher. Sur le dos de cela, sort un monstre hideux avec du feu et de la fumée, et alors les misérables spectateurs sont tenus de le prendre pour une caverne ; tandis que pendant ce temps, deux armées s'élancent, représentées par quatre épées et boucliers, et alors quel cœur dur ne le recevra pas pour un champ de bataille rangé ?

Maintenant, pour le temps, ils sont bien plus libéraux. Car il est ordinaire que deux jeunes princes tombent amoureux ; après de nombreuses traverses, elle est enceinte, accouche d'un beau garçon ; il est perdu, devient un homme, tombe amoureux, et est prêt à faire un autre enfant, et tout cela en l'espace de deux heures. Combien cela est absurde au sens, le sens même peut l'imaginer ; et l'art l'a enseigné, et tous les exemples anciens l'ont justifié, et aujourd'hui les comédiens ordinaires en Italie ne s'y tromperont pas. Pourtant, certains apporteront l'exemple de l'*Eunuque* de Térence, qui contient la matière de deux jours, bien que loin de vingt ans. C'est vrai, et il devait donc être joué en deux jours, et ainsi adapté au temps qu'il représentait. Et bien que Plaute ait en un endroit mal agi, frappons juste avec lui, et non à côté avec lui. Mais ils diront : comment alors représenterons-nous une histoire qui contient à la fois de nombreux lieux et de nombreux temps ? Et ne savent-ils pas qu'une tragédie est liée aux lois de la Poésie et non de l'Histoire ; non tenue de suivre l'histoire, mais ayant la liberté soit de feindre une matière entièrement nouvelle, soit de façonner l'histoire à la plus tragique convenance ? De plus, beaucoup de choses peuvent être racontées qui ne peuvent être montrées, s'ils connaissent la différence entre rapporter et représenter. Par exemple, je peux parler, bien que je sois ici, du Pérou, et dans le discours m'écarter de cela pour la description de Calicut ; mais en action, je ne peux le représenter sans le cheval de Pâcolet. Et telle était la manière que les Anciens prenaient, par quelque *nuntius*, pour raconter les choses faites en un temps antérieur ou en un autre lieu. Enfin, s'ils veulent représenter une histoire, ils ne doivent pas (comme le dit Horace) commencer *ab ovo*, mais ils doivent en venir au point principal de cette seule action qu'ils veulent représenter. Par l'exemple, cela sera le mieux exprimé. J'ai une histoire du jeune Polydore, livré pour sa sécurité avec de grandes richesses par son père Priam à Polymnestor, roi de Thrace, pendant la guerre de Troie. Celui-ci, après quelques années, apprenant la défaite de Priam, pour s'approprier le trésor, assassine l'enfant. Le corps de l'enfant est retrouvé. Hécube, le même jour, trouve un stratagème pour se venger le plus cruellement du tyran. Où donc commencerait l'un de nos auteurs de tragédies, sinon avec la livraison de l'enfant ? Alors il naviguerait vers la Thrace, et passerait ainsi je ne sais combien d'années, et parcourrait nombre de lieux. Mais où commence Euripide ? Précisément avec la découverte du corps, laissant le reste être raconté par l'esprit de Polydore. Il n'est pas besoin d'élargir davantage ceci, l'esprit le plus obtus peut le concevoir.

Mais outre ces grosses absurdités, comme toutes leurs pièces ne sont ni de vraies tragédies, ni de vraies comédies, mêlant rois et bouffons, non parce que la matière l'exige, mais en introduisant le bouffon de force pour jouer un rôle dans des affaires majestueuses, sans décence ni discrétion, de sorte que ni l'admiration et la commisération, ni le juste divertissement ne sont obtenus par leur tragi-comédie bâtarde. Je sais qu'Apulée a fait quelque chose de semblable, mais c'est une chose racontée avec un certain espace de temps, non représentée en un seul moment ; et je sais que les Anciens ont un ou deux exemples de tragi-comédies, comme Plaute avec son *Amphitryon*. Mais si nous les observons bien, nous trouverons qu'ils n'associent jamais ou très rarement les cornemuses et les funérailles. Il en résulte que, n'ayant en vérité pas de vraie comédie dans cette partie comique de notre tragédie, nous n'avons que de la scurrilité indigne de chastes oreilles, ou quelque extrême manifestation de sottise, propre en vérité à soulever un grand rire et rien d'autre. Alors que tout le cours d'une comédie devrait être plein de plaisir, comme la tragédie devrait être constamment maintenue dans une admiration bien élevée. Mais nos comédiens pensent qu'il n'y a pas de plaisir sans rire, ce qui est très faux ; car bien que le rire puisse venir avec le plaisir, il ne vient pas du plaisir, comme si le plaisir devait être la cause du rire. Mais une chose peut bien engendrer les deux ensemble. Non, plutôt en eux-mêmes, ils ont comme une sorte de contrariété. Car nous ne prenons plaisir, presque, qu'aux choses qui ont une convenance avec nous-mêmes ou avec la nature générale. Le rire vient presque toujours des choses les plus disproportionnées à nous-mêmes et à la nature. Le plaisir a en lui une joie, soit permanente, soit présente. Le rire n'a qu'un chatouillement méprisant. Par exemple, nous sommes ravis de plaisir à voir une belle femme, et pourtant nous sommes loin d'être mus au rire. Nous rions des créatures difformes, dans lesquelles certainement nous ne pouvons prendre plaisir. Nous prenons plaisir aux bonnes fortunes, nous rions des malchances. Nous prenons plaisir à entendre le bonheur de nos amis et de notre patrie, et celui qui en rirait serait digne qu'on rie de lui. Nous rirons au contraire parfois de trouver une affaire tout à fait mal comprise, et allant à vau-l'eau dans la bouche de certains hommes tels que, par respect pour eux, on sera de tout cœur désolé de ne pouvoir s'empêcher de rire, et l'on est ainsi plus peiné que charmé par le rire. Pourtant, je ne nie pas qu'ils puissent bien aller ensemble. Car comme dans le portrait d'Alexandre bien exécuté, nous prenons plaisir sans rire, et dans vingt antiques folies, nous rions sans plaisir, ainsi dans Hercule, peint avec sa grande barbe et son visage furieux, en habits de femme, filant au commandement d'Omphale, cela engendre à la fois plaisir et rire ; car la représentation d'un pouvoir si étrange en Amour procure du plaisir, et le ridicule de l'action suscite le rire. Mais je parle à ce dessein, que toute la fin de la partie comique ne soit pas sur des sujets si méprisants qui ne suscitent que le rire, mais qu'on y mêle cet enseignement délectable qui est la fin de la Poésie. Et la grande faute, même sur ce point du rire, et interdite clairement par Aristote, est, qu'ils suscitent le rire dans des choses pécheresses, qui sont plutôt exécrables que ridicules, ou dans des choses misérables, qui sont plutôt à plaindre qu'à mépriser. Car qu'est-ce que faire badauder les gens devant un misérable mendiant et un bouffon miséreux, ou, contre la loi de l'hospitalité, se moquer des étrangers parce qu'ils ne parlent pas anglais aussi bien que nous ? Qu'apprenons-nous, puisqu'il est certain, Nil habet infœlix paupertas durius in se, Quam quod ridiculos homines facit. Mais plutôt un courtisan affairé et amoureux, et un Thraso menaçant sans cœur ; un maître d'école qui se croit sage, un voyageur bizarrement transformé : si nous les voyions se promener sous des noms de théâtre, ces rôles que nous jouons naturellement, il y aurait là un rire délectable et une délectation instructive ; comme dans l'autre genre, les tragédies de Buchanan produisent justement une admiration divine.

Mais j'ai prodigué trop de mots sur cette affaire de théâtre ; je le fais parce que, comme ce sont des parties excellentes de la Poésie, il n'en est aucune qui soit autant pratiquée en Angleterre, et aucune qui ne puisse être plus pitoyablement abusée, laquelle, comme une fille mal élevée montrant une mauvaise éducation, fait que l'honnêteté de sa mère, la Poésie, est mise en question. D'autres sortes de poésie, nous n'en avons presque aucune, sinon ce genre lyrique de chants et de sonnets ; lesquels, Seigneur, s'il nous donnait d'aussi bons esprits, comme il pourrait être bien employé, et avec quels fruits célestes, tant privés que publics, en chantant les louanges de la beauté immortelle, de la bonté immortelle de ce Dieu qui nous donne des mains pour écrire et des esprits pour concevoir ! Sur quoi nous pourrions bien manquer de mots, mais jamais de matière ; sur quoi nous ne pourrions tourner nos yeux sans avoir toujours de nouvelles occasions naissantes. Mais en vérité, beaucoup de tels écrits qui viennent sous la bannière de l'irrésistible amour, si j'étais une maîtresse, ne me persuaderaient jamais qu'ils sont amoureux, tant ils appliquent froidement des discours de feu, comme des hommes qui auraient plutôt lu des écrits d'amoureux et ainsi attrapé certaines phrases enflées, qui s'enchaînent comme un homme qui me dit un jour que le vent était au nord-ouest et quart sud, parce qu'il voulait être sûr de nommer assez de vents ; plutôt qu'en vérité ils ne sentent ces passions, qui facilement, je pense, peuvent être trahies par cette même force ou ἐνέργεια (*energeia*), comme l'appellent les Grecs, de l'écrivain. Mais que ceci soit une note suffisante, bien que brève, que nous manquons le juste usage du point matériel de la Poésie.

Maintenant, pour son extérieur, qui est les mots, ou (comme je peux le nommer) la diction, c'est encore bien pire. Ainsi est cette matrone à la douce éloquence, vêtue, ou plutôt déguisée, d'une affectation peinte de courtisane. Une fois avec des mots si recherchés que beaucoup semblent des monstres, mais doivent paraître étrangers à tout pauvre Anglais : une autre fois avec une course à la lettre, comme s'ils étaient tenus de suivre la méthode d'un dictionnaire : une autre fois avec des figures et des fleurs, extrêmement affamées par l'hiver. Mais je voudrais que cette faute fût seulement particulière aux versificateurs, et n'eût pas une aussi large possession parmi les imprimeurs de prose, et, ce qui est à s'émerveiller, parmi de nombreux érudits, et, ce qui est à plaindre, parmi certains prédicateurs. En vérité, je souhaiterais, si du moins j'osais le souhaiter, dans une chose qui dépasse la portée de ma capacité, que les diligents imitateurs de Cicéron et de Démosthène, très dignes d'être imités, ne tinssent pas tant de carnets à la Nizolius de leurs figures et de leurs phrases, mais que par une traduction attentive, ils les dévorassent, pour ainsi dire, entiers, et les fissent entièrement leurs. Car maintenant ils jettent du sucre et des épices sur chaque plat qui est servi à table : comme ces Indiens, non contents de porter des boucles d'oreilles à l'endroit approprié et naturel des oreilles, mais qui se percent le nez et les lèvres de bijoux, parce qu'ils veulent être sûrs d'être élégants. Cicéron, quand il devait chasser Catilina, comme avec un coup de foudre d'éloquence, use souvent de la figure de la répétition, comme *Vivit et vincit, imo in senatum, venit, imo, in senatum venit, &c*. En vérité, enflammé d'une rage bien fondée, il voulait que ses mots sortissent pour ainsi dire redoublés de sa bouche, et faisait ainsi artificiellement ce que nous voyons les hommes en colère faire naturellement. Et nous, ayant noté la grâce de ces mots, les entraînons parfois dans une épître familière, quand ce serait trop de colère que d'être colérique. Combien une abondance de *similiter cadenses* sonne bien avec la gravité de la chaire, j'invoquerais seulement l'âme de Démosthène pour le dire, qui les utilise avec une délicatesse rare. En vérité, ils m'ont fait penser au sophiste qui, avec trop de subtilité, voulait prouver que deux œufs en font trois, et bien qu'il pût être compté comme un sophiste, n'en retira rien pour sa peine. Ainsi ces hommes, en introduisant une telle sorte d'éloquence, peuvent bien obtenir une opinion d'une finesse apparente, mais persuadent peu, ce qui devrait être la fin de leur finesse. Maintenant, pour les similitudes dans certains discours imprimés, je pense que tous les herbiers, toutes les histoires de bêtes, d'oiseaux et de poissons sont pillés, afin qu'ils puissent venir en multitudes pour servir l'une de nos conceptions, ce qui est certainement une indigestion pour les oreilles aussi absurde que possible. Car la force d'une similitude n'étant pas de prouver quoi que ce soit à un contradicteur, mais seulement d'expliquer à un auditeur bienveillant, une fois que cela est fait, le reste est un bavardage des plus fastidieux, surchargeant plutôt la mémoire du but pour lequel elles ont été appliquées, que n'informant en rien le jugement déjà satisfait, ou non susceptible d'être satisfait par des similitudes. Pour ma part, je ne doute pas que, quand Antoine et Crassus, les grands ancêtres de Cicéron en éloquence, l'un (comme Cicéron en témoigne) prétendant ne pas connaître l'art, l'autre ne pas s'en soucier, (parce qu'avec une simplicité sensible, ils pouvaient gagner le crédit des oreilles populaires, lequel crédit, est le pas le plus proche de la persuasion, laquelle persuasion, est le but principal de l'oratoire) je ne doute pas, dis-je, qu'ils n'aient utilisé ces artifices très parcimonieusement. Quiconque les utilise généralement, tout homme peut voir qu'il danse sur sa propre musique, et est ainsi noté par l'auditoire comme plus soucieux de parler curieusement que véritablement. Indubitablement (du moins à mon opinion, indubitablement) j'ai trouvé chez divers courtisans peu savants un style plus sain que chez certains professeurs de savoir, dont je ne peux deviner d'autre cause que le fait que le courtisan, suivant ce qu'il trouve par la pratique le plus apte à la nature, en cela (bien qu'il ne le sache pas) agit selon l'art, bien que non par l'art ; là où l'autre, utilisant l'art pour montrer l'art et non pour cacher l'art (comme il le devrait dans ces cas), s'éloigne de la nature et, en vérité, abuse l'art.

Mais quoi ? Il me semble que je mérite d'être mis au pilori pour m'être écarté de la Poésie vers l'Oratoire. Mais toutes deux ont une telle affinité dans la considération verbale que je pense que cette digression fera que mon intention sera plus pleinement comprise, qui n'est pas de me charger d'enseigner aux poètes comment ils devraient faire, mais seulement, me trouvant malade parmi les autres, de montrer une ou deux taches de l'infection commune qui s'est développée parmi la plupart des écrivains ; afin que, nous reconnaissant quelque peu de travers, nous puissions nous tourner vers le juste usage tant de la matière que de la manière. À quoi notre langue nous donne une grande occasion, étant en vérité capable de tout excellent exercice. Je sais que certains diront que c'est une langue mêlée. Et pourquoi pas ? Tant mieux, prenant le meilleur des deux autres. Un autre dira qu'elle manque de grammaire. Non, en vérité, elle a cette louange qu'elle ne manque pas de grammaire ; car une grammaire, elle pourrait en avoir, mais elle n'en a pas besoin, étant si facile en elle-même, et si vide de ces encombrantes différences de cas, de genres, de modes et de temps, qui, je pense, furent une partie de la malédiction de la Tour de Babel, qu'un homme dût être mis à l'école pour apprendre sa langue maternelle. Mais pour exprimer doucement et proprement la conception de l'esprit, ce qui est la fin de la parole, elle l'a à égalité avec toute autre langue du monde. Et elle est particulièrement heureuse dans les compositions de deux ou trois mots ensemble, près du grec, bien au-delà du latin, ce qui est l'une des plus grandes beautés que puisse avoir une langue.

Maintenant, de la versification, il y a deux sortes, l'une ancienne, l'autre moderne. L'ancienne marquait la quantité de chaque syllabe et, selon cela, façonnait son vers. La moderne, n'observant que le nombre, avec quelque égard pour l'accent, sa vie principale réside dans cette sonorité semblable des mots, que nous appelons la rime. Laquelle de ces deux est la plus excellente supporterait de nombreux discours. L'ancienne, sans doute, plus apte à la musique, les mots et le temps observant la quantité, et plus apte à exprimer vivement diverses passions par le son bas ou élevé de la syllabe bien pesée. La dernière, de même, avec sa rime, frappe une certaine musique à l'oreille, et en fin de compte, puisqu'elle charme, bien que d'une autre manière, elle atteint le même but, y ayant en chacune de la douceur, et ne manquant en aucune de majesté. En vérité, l'anglais, avant toute langue vulgaire que je connaisse, est apte aux deux sortes. Car, pour l'ancienne, l'italien est si plein de voyelles qu'il doit toujours être encombré d'élisions. Le hollandais, de l'autre côté, est si plein de consonnes qu'il ne peut produire le doux glissement propre à un vers. Le français, dans toute sa langue, n'a pas un mot qui ait son accent sur la dernière syllabe, sauf deux, et a une accentuation antépénultième ; et l'espagnol a à peine plus, et donc ils ne peuvent utiliser les dactyles que très disgracieusement. L'anglais n'est sujet à aucun de ces défauts. Maintenant, pour la rime, bien que nous n'observions pas la quantité, nous observons l'accent très précisément, ce que les autres langues soit ne peuvent pas faire, soit ne veulent pas faire aussi absolument. Cette césure, ou lieu de respiration au milieu du vers, ni l'italien ni l'espagnol ne l'ont. Le français et nous ne la manquons presque jamais. Enfin, la rime elle-même, l'italien ne peut la mettre sur la dernière syllabe, par les Français nommée la rime masculine, mais toujours sur l'avant-dernière, que les Français appellent la féminine, ou celle d'avant, que l'italien appelle *sdrucciola* : l'exemple de la première est *buono, suono* ; de la *sdrucciola*, est *femina, semina*. Le français, de l'autre côté, a à la fois la masculine, comme *bon, son*, et la féminine, comme *plaise, taise* ; mais la *sdrucciola*, il ne l'a pas. Là où l'anglais a les trois, comme *due, true* ; *father, rather* ; *motion, potion*, avec bien plus qui pourrait être dit, mais je trouve déjà que les badinages de ce discours sont beaucoup trop étendus.

De sorte que, puisque la toujours digne de louange Poésie est pleine d'une délectation qui engendre la vertu, et n'est vide d'aucun don qui devrait être dans le noble nom de savoir, puisque les blâmes portés contre elle sont soit faux, soit faibles, puisque la cause pour laquelle elle n'est pas estimée en Angleterre est la faute des singes de poètes, non des poètes. puisque enfin notre langue est des plus aptes à honorer la Poésie et à être honorée par la Poésie, je vous conjure tous, qui avez eu la mauvaise fortune de lire ce jouet gaspilleur d'encre qui est le mien, au nom même des neuf Muses, de ne plus mépriser les mystères sacrés de la Poésie. De ne plus rire au nom de poètes, comme s'ils étaient les héritiers les plus proches des fous ; de ne plus plaisanter au titre révérend de rimeur ; mais de croire avec Aristote qu'ils étaient les anciens trésoriers de la divinité des Grecs ; de croire avec Bembo qu'ils furent les premiers introducteurs de toute civilité ; de croire avec Scaliger qu'aucun précepte de philosophe ne peut plus tôt faire de vous un honnête homme que la lecture de Virgile ; de croire avec Clauserus, le traducteur de Cornutus, qu'il a plu à la divinité céleste, par Hésiode et Homère, sous le voile de fables, de nous donner toute connaissance, logique, rhétorique, philosophie, naturelle et morale, et *Quid non?* ; de croire avec moi qu'il y a de nombreux mystères contenus dans la Poésie, qui furent à dessein écrits obscurément, de peur que par des esprits profanes elle ne fût abusée ; de croire avec Landino qu'ils sont si aimés des dieux que tout ce qu'ils écrivent procède d'une fureur divine. Enfin, de les croire eux-mêmes quand ils vous disent qu'ils vous rendront immortels par leurs vers. Ainsi faisant, votre nom fleurira dans les boutiques des imprimeurs. Ainsi faisant, vous serez parents de mainte préface poétique. Ainsi faisant, vous serez le plus beau, le plus riche, le plus sage, le plus tout : vous habiterez sur des superlatifs. Ainsi faisant, bien que vous soyez *Libertino patre natus*, vous deviendrez soudain *Herculea proles*, *Si quid mea carmina possunt*. Ainsi faisant, votre âme sera placée avec la Béatrice de Dante ou l'Anchise de Virgile. Mais si (fi d'un tel mais !), vous êtes né si près de l'abrutissante cataracte du Nil que vous ne pouvez entendre la musique planétaire de la Poésie ; si vous avez un esprit si rampant sur la terre qu'il ne peut s'élever pour regarder le ciel de la Poésie, ou plutôt, par un certain dédain rustique, deviendra un tel grimaud qu'il sera un Momus de la Poésie ; alors, bien que je ne vous souhaiterai pas les oreilles d'âne de Midas, ni d'être poussé par les vers d'un poète à vous pendre, comme on le dit de Bupalus, ni d'être rimé à mort comme on dit que cela se fait en Irlande, je dois pourtant vous envoyer cette malédiction au nom de tous les poètes : que tant que vous vivrez, vous viviez amoureux, et n'obteniez jamais de faveur, faute d'habileté à un sonnet ; et qu'en mourant, votre mémoire s'éteigne sur la terre, faute d'une épitaphe. FIN.

The defence of Poesie

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When the right vertuous E.W. and I, were at the Emperours Court togither, wee gaue our selues to learne horsemanship of Ion Pietro Pugliano, one that with great commendation had the place of an Esquire in his stable: and hee according to the fertilnes of the Italian wit, did not onely affoord vs the demonstration of his practise, but sought to enrich our mindes with the contemplations therein, which he thought most precious. But with none I remember mine eares were at any time more loaden, then when (either angred with slow paiment, or mooued with our learner like admiration) hee exercised his speech in the praise of his facultie. He said souldiers were the noblest estate of mankind, and horsemen the noblest of souldiers. He said they were the maisters of warre, and ornaments of peace, speedie goers, and strong abiders, triumphers both in Camps and Courts: nay to so vnbleeued a point he proceeded, as that no earthly thing bred such wonder to a Prince, as to be a good horseman. Skill of gouernment was but a Pedanteria, in comparison, then would he adde certaine praises by telling what a peerlesse beast the horse was, the onely seruiceable Courtier without flattery, the beast of most bewtie, faithfulnesse, courage, and such more, that if I had not bene a peece of a Logician before I came to him, I thinke he would haue perswaded me to haue wished my selfe a horse. But thus much at least, with his no few words he draue into me, that selfeloue is better then any guilding, to make that seem gorgious wherin our selues be parties.

Wherin if Pulianos strong affection and weake arguments will not satisfie you, I wil giue you a nearer example of my selfe, who I know not by what mischance in these my not old yeares and idlest times, hauing slipt into the title of a Poet, am prouoked to say somthing vnto you in the defence of that my vnelected vocation, which if I handle with more good will, then good reasons beare with me, since the scholler is to be pardoned that followeth the steps of his maister. And yet I must say, that as I haue more iust cause to make a pittifull defence of poore Poetrie, which from almost the highest estimation of learning, is falne to be the laughing stock of children, so haue I need to bring some more auaileable proofes, since the former is by no man bard of his deserued credit, the silly later, hath had euen the names of Philosophers vsed to the defacing of it, with great daunger of ciuill warre among the Muses.

And first truly to all them that professing learning enuey against Poetrie, may iustly be obiected, that they go very neare to vngratefulnesse, to seeke to deface that which in the noblest nations and languages that are knowne, hath bene the first light giuer to ignorance, and first nurse whose milke litle & litle enabled them to feed afterwards of tougher knowledges. And will you play the Hedge-hogge, that being receiued into the den, draue out his host? Or rather the Vipers, that with their birth kill their parents? Let learned Greece in any of his manifold Sciences, be able to shew me one booke before Musæus, Homer, & Hesiod, all three nothing else but Poets. Nay let any Historie bee brought, that can say any writers were there before them, if they were not men of the same skill, as Orpheus, Linus, and some other are named, who hauing bene the first of that country that made pennes deliuerers of their knowledge to the posteritie, nay iustly challenge to bee called their Fathers in learning. For not onely in time they had this prioritie, (although in it selfe antiquitie be venerable) but went before them, as causes to draw with their charming sweetnesse the wild vntamed wits to an admiration of knowledge. So as Amphion, was said to mooue stones with his Poetry, to build Thebes, and Orpheus to be listned to by beasts, indeed stonie and beastly people. So among the Romans, were Liuius, Andronicus, and Ennius, so in the Italian language, the first that made it aspire to be a treasure-house of Science, were the Poets Dante, Bocace, and Petrach. So in our English, wer Gower, and Chawcer, after whom, encoraged & delighted with their excellent foregoing, others haue folowed to bewtify our mother toong, aswel in the same kind as other arts.

This did so notably shew it self, yͭ the Philosophers of Greece durst not a lōg time apear to ye world, but vnder ye mask of poets. So Thales, Empedocles, and Parmenides, sang their naturall Philosophie in verses. So did Pithagoras and Phocillides, their morall Councels. So did Tirteus in warre matters, and Solon in matters of pollicie, or rather they being Poets, did exercise their delightfull vaine in those points of highest knowledge, which before them laie hidden to the world. For, that wise Solon was directly a Poet, it is manifest, hauing written in verse the notable Fable of the Atlantick Iland, which was continued by Plato. And truly euen Plato who so euer well considereth, shall finde that in the body of his worke though the inside & strength were Philosophie, the skin as it were and beautie, depended most of Poetrie. For all stands vpon Dialogues, wherein hee faines many honest Burgesses of Athens speak of such matters, that if they had bene set on the Racke, they would neuer haue confessed them: besides his Poeticall describing the circumstances of their meetings, as the well ordering of a banquet, the delicacie of a walke, with enterlacing meere Tales, as Gyges Ring and others, which, who knowes not to bee flowers of Poetrie, did neuer walke into Appollos Garden.

And euen Historiographers, although their lippes sound of things done, and veritie be written in their foreheads, haue bene glad to borrow both fashion and perchance weight of the Poets. So Herodotus entituled his Historie, by the name of the nine Muses, and both he and all the rest that followed him, either stale, or vsurped of Poetrie, their passionate describing of passions, the many particularities of battels which no man could affirme, or if that be denied me, long Orations put in the mouthes of great Kings and Captains, which it is certaine they neuer pronounced. So that truly neither Philosopher, nor Historiographer, could at the first haue entered into the gates of populer iudgements, if they had not taken a great pasport of Poetrie, which in all nations at this day where learning flourisheth not, is plaine to be seene: in all which, they haue some feeling of Poetry. In Turkey, besides their law giuing Diuines, they haue no other writers but Poets. In our neighbour Countrey Ireland, where truly learning goes verie bare, yet are their Poets held in a deuout reuerence. Euen among the most barbarous and simple Indians, where no writing is, yet haue they their Poets who make & sing songs which they call Arentos, both of their Auncestors deeds, and praises of their Gods. A sufficient probability, that if euer learning come among them, it must be by hauing their hard dull wittes softened and sharpened with the sweete delights of Poetrie, for vntill they finde a pleasure in the exercise of the minde, great promises of much knowledge, wil little persuade them that know not the frutes of knowledge. In Wales, the true remnant of the auncient Brittons, as there are good authorities to shew, the long time they had Poets which they called Bardes: so thorow all the cōquests of Romans, Saxons, Danes, and Normans, some of whom, did seeke to ruine all memory of learning from among them, yet do their Poets euen to this day last: so as it is not more notable in the soone beginning, then in long continuing.

But since the Authors of most of our Sciences, were the Romanes, and before them the Greekes, let vs a litle stand vpon their authorities, but euen so farre as to see what names they haue giuē vnto this now scorned skill. Among the Romanes a Poet was called Vates, which is as much as a diuiner, foreseer, or Prophet, as by his conioyned words Vaticinium, and Vaticinari, is manifest, so heauenly a title did that excellent people bestowe vppon this hart-rauishing knowledge, and so farre were they carried into the admiration thereof, that they though in the chanceable hitting vppon any of such verses, great foretokens of their following fortunes, were placed. Whereupon grew the word of Sortes Vergilianæ, when by suddaine opening Virgils booke, they lighted vppon some verse of his, as it is reported by many, whereof the Histories of the Emperours liues are full. As of Albinus the Gouernour of our Iland, who in his childhood met with this verse Arma amens capio, nec sat rationis in armis: and in his age performed it, although it were a verie vaine and godlesse superstition, as also it was, to thinke spirits were commaunded by such verses, whereupon this word Charmes deriued of Carmina, commeth: so yet serueth it to shew the great reuerence those wittes were held in, and altogither not without ground, since both by the Oracles of Delphos and Sybillas prophesies, were wholly deliuered in verses, for that same exquisite obseruing of number and measure in the words, and that high flying libertie of conceit propper to the Poet, did seeme to haue some diuine force in it.

And may not I presume a little farther, to shewe the reasonablenesse of this word Vatis, and say that the holy Dauids Psalms are a diuine Poeme? If I do, I shal not do it without the testimony of great learned mē both auncient and moderne. But euen the name of Psalmes wil speak for me, which being interpreted, is nothing but Songs: then that it is fully written in meeter as all learned Hebritians agree, although the rules be not yet fully found. Lastly and principally, his handling his prophecie, which is meerly Poeticall. For what else is the awaking his musical Instruments, the often and free chaunging of persons, his notable Prosopopeias, whē he maketh you as it were see God comming in his maiestie, his telling of the beasts ioyfulnesse, and hils leaping, but a heauenly poesie, wherin almost he sheweth himselfe a passionate louer of that vnspeakable and euerlasting bewtie, to be seene by the eyes of the mind, onely cleared by faith? But truly now hauing named him, I feare I seeme to prophane that holy name, applying it to Poetry, which is among vs throwne downe to so ridiculous an estimation. But they that with quiet iudgements wil looke a litle deeper into it, shal find the end & working of it such, as being rightly applied, deserueth not to be scourged out of the Church of God.

But now let vs see how the Greekes haue named it, and how they deemed of it. The Greekes named him ποιητὴν, which name, hath as the most excellent, gone through other languages, it commeth of this word ποιεὶν which is to make: wherin I know not whether by luck or wisedome, we Englishmen haue met with the Greekes in calling him a Maker. Which name, how high and incomparable a title it is, I had rather were knowne by marking the scope of other sciences, thē by any partial allegatiō. There is no Art deliuered vnto mankind that hath not the workes of nature for his principall obiect, without which they could not consist, and on which they so depend, as they become Actors & Plaiers, as it were of what nature will haue set forth. So doth the Astronomer looke vpon the starres, and by that he seeth set downe what order nature hath taken therein. So doth the Geometritian & Arithmititian, in their diuers sorts of quantities. So doth the Musitians in times tel you, which by nature agree, which not. The natural Philosopher thereon hath his name, and the (morall Philosopher standeth vppon the naturall vertues, vices, or passions of man: and follow nature saith he therein, and thou shalt not erre. The Lawier saith, what men haue determined. The Historian, what men haue done. The Gramarian, speaketh onely of the rules of speech, and the Rhetoritian and Logitian, considering what in nature wil soonest prooue, and perswade thereon, giue artificiall rules, which still are compassed within the circle of a question, according to the proposed matter. The Phisitian wayeth the nature of mans bodie, & the nature of things helpfull, or hurtfull vnto it. And the Metaphisicke though it be in the second & abstract Notions, and therefore be counted supernaturall, yet doth hee indeed build vpon the depth of nature. Only the Poet disdeining to be tied to any such subiectiō, lifted vp with the vigor of his own inuention, doth grow in effect into an other nature: in making things either better then nature bringeth foorth, or quite a new, formes such as neuer were in nature: as the Heroes, Demigods, Cyclops, Chymeras, Furies, and such like; so as he goeth hand in hand with nature, not enclosed within the narrow warrant of her gifts, but freely raunging within the Zodiack of his owne wit. Nature neuer set foorth the earth in so rich Tapistry as diuerse Poets haue done, neither with so pleasaunt riuers, fruitfull trees, sweete smelling flowers, nor whatsoeuer els may make the too much loued earth more lonely: her world is brasen, the Poets only deliuer a golden.

But let those things alone and goe to man, for whom as the other things are, so it seemeth in him her vttermost comming is imploied: & know whether she haue brought foorth so true a louer as Theagenes, so constant a friend as Pylades, so valiant a man as Orlando, so right a Prince as Xenophons Cyrus, so excellent a man euery way as Virgils Aeneas. Neither let this be iestingly cōceiued, bicause the works of the one be essenciall, the other in imitation or fiction: for euerie vnderstanding, knoweth the skill of ech Artificer standeth in that Idea, or fore conceit of the worke, and not in the worke it selfe. And that the Poet hath that Idea, is manifest, by deliuering them foorth in such excellencie as he had imagined them: which deliuering foorth, also is not wholly imaginatiue, as we are wont to say by thē that build Castles in the aire: but so farre substancially it worketh, not onely to make a Cyrus, which had bene but a particular excellency as nature might haue done, but to bestow a Cyrus vpon the world to make many Cyrusses, if they will learne aright, why and how that maker made him.

Neither let it be deemed too sawcy a comparison, to ballance the highest point of mans wit, with the efficacie of nature: but rather giue right honor to the heauenly maker of that maker, who hauing made man to his owne likenes, set him beyond and ouer all the workes of that second nature, which in nothing he sheweth so much as in Poetry; when with the force of a diuine breath, he bringeth things foorth surpassing her doings: with no small arguments to the incredulous of that first accursed fall of Adam, since our erected wit maketh vs know what perfectiō is, and yet our infected wil keepeth vs frō reaching vnto it. But these argumēts will by few be vnderstood, and by fewer graunted: thus much I hope wil be giuen me, that the Greeks with some probability of reason, gaue him the name aboue all names of learning.

Now let vs goe to a more ordinarie opening of him, that the truth may be the more palpable: and so I hope though we get not so vnmatched a praise as the Etimologie of his names will graunt, yet his verie description which no man will denie, shall not iustly be barred from a principall commendation. Poesie therefore, is an Art of Imitation: for so Aristotle termeth it in the word μίμηοις, that is to say, a representing, counterfeiting, or figuring forth to speake Metaphorically. A speaking Picture, with this end to teach and delight. Of this haue bene three generall kindes, the chiefe both in antiquitie and excellencie, were they that did imitate the vncōceiueable excellencies of God. Such were Dauid in his Psalmes, Salomon in his song of songs, in his Ecclesiastes and Prouerbes. Moses and Debora, in their Hymnes, and the wryter of Iobe: Which beside other, the learned Emanuell, Tremelius, and F. Iunius, doo entitle the Poeticall part of the scripture: against these none will speake that hath the holie Ghost in due holie reuerence. In this kinde, though in a full wrong diuinitie, were Orpheus, Amphion, Homer in his himnes, and manie other both Greeke and Romanes. And this Poesie must be vsed by whosoeuer will follow S. Paules counsaile, in singing Psalmes when they are mery, and I knowe is vsed with the frute of comfort by some, when in sorrowfull panges of their death bringing sinnes, they finde the consolation of the neuer leauing goodnes.

The second kinde, is of them that deale with matters Philosophicall, either morall as Tirteus, Phocilides, Cato; or naturall, as Lucretius, and Virgils Georgikes; or Astronomicall as Manilius and Pontanus; or Historicall as Lucan: which who mislike the fault, is in their iudgement quite out of tast, & not in the sweet food of sweetly vttered knowledge. But bicause this second sort is wrapped within the folde of the proposed subiect, and takes not the free course of his own inuentiō, whether they properly bee Poets or no, let Gramarians dispute; and goe to the third indeed right Poets, of whom chiefly this question ariseth: betwixt whom and these second, is such a kinde of difference, as betwixt the meaner sort of Painters, who counterfeyt onely such faces as are set before them, and the more excelent, who hauing no law but wit, bestow that in colours vpon you, which is fittest for the eye to see, as the constant, though lamenting looke of Lucretia, when shee punished in her selfe anothers faulte: wherein hee painteth not Lucretia whom he neuer saw, but painteth the outward bewty of such a vertue. For these third be they which most properly do imitate to teach & delight: and to imitate, borrow nothing of what is, hath bin, or shall be, but range onely reined with learned discretion, into the diuine consideration of what may be and should be. These be they that as the first and most noble sort, may iustly be termed Vates: so these are waited on in the excellentest languages and best vnderstādings, with the fore described name of Poets. For these indeed do meerly make to imitate, and imitate both to delight & teach, and delight to moue men to take that goodnesse in hand, which without delight they would flie as from a stranger; and teach to make them know that goodnesse wherunto they are moued: which being the noblest scope to which euer any learning was directed, yet want there not idle tongues to barke at them.

These be subdiuided into sundry more speciall denominations. The most notable be the Heroick, Lyrick, Tragick, Comick, Satyrick, Iambick, Elegiack, Pastorall, and certaine others: some of these being tearmed according to the matter they deale with, some by the sort of verse they liked best to write in, for indeed the greatest part of Poets, haue apparelled their poeticall inuentions, in that numbrous kind of writing which is called vers. Indeed but apparelled verse: being but an ornament and no cause to Poetrie, since there haue bene many most excellent Poets that neuer versefied, and now swarme many versefiers that need neuer answere to the name of Poets. For Xenophon who did imitate so excellently as to giue vs effigiem iusti imperii, the pourtraiture of a iust Empyre vnder the name of Cyrus, as Cicero saith of him, made therein an absolute heroicall Poeme. So did Heliodorus, in his sugred inuention of that picture of loue in Theagenes & Chariclea, and yet both these wrote in prose, which I speake to shew, that it is not ryming and versing that maketh a Poet, (no more then a long gown maketh an Aduocate, who though he pleaded in Armour, should be an Aduocat and no souldier) but it is that faining notable images of vertues, vices, or what els, with that delightfull teaching, which must be the right describing note to know a Poet by. Although indeed the Senate of Poets hath chosen verse as their fittest raiment: meaning as in matter, they passed all in all, so in maner, to go beyond them: not speaking table talke fashion, or like men in a dreame, words as they chanceably fall from the mouth, but peasing each sillable of eache word by iust proportion, according to the dignitie of the subiect.

Now therfore it shal not be amisse, first to way this latter sort of poetrie by his workes, and then by his parts, and if in neither of these Anatomies hee be condemnable, I hope we shall obteine a more fauourable sentence. This purifying of wit, this enriching of memorie, enabling of iudgement, and enlarging of conceit, which commōly we cal learning, vnder what name so euer it come forth, or to what immediate end soeuer it be directed, the finall end is, to lead and draw vs to as high a perfection, as our degenerate soules made worse by their clay-lodgings, can be capable of. This according to the inclination of man, bred many formed impressions. For some that thought this felicity principally to be gotten by knowledge, and no knowledge to be so high or heauenly, as acquaintance with the stars; gaue thēselues to Astronomie: others perswading thēselues to be Demygods, if they knew the causes of things, became naturall and supernaturall Philosophers. Some an admirable delight drew to Musicke; and some the certaintie of demonstration to the Mathematicks: but all one and other hauing this scope to know, & by knowledge to lift vp the minde from the dungeon of the bodie, to the enioying his owne diuine essence. But when by the ballance of experience it was found, that the Astronomer looking to the stars might fall in a ditch, that the inquiring Philosopher might be blind in him self, & the Mathematician, might draw forth a straight line with a crooked hart. Then lo did proofe, the ouerruler of opinions make manifest, that all these are but seruing sciences; which as they haue a priuate end in themselues, so yet are they all directed to the highest end of the mistresse knowledge by ye Greeks ἀρχιτεκτονικὴ, which stands as I thinke, in the knowledge of a mans selfe, in the Ethike and Politique consideration, with the end of well doing, and not of well knowing onely. Euen as the Sadlers next ende is to make a good Saddle, but his further ende, to serue a nobler facultie, which is horsmanship, so the horsemans to souldiery: and the souldier not only to haue the skill, but to performe the practise of a souldier. So that the ending end of all earthly learning, being verteous action, those skils that most serue to bring forth that, haue a most iust title to be Princes ouer al the rest: wherin if we cā shew, the Poet is worthy to haue it before any other competitors: among whō principally to challenge it, step forth the moral Philosophers, whom me thinkes I see comming towards me, with a sullain grauitie, as though they could not abide vice by day-light, rudely cloathed, for to witnesse outwardly their contempt of outward things, with bookes in their hands against glorie, whereto they set their names: sophistically speaking against subtiltie, and angry with any man in whom they see the foule fault of anger. These men casting larges as they go of definitions, diuitions, and distinctions, with a scornful interrogatiue, do soberly aske, whether it be possible to find any path so ready to lead a man to vertue, as that which teacheth what vertue is, & teacheth it not only by deliuering forth his very being, his causes and effects, but also by making knowne his enemie vice, which must be destroyed, and his combersome seruant passion, which must be mastred: by shewing the generalities that contains it, and the specialities that are deriued from it. Lastly by plaine setting downe, how it extends it selfe out of the limits of a mans owne little world, to the gouernment of families, and mainteining of publike societies.

The Historian scarsely giues leisure to the Moralist to say so much, but that he loaden with old Mouse-eaten Records, authorising himselfe for the most part vpon other Histories, whose greatest authorities are built vppon the notable foundation Heresay, hauing much ado to accord differing writers, & to pick truth out of partiality: better acquainted with a 1000. yeres ago, thē with the present age, and yet better knowing how this world goes, then how his owne wit runnes, curious for Antiquities, and inquisitiue of Nouelties, a wonder to yoong folkes, and a Tyrant in table talke; denieth in a great chafe, that any man for teaching of vertue, and vertues actions, is comparable to him. I am Testis temporum, lux veritatis, vita memoriæ, magistra vitæ, nuncia vetustatis. The Philosopher saith he, teacheth a disputatiue vertue, but I do an actiue. His vertue is excellent in the dangerlesse Academy of Plato: but mine sheweth forth her honourable face in the battailes of Marathon, Pharsalia, Poietiers, and Agincourt. Hee teacheth vertue by certaine abstract considerations: but I onely bid you follow the footing of them that haue gone before you. Old aged experience, goeth beyond the fine witted Philosopher: but I giue the experience of many ages. Lastly, if he make the song Booke, I put the learners hand to the Lute, and if he be the guide, I am the light. Then would he alleage you innumerable examples, confirming storie by stories, how much the wisest Senators and Princes, haue bene directed by the credit of Historie, as Brutus, Alphonsus of Aragon, (and who not if need be.) At length, the long line of their disputation makes a point in this, that the one giueth the precept, & the other the example.

Now whom shall we find, since the question standeth for the highest forme in the schoole of learning to be moderator? Truly as mee seemeth, the Poet, and if not a moderator, euen the man that ought to carry the title from them both: & much more from all other seruing sciences. Therfore compare we the Poet with the Historian, & with the morall Philosopher: and if hee goe beyond them both, no other humaine skill can match him. For as for the diuine, with all reuerence it is euer to be excepted, not onely for hauing his scope as far beyond any of these, as Eternitie exceedeth a moment: but euen for passing ech of these in themselues. And for the Lawier, though Ius be the daughter of Iustice, the chiefe of vertues, yet because he seeks to make men good, rather formidine panæ, then virtutis amore: or to say righter, doth not endeuor to make men good, but that their euill hurt not others, hauing no care so he be a good citizen, how bad a man he be. Therfore as our wickednes maketh him necessarie, and necessitie maketh him honorable, so is he not in the deepest truth to stand in ranck with these, who al endeuour to take naughtinesse away, and plant goodnesse euen in the secretest cabinet of our soules: and these foure are all that any way deale in the consideration of mens manners, which being the supreme knowledge, they that best breed it, deserue the best commendation.

The Philosopher therefore, and the Historian, are they which would win the goale, the one by precept, the other by example: but both, not hauing both, doo both halt. For the Philosopher setting downe with thornie arguments, the bare rule, is so hard of vtterance, and so mistie to be conceiued, that one that hath no other guide but him, shall wade in him till he be old, before he shall finde sufficient cause to be honest. For his knowledge standeth so vpon the abstract and generall, that happie is that man who may vnderstand him, and more happie, that can apply what he doth vnderstand. On the other side, the Historian wanting the precept, is so tied, not to what should be, but to what is, to the particular truth of things, and not to the general reason of things, that his example draweth no necessarie consequence, and therefore a lesse fruitfull doctrine. Now doth the peerlesse Poet performe both, for whatsoeuer the Philosopher saith should be done, he giues a perfect picture of it by some one, by whō he presupposeth it was done, so as he coupleth the generall notion with the particuler example. A perfect picture I say, for hee yeeldeth to the powers of the minde an image of that whereof the Philosopher bestoweth but a wordish description, which doth neither strike, pearce, nor possesse, the sight of the soule so much, as that other doth.

For as in outward things to a man that had neuer seene an Elephant, or a Rinoceros, who should tell him most exquisitely all their shape, cullour, bignesse, and particuler marks, or of a gorgious pallace an Architecture, who declaring the full bewties, might well make the hearer able to repeat as it were by roat all he had heard, yet should neuer satisfie his inward conceit, with being witnesse to it selfe of a true liuely knowledge: but the same mā, assoon as he might see those beasts wel painted, or that house wel in modell, shuld straightwaies grow without need of any description to a iudicial comprehending of them, so no doubt the Philosopher with his learned definitions, be it of vertues or vices, matters of publike policy or priuat gouernment, replenisheth the memorie with many infallible grounds of wisdom, which notwithstanding lie darke before the imaginatiue and iudging power, if they be not illuminated or figured forth by the speaking picture of Poesie. Tully taketh much paines, and many times not without Poeticall helpes to make vs know the force, loue of our country hath in vs. Let vs but heare old Anchices, speaking in the middest of Troies flames, or see Vlisses in the fulnesse of all Calipsoes delightes, bewaile his absence from barraine and beggerly Ithecæ. Anger the Stoickes said, was a short madnesse: let but Sophocles bring you Aiax on a stage, killing or whipping sheepe and oxen, thinking them the Army of Greekes, with their Chieftaines Agamemnon, and Menelaus: and tell me if you haue not a more familiar insight into Anger, then finding in the schoolemen his Genus and Difference. See whether wisdom and temperance in Vlisses and Diomedes, valure in Achilles, friendship in Nisus and Eurialus, euen to an ignorant man carry not an apparant shining: and contrarily, the remorse of conscience in Oedipus; the soone repenting pride in Agamemnon; the selfe deuouring crueltie in his father Atreus; the violence of ambition in the two Theban brothers; the sower sweetnesse of reuenge in Medea; and to fall lower, the Terentian Gnato, and our Chawcers Pander so exprest, that we now vse their names, to signifie their Trades: And finally, all vertues, vices, and passions, so in their owne naturall states, laide to the view, that we seeme not to heare of them, but clearly to see through them.

But euen in the most excellent determination of goodnesse, what Philosophers counsaile can so readely direct a Prince, as the feined Cirus in Xenophon, or a vertuous man in all fortunes: as Aeneas in Virgill, or a whole Common-wealth, as the Way of Sir Thomas Moores Eutopia. I say the Way, because where Sir Thomas Moore erred, it was the fault of the man and not of the Poet: for that Way of patterning a Common-wealth, was most absolute though hee perchaunce hath not so absolutely performed it. For the question is, whether the fained Image of Poetrie, or the reguler instruction of Philosophie, hath the more force in teaching? Wherein if the Philosophers haue more rightly shewed themselues Philosophers then the Poets, haue atteined to the high toppe of their profession (as in truth Mediocribus esse poetis non Dii, non homines, non concessere columnæ,) it is (I say againe) not the fault of the Art, but that by fewe men that Art can be accomplished.

Certainly euen our Sauiour Christ could as well haue giuen the morall common places of vncharitablenesse and humblenesse, as the diuine narration of Diues and Lazarus, or of disobedience and mercy, as that heauenly discourse of the lost childe and the gracious Father, but that his through searching wisedome, knew the estate of Diues burning in hell, and of Lazarus in Abrahams bosome, would more constantly as it were, inhabit both the memorie and iudgement. Truly for my selfe (mee seemes) I see before mine eyes, the lost childs disdainful prodigalitie, turned to enuy a Swines dinner: which by the learned Diuines are thought not Historical acts, but instructing Parables. For conclusion, I say the Philosopher teacheth, but he teacheth obscurely, so as the learned onely can vnderstand him, that is to say, he teacheth them that are alreadie taught. But the Poet is the food for the tendrest stomacks, the Poet is indeed, the right populer Philosopher. Whereof Esops Tales giue good proofe, whose prettie Allegories stealing vnder the formall Tales of beastes, makes many more beastly then beasts: begin to hear the sound of vertue from those dumbe speakers.

But now may it be alleadged, that if this imagining of matters be so fit for the imagination, then must the Historian needs surpasse, who brings you images of true matters, such as indeed were done, and not such as fantastically or falsly may be suggested to haue bin done. Truly Aristotle himselfe in his discourse of Poesie, plainly determineth this questiō, saying; that Poetrie is φιλοσοφότερών, and σπουδαιοτερον, that is to say, it is more Philosophicall and more then History. His reason is, because Poesie dealeth with καθόλου, that is to say, with the vniuersall consideration, and the Historie with καθέκαστον, the particular. Now saith he, the vniuersall wayes what is fit to be said or done, either in likelihood or necessitie, which the Poesie considereth in his imposed names: and the particular onely marketh whether Alcibiades did or suffered this or that. Thus farre Aristotle. Which reason of his, as all his is most full of reason. For indeed if the questiō were, whether it were better to haue a particular act truly or falsly set downe, there is no doubt which is to be chosen, no more then whether you had rather haue Vespacians Picture right as he was, or at the Painters pleasure nothing resembling. But if the question be for your owne vse and learning, whether it be better to haue it set downe as it should be, or as it was; then certainly is more doctrinable, the fained Cyrus in Xenophon, then the true Cyrus in Iustin: and the fained Aeneas in Virgill, then the right Aeneas in Dares Phrigius: as to a Ladie that desired to fashion her countenance to the best grace: a Painter shuld more benefite her to pourtrait a most sweete face, writing Canidia vppon it, then to paint Canidia as shee was, who Horace sweareth was full ill fauoured. If the Poet do his part aright, he wil shew you in Tantalus Atreus, and such like, nothing that is not to be shunned; in Cyrus, Aeneas, Vlisses, each thing to be followed: where the Historian bound to tell things as things were, cannot be liberall, without hee will be Poeticall of a perfect patterne, but as in Alexander or Scipio himselfe, shew doings, some to be liked, some to be misliked; and then how wil you discerne what to follow, but by your own discretiō which you had without reading Q. Curtius. And whereas a man may say, though in vniuersall consideration of doctrine, the Poet preuaileth, yet that the Historie in his saying such a thing was done, doth warrant a man more in that he shall follow. The answere is manifest, that if he stand vpon that was, as if he should argue, because it rained yesterday, therfore it should raine to day, then indeede hath it some aduantage to a grosse conceit. But if hee knowe an example onely enformes a coniectured likelihood, and so goe by reason, the Poet doth so farre exceed him, as hee is to frame his example to that which is most reasonable, be it in warlike, politike, or priuate matters, where the Historian in his bare, was, hath many times that which we call fortune, to ouerrule the best wisedome. Manie times he must tell euents, whereof he can yeeld no cause, or if he do, it must be poetically.

For that a fained example hath as much force to teach, as a true example (for as for to mooue, it is cleare, since the fained may be tuned to the highest key of passion) let vs take one example wherein an Historian and a Poet did concurre. Herodotus and Iustin doth both testifie, that Zopirus, King Darius faithfull seruant, seeing his maister long resisted by the rebellious Babilonians, fained himselfe in extreame disgrace of his King, for verifying of which, he caused his owne nose and eares to be cut off, and so flying to the Babylonians was receiued, and for his knowne valure so farre creadited, that hee did finde meanes to deliuer them ouer to Darius. Much like matter doth Liuy record of Tarquinius, and his sonne. Xenophon excellently faineth such an other Stratageme, performed by Abradates in Cyrus behalfe. Now would I faine knowe, if occasion be presented vnto you, to serue your Prince by such an honest dissimulation, why you do not as well learne it of Xenophons fiction, as of the others veritie: and truly so much the better, as you shall saue your nose by the bargaine. For Abradates did not counterfeyt so farre. So then the best of the Historian is subiect to the Poet, for whatsoeuer action or faction, whatsoeuer counsaile, pollicie, or warre, stratageme, the Historian is bounde to recite, that may the Poet if hee lift with his imitation make his owne; bewtifying it both for further teaching, and more delighting as it please him: hauing all frō Dante his heuē to his hell, vnder the authority of his pen. Which if I be asked what Poets haue don so? as I might wel name some, so yet say I, and say again, I speake of the Art and not of the Artificer.

Now to that which commonly is attributed to the praise of Historie, in respect of the notable learning, is got by marking the successe, as though therein a man shuld see vertue exalted, & vice punished: truly that commendation is peculier to Poetrie, and farre off from Historie; for indeed Poetrie euer sets vertue so out in her best cullours, making fortune her well-wayting handmayd, that one must needs be enamoured of her. Well may you see Vlisses in a storme and in other hard plights, but they are but exercises of patience & magnanimitie, to make thē shine the more in the neare following prosperitie. And of the contrary part, if euill men come to the stage, they euer goe out (as the Tragedie writer answered to one that misliked the shew of such persons) so manicled as they litle animate folkes to follow them. But the Historie beeing captiued to the trueth of a foolish world, is many times a terror from well-doing, and an encouragement to vnbrideled wickednes. For see we not valiant Milciades rot in his fetters? The iust Phocion and the accomplished Socrates, put to death like Traytors? The cruell Seuerus, liue prosperously? The excellent Seuerus miserably murthered? Sylla and Marius dying in their beds? Pompey and Cicero slain then when they wold haue thought exile a happinesse? See we not vertuous Cato driuen to kill himselfe, and Rebell Cæsar so aduanced, that his name yet after 1600. yeares lasteth in the highest honor? And marke but euen Cæsars owne words of the forenamed Sylla, (who in that onely, did honestly to put downe his dishonest Tyrannie) Litteras nesciuit: as if want of learning caused him to doo well. He ment it not by Poetrie, which not content with earthly plagues, deuiseth new punishments in hell for Tyrants: nor yet by Philosophy, which teacheth Occidentos esse, but no doubt by skill in History, for that indeed can affoord you Cipselus, Periander, Phalaris, Dionisius, and I know not how many more of the same kennell, that speed well inough in their abhominable iniustice of vsurpation. I conclude therfore that he excelleth historie, not onely in furnishing the minde with knowledge, but in setting it forward to that which deserues to be called and accounted good: which setting forward and mouing to well doing, indeed setteth the Lawrell Crowne vpon the Poets as victorious, not onely of the Historian, but ouer the Philosopher, howsoeuer in teaching it may be questionable.

For suppose it be granted, that which I suppose with great reason may be denied, that the Philosopher in respect of his methodical proceeding, teach more perfectly then the Poet, yet do I thinke, that no man is so much GREEK HERE, as to compare the Philosopher in moouing with the Poet. And that moouing is of a higher degree then teaching, it may by this appeare, that it is well nigh both the cause and effect of teaching. For who will be taught, if hee be not mooued with desire to be taught? And what so much good doth that teaching bring foorth, (I speake still of morall doctrine) as that it mooueth one to do that which it doth teach. For as Aristotle saith, it is not γνοσις, but ῶραξις must be the frute: and how ῶραξις can be without being moued to practise, it is no hard matter to consider. The Philosopher sheweth you the way, hee enformeth you of the particularities, as well of the tediousnes of the way, as of the pleasaunt lodging you shall haue when your iourney is ended, as of the many by turnings that may diuert you from your way. But this is to no man but to him that will reade him, and reade him with attentiue studious painfulnesse, which constant desire, whosoeuer hath in him, hath alreadie past halfe the hardnesse of the way: and therefore is beholding to the Philosopher, but for the other halfe. Nay truly learned men haue learnedly thought, that where once reason hath so much ouer-mastered passion, as that the minde hath a free desire to doo well, the inward light each minde hath in it selfe, is as good as a Philosophers booke, since in Nature we know it is well, to doo well, and what is well, and what is euill, although not in the wordes of Art which Philosophers bestow vppon vs: for out of naturall conceit the Philosophers drew it; but to be moued to doo that which wee know, or to be moued with desire to know. Hoc opus, hic labor est.

Now therein of all Sciences I speake still of humane (and according to the humane conceit) is our Poet the Monarch. For hee doth not onely shew the way, but giueth so sweete a prospect into the way, as will entice anie man to enter into it: Nay he doth as if your iourney should lye through a faire vineyard, at the verie first, giue you a cluster of grapes, that full of that taste, you may long to passe further. Hee beginneth not with obscure definitions, which must blurre the margent with interpretations, and loade the memorie with doubtfulnesse: but hee commeth to you with words set in delightfull proportion, either accompanied with, or prepared for the well enchanting skill of Musicke, and with a tale forsooth he commeth vnto you, with a tale, which holdeth children from play, and olde men from the Chimney corner; and pretending no more, doth intend the winning of the minde from wickednes to vertue; euen as the child is often brought to take most wholesome things by hiding them in such other as haue a pleasaunt taste: which if one should begin to tell them the nature of the Alloes or Rhabarbarum they should receiue, wold sooner take their phisick at their eares then at their mouth, so is it in men (most of which, are childish in the best things, til they be cradled in their graues) glad they will be to heare the tales of Hercules, Achilles, Cyrus, Aeneas, and hearing them, must needes heare the right description of wisdom, value, and iustice; which if they had bene barely (that is to say Philosophically) set out, they would sweare they be brought to schoole againe; that imitation whereof Poetrie is, hath the most conueniencie to nature of al other: insomuch that as Aristotle saith, those things which in themselues are horrible, as cruel battailes, vnnatural monsters, are made in poeticall imitation, delightfull. Truly I haue knowne men, that euen with reading Amadis de gaule, which God knoweth, wanteth much of a perfect Poesie, haue found their hearts moued to the exercise of courtesie, liberalitie, and especially courage. Who readeth Aeneas carrying old Anchises on his backe, that wisheth not it were his fortune to performe so excellent an Act? Whom doth not those words of Turnus mooue, (the Tale of Turnus hauing planted his image in the imagination) fugientem haec terra videbit? Vsqueadeone mori miserum est? Wher the Philosophers as they think scorne to delight, so must they be content little to mooue; sauing wrangling whether Virtus be the chiefe or the onely good; whether the contemplatiue or the actiue life do excell; which Plato & Poetius well knew: and therefore made mistresse Philosophie verie often borrow the masking raiment of Poesie. For euen those hard hearted euill men who thinke vertue a schoole name, and know no other good but indulgere genio, and therefore despise the austere admonitions of the Philosopher, and feele not the inward reason they stand vpon, yet will be content to be delighted, which is all the good, fellow Poet seemes to promise; and so steale to see the form of goodnes, (which seene, they cannot but loue) ere themselues be aware, as if they tooke a medicine of Cheries.

Infinit proofes of the straunge effects of this Poeticall inuention, might be alleaged: onely two shall serue, which are so often remembred, as I thinke all men know them. The one of Menemus Agrippa, who when the whole people of Rome had resolutely diuided themselues from the Senate, with apparant shew of vtter ruine, though he were for that time an excellent Orator, came not amōg them vpon trust either of figuratiue speeches, or cunning insinuations, and much lesse with farre set Maximes of Philosophie, which especially if they were Platonike, they must haue learned Geometrie before they could well haue conceiued: but forsooth, he behaueth himselfe like a homely and familiar Poet. He telleth them a tale, that there was a time, when all the parts of the bodie made a mutinous conspiracie against the belly, which they thought deuoured the frutes of each others labour: they concluded they would let so vnprofitable a spender starue. In the end, to be short, for the tale is notorious, and as notorious that it was a tale, with punishing the belly they plagued themselues; this applied by him, wrought such effect in the people, as I neuer red, that onely words brought foorth: but then so suddaine and so good an alteration, for vpon reasonable conditions, a perfect reconcilement ensued. The other is of Nathan the Prophet, who when the holie Dauid, had so farre forsaken God, as to confirme Adulterie with murther, when he was to do the tendrest office of a friend, in laying his owne shame before his eyes; sent by God to call againe so chosen a seruant, how doth he it? but by telling of a man whose beloued lambe was vngratefully taken from his bosome. The Application most diuinely true, but the discourse it selfe fained; which made Dauid (I speake of the second and instrumentall cause) as in a glasse see his owne filthinesse, as that heauenly Psalme of mercie well testifieth. By these therefore examples and reasons. I thinke it may be manifest, that the Poet with that same hand of delight, doth draw the mind more effectually then any other Art doth. And so a conclusion not vnfitly ensue, that as vertue is the most excellēt resting place for al worldly learning to make his end of, so Poetry being the most familiar to teach it, and most Princely to moue towards it, in the most excellent worke, is the most excellent workeman.

But I am content not onely to decipher him by his workes (although workes in commendation and dispraise, must euer hold a high authoritie) but more narrowly will examine his parts, so that (as in a man) though altogither may carrie a presence full of maiestie and bewtie, perchance in some one defectuous peece we may finde blemish: Now in his parts, kindes, or species, as you list to tearme them, it is to be noted, that some Poesies haue coupled togither two or three kindes, as the Tragicall and Comicall, whereupon is risen the Tragicomicall, some in the maner haue mingled prose and verse, as Sanazara and Boetius; some haue mingled matters Heroicall and Pastorall, but that commeth all to one in this question, for if seuered they be good, the coniunction cannot be hurtfull: therefore perchance forgetting some, and leauing some as needlesse to be remembred. It shall not bee amisse, in a word to cite the speciall kindes, to see what faults may be found in the right vse of them.

Is it then the Pastorall Poeme which is misliked? (For perchance where the hedge is lowest they will soonest leape ouer) is the poore pipe disdained, which somtimes out of Mælibeus mouth, can shewe the miserie of people, vnder hard Lords and rauening souldiers? And again by Titerus, what blessednesse is deriued, to them that lie lowest, from the goodnesse of them that fit highest? Sometimes vnder the prettie tales of Woolues and sheepe, can enclude the whole considerations of wrong doing and patience; sometimes shew that contentions for trifles, can get but a trifling victory, wher perchance a man may see, that euen Alexander & Darius, when they straue who should be Cocke of this worldes dunghill, the benefit they got, was, that the afterliuers may say, Hæc memini & victum frustra contendere Thirsim. Ex illo Coridon, Coridon est tempore nobis.

Or is it the lamenting Elegiack, which in a kinde heart would mooue rather pittie then blame, who bewaileth with the great Philosopher Heraclitus, the weakenesse of mankinde, and the wretchednesse of the world: who surely is to bee praised either for compassionate accompanying iust causes of lamentations, or for rightlie painting out how weake be the passions of wofulnesse? Is it the bitter but wholesome Iambick, who rubbes the galled minde, in making shame the Trumpet of villanie, with bolde and open crying out against naughtinesse? Or the Satirick, who Omne vafer vitium ridenti tangit amico, who sportingly, neuer leaueth, till he make a man laugh at follie; and at length ashamed, to laugh at himself; which he cannot auoyde, without auoyding the follie? who while Circum præcordia ludit, giueth vs to feele how many headaches a passionate life bringeth vs to? How when all is done, Est Vlubris animus si nos non deficit æquus.

No perchance it is the Comick, whom naughtie Play-makers and stage-keepers, haue iustly made odious. To the arguments of abuse, I will after answer, onely thus much now is to be said, that the Comedy is an imitatiō of the cōmon errors of our life, which he representeth in the most ridiculous & scornfull sort that may be: so as it is impossible that any beholder can be content to be such a one. Now as in Geometrie, the oblique must be knowne as well as the right, and in Arithmetick, the odde as well as the euen, so in the actions of our life, who seeth not the filthinesse of euill, wanteth a great foile to perceiue the bewtie of vertue. This doth the Comædie handle so in our priuate and domesticall matters, as with hearing it, wee get as it were an experience what is to be looked for of a niggardly Demea, of a craftie Dauus, of a flattering Gnato, of a vain-glorious Thraso: and not onely to know what effects are to be expected, but to know who be such, by the signifying badge giuen them by the Comædient. And litle reason hath any man to say, that men learne the euill by seeing it so set out, since as I said before, there is no man liuing, but by the force truth hath in nature, no sooner seeth these men play their parts, but wisheth them in Pistrinum, although perchance the sack of his owne faults lie so behinde his backe, that he seeth not himselfe to dance the same measure: wherto yet nothing can more open his eies, then to see his owne actions contemptibly set forth. So that the right vse of Comædie, will I thinke, by no bodie be blamed; and much lesse of the high and excellent Tragedie, that openeth the greatest woundes, and sheweth forth the Vlcers that are couered with Tissue, that maketh Kings feare to be Tyrants, and Tyrants manifest their tyrannicall humours, that with sturring the affects of Admiration and Comiseration, teacheth the vncertaintie of this world, and vppon how weak foundations guilden roofes are builded: that maketh vs know, Qui scæptra sæuus duro imperio regit, Timet timentes, metus in authorem redit. But how much it can moue, Plutarch yeeldeth a notable testimonie of the abhominable Tyrant Alexander Pheræus, from whose eyes a Tragedie well made and represented, drew abundance of teares, who without all pittie had murthered infinite numbers, and some of his owne bloud: so as he that was not ashamed to make matters for Tragedies, yet could not resist the sweete violence of a Tragedie. And if it wrought no further good in him, it was, that he in despight of himself, withdrew himselfe from hearkening to that which might mollifie his hardened heart. But it is not the Tragedie they do mislike, for it were too absurd to cast our so excellent a representation of whatsoeuer is most woorthie to be learned.

Is it the Lyricke that moste displeaseth, who with his tuned Lyre and well accorded voice, giueth praise, the reward of vertue, to vertuous acts? who giueth morall preceptes and naturall Problemes, who sometime raiseth vp his voyce to the height of the heauens, in singing the laudes of the immortall God? Certainly I must confesse mine owne barbarousnesse, I neuer heard the old Song of Percy and Duglas, that I founde not my heart mooued more then with a Trumpet; and yet is it sung but by some blinde Crowder, with no rougher voyce, then rude stile: which being so euill apparelled in the dust and Cobwebbes of that vnciuill age, what would it worke, trimmed in the gorgious eloquence of Pindare? In Hungarie I haue seene it the manner at all Feastes and other such like meetings, to haue songs of their ancestors valure, which that right souldierlike nation, think one of the chiefest kindlers of braue courage. The incomperable Lacedemonians, did not onelie carrie that kinde of Musicke euer with them to the field, but euen at home, as such songs were made, so were they all content to be singers of them: when the lustie men were to tell what they did, the old men what they had done, and the yoong what they would doo. And where a man may say that Pindare many times praiseth highly Victories of small moment, rather matters of sport then vertue, as it may be answered, it was the fault of the Poet, and not of the Poetrie; so indeed the chiefe fault was, in the time and custome of the Greekes, who set those toyes at so high a price, that Phillip of Macedon reckoned a horse-race wonne at Olympus, among his three fearefull felicities. But as the vnimitable Pindare often did, so is that kind most capable and most fit, to awake the thoughts from the sleepe of idlenesse, to embrace honourable enterprises.

Their rests the Heroicall, whose verie name I thinke should daunt all backbiters. For by what conceit can a tongue bee directed to speake euil of that which draweth with him no lesse champions then Achilles, Cirus, Aeneas, Turnus, Tideus, Rinaldo, who doeth not onely teache and mooue to a truth, but teacheth and mooueth to the most high and excellent truth: who maketh magnanimitie and iustice, shine through all mistie fearefulnesse and foggie desires. Who if the saying of Plato and Tully bee true, that who could see vertue, woulde bee woonderfullie rauished with the loue of her bewtie. This man setteth her out to make her more louely in her holliday apparrell, to the eye of anie that will daine, not to disdaine vntill they vnderstand. But if any thing be alreadie said in the defence of sweete Poetrie, all concurreth to the mainteining the Heroicall, which is not onelie a kinde, but the best and most accomplished kindes of Poetrie. For as the Image of each Action stirreth and instructeth the minde, so the lostie Image of such woorthies, moste enflameth the minde with desire to bee woorthie: and enformes with counsaile how to bee woorthie. Onely let Aeneas bee worne in the Tablet of your memorie, how hee gouerneth himselfe in the ruine of his Countrey, in the preseruing his olde Father, and carrying away his religious Ceremonies, in obeying Gods Commaunment, to leaue Dido, though not onelie all passionate kindnesse, but euen the humane consideration of vertuous gratefulnesse, would haue craued other of him: how in stormes, how in sports, how in warre, how in peace, how a fugitiue, how victorious, how besieged, how besieging, how to straungers, how to Allies, how to enemies, how to his owne. Lastly, how in his inwarde selfe, and howe in his outward gouernment, and I thinke in a minde moste preiudiced with a preiudicating humour, Hee will bee founde in excellencie fruitefull. Yea as Horace saith, Melius Chrisippo & Crantore: but truly I imagin it falleth out with these Poet-whippers, as with some good women who often are sicke, but in faith they cannot tel where. So the name of Poetrie is odious to them, but neither his cause nor effects, neither the summe that containes him, nor the particularities descending from him, giue any fast handle to their carping dispraise.

Since then Poetrie is of al humane learnings the most ancient, and of most fatherly antiquitie, as from whence other learnings haue taken their beginnings; Since it is so vniuersall, that no learned nation doth despise it, nor barbarous nation is without it; Since both Romane & Greeke gaue such diuine names vnto it, the one of prophesying, the other of making; and that indeed that name of making is fit for him, considering, that where all other Arts retain themselues within their subiect, and receiue as it were their being from it. The Poet onely, onely bringeth his own stuffe, and doth not learn a Conceit out of a matter, but maketh matter for a Conceit. Since neither his description, nor end, containing any euill, the thing described cannot be euil; since his effects be so good as to teach goodnes, and delight the learners of it; since therein (namely in morall doctrine the chiefe of all knowledges) hee doth not onely farre passe the Historian, but for instructing is well nigh comparable to the Philosopher, for mouing, leaueth him behind him. Since the holy scripture (wherein there is no vncleannesse) hath whole parts in it Poeticall, and that euen our Sauior Christ vouchsafed to vse the flowers of it: since all his kindes are not onely in their vnited formes, but in their seuered dissections fully commendable, I thinke, (and thinke I thinke rightly) the Lawrell Crowne appointed for tryumphant Captaines, doth worthily of all other learnings, honour the Poets triumph.

But bicause we haue eares as well as toongs, and that the lightest reasons that may be, will seeme to waigh greatly, if nothing be put in the counter-ballance, let vs heare, and as well as we can, ponder what obiections be made against this Art, which may be woorthie either of yeelding, or answering. First truly I note, not onely in these μυοιμουσος, Poet-haters, but in all that kind of people who seek a praise, by dispraising others, that they do prodigally spēd a great many wandring words in quips and scoffes, carping and taunting at each thing, which by sturring the spleene, may staie the brain from a through beholding the worthinesse of the subiect. Those kind of obiections, as they are full of a verie idle easinesse, since there is nothing of so sacred a maiestie, but that an itching toong may rub it selfe vpon it, so deserue they no other answer, but in steed of laughing at the ieast, to laugh at the ieaster. We know a playing wit can praise the discretion of an Asse, the comfortablenes of being in debt, and the iolly commodities of being sicke of the plague. So of the contrary side, if we will turne Ouids verse, Vt lateat virtus, prox imitate mali, that good lye hid, in nearnesse of the euill. Agrippa will be as mery in shewing the vanitie of Science, as Erasmus was in the commending of folly: neither shal any man or matter, escape some touch of these smiling Raylers. But for Erasmus and Agrippa, they had an other foundation then the superficiall part would promise. Marry these other pleasaunt fault-finders, who will correct the Verbe, before they vnderstand the Nowne, and confute others knowledge, before they confirme their owne, I would haue them onely remember, that scoffing commeth not of wisedome; so as the best title in true English they get with their meriments, is to be called good fooles: for so haue our graue forefathers euer tearmed that humorous kinde of iesters.

But that which giueth greatest scope to their scorning humor, is ryming and versing. It is alreadie said (and as I thinke truly said) it is not ryming and versing that maketh Poesie: One may be a Poet without versing, and a versefier without Poetrie. But yet presuppose it were inseperable, as indeed it seemeth Scalliger iudgeth truly, it were an inseperable commendation. For if Oratio, next to Ratio, Speech next to Reason, be the greatest gift bestowed vpon Mortalitie, that cannot bee praiselesse, which doth most polish that blessing of speech; which considereth each word not onely as a man may say by his forcible qualitie, but by his best measured quantity: carrying euen in themselues a Harmonie, without perchance number, measure, order, proportion, be in our time growne odious. But laie aside the iust praise it hath, by being the onely fit speech for Musicke, (Musicke I say the most diuine striker of the senses) Thus much is vndoubtedly true, that if reading be foolish without remembring, Memorie being the onely treasure of knowledge, those words which are fittest for memory, are likewise most conuenient for knowledge.

Now that Verse far exceedeth Prose, in the knitting vp of the memorie, the reason is manifest, the words (besides their delight, which hath a great affinitie to memorie) being so set as one cannot be lost, but the whole woorke failes: which accusing it selfe, calleth the remembrance back to it selfe, and so most strongly confirmeth it. Besides one word, so as it were begetting an other, as be it in rime or measured verse, by the former a mā shall haue a neare gesse to the follower. Lastly euen they that haue taught the Art of memory, haue shewed nothing so apt for it, as a certain roome diuided into many places, well & throughly knowne: Now that hath the verse in effect perfectly, euerie word hauing his natural seat, which seat must needs make the word remembred. But what needes more in a thing so knowne to all men. Who is it that euer was scholler, that doth not carry away som verses of Virgil, Horace, or Cato, which in his youth hee learned, and euē to his old age serue him for hourely lessons; as Percontatorem fugito nam garrulus idem est, Dum tibi quisq; placet credula turba sumas. But the fitnes it hath for memorie, is notably prooued by all deliuerie of Arts, wherein for the most part, from Grammer, to Logick, Mathematickes, Phisick, and the rest, the Rules chiefly necessaie to be borne away, are compiled in verses. So that verse being in it selfe sweet and orderly, and being best for memorie, the onely handle of knowledge, it must be in iest that any man can speak against it.

Now then goe we to the most important imputations laid to the poore Poets, for ought I can yet learne, they are these. First, that there beeing manie other more frutefull knowledges, a man might better spend his time in them, then in this. Secondly, that it is the mother of lyes. Thirdly, that it is the nurse of abuse, infecting vs with many pestilent desires, with a Sirens sweetnesse, drawing the minde to the Serpents taile of sinfull fansies; and herein especially Comedies giue the largest field to eare, as Chawcer saith, how both in other nations and in ours, before Poets did soften vs, we were full of courage giuē to martial exercises, the pillers of manlike libertie, and not lulled a sleepe in shadie idlenes, with Poets pastimes. And lastly and chiefly, they cry out with open mouth as if they had ouershot Robinhood, that Plato banished them out of his Commonwealth. Truly this is much, if there be much truth in it. First to the first. That a man might better spend his time, is a reason indeed: but it doth as they say, but petere principium. For if it be, as I affirme, that no learning is so good, as that which teacheth and moueth to vertue, and that none can both teach and moue thereto so much as Poesie, then is the conclusion manifest; that incke and paper cannot be to a more profitable purpose imployed. And certainly though a man should graunt their first assumption, it should follow (mee thinks) very vnwillingly, that good is not good, because better is better. But I still and vtterly deny, that there is sprung out of earth a more fruitfull knowledge. To the second therfore, that they should be the principall lyers, I answere Paradoxically, but truly, I think truly: that of all writers vnder the Sunne, the Poet is the least lyer: and though he wold, as a Poet can scarcely be a lyer. The Astronomer with his cousin the Geometrician, can hardly escape, when they take vpon them to measure the height of the starres. How often thinke you do the Phisitians lie, when they auerre things good for sicknesses, which afterwards send Charon a great number of soules drownd in a potion, before they come to his Ferrie? And no lesse of the rest, which take vpon them to affirme. Now for the Poet, he nothing affirmeth, and therefore neuer lieth: for as I take it, to lie, is to affirme that to bee true, which is false. So as the other Artistes, and especially the Historian, affirming manie things, can in the clowdie knowledge of mankinde, hardly escape from manie lies. But the Poet as I said before, neuer affirmeth, the Poet neuer maketh any Circles about your imaginatiō, to coniure you to beleeue for true, what he writeth: he citeth not authorities of other histories, but euē for his entrie, calleth the sweete Muses to inspire vnto him a good inuention. In troth, not laboring to tel you what is, or is not, but what should, or should not be. And therefore though he recount things not true, yet because he telleth them not for true, he lieth not: without we will say, that Nathan lied in his speech before alleaged to Dauid, which as a wicked man durst scarce say, so think I none so simple, wold say, that Esope lied, in the tales of his beasts: for who thinketh that Esope wrote it for actually true, were wel worthie to haue his name Cronicled among the beasts he writeth of. What childe is there, that comming to a play, and seeing Thebes written in great letters vpon an old doore, doth beleeue that it is Thebes? If then a man can arriue to the childes age, to know that the Poets persons and dooings, are but pictures, what should be, and not stories what haue bin, they will neuer giue the lie to things not Affirmatiuely, but Allegorically and figuratiuely written; and therefore as in historie looking for truth, they may go away full fraught with falshood: So in Poesie, looking but for fiction, they shall vse the narration but as an imaginatiue ground plat of a profitable inuention.

But hereto is replied, that the Poets giue names to men they write of, which argueth a conceit of an actuall truth, and so not being true, prooueth a falshood. And dooth the Lawier lye, then when vnder the names of Iohn of the Stile, and Iohn of the Nokes, hee putteth his Case? But that is easily answered, their naming of men, is but to make their picture the more liuely, and not to build anie Historie. Painting men, they cannot leaue men namelesse: wee see, wee cannot plaie at Chestes, but that wee must giue names to our Chessemen; and yet mee thinkes he were a verie partiall Champion of truth, that would say wee lyed, for giuing a peece of wood the reuerende title of a Bishop. The Poet nameth Cyrus and Aeneas, no other way, then to shewe what men of their fames, fortunes, and estares, should doo.

Their third is, how much it abuseth mens wit, training it to wanton sinfulnesse, and lustfull loue. For indeed that is the principall if not onely abuse, I can heare alleadged. They say the Comedies rather teach then reprehend amorous cōceits. They say the Lirick is larded with passionat Sonets, the Elegiack weeps the want of his mistresse, and that euen to the Heroical, Cupid hath ambitiously climed. Alas Loue, I would thou couldest as wel defend thy selfe, as thou canst offend others: I would those on whom thou doest attend, could either put thee away, or yeeld good reason why they keepe thee. But grant loue of bewtie to be a beastly fault, although it be verie hard, since onely man and no beast hath that gift to discerne bewtie, graunt that louely name of loue to deserue all hatefull reproches, although euen some of my maisters the Philosophers spent a good deale of their Lampoyle in setting foorth the excellencie of it, graunt I say, what they will haue graunted, that not onelie loue, but lust, but vanitie, but if they list scurrilitie, possesse manie leaues of the Poets bookes, yet thinke I, when this is graunted, they will finde their sentence may with good manners put the last words foremost; and not say, that Poetrie abuseth mans wit, but that mans wit abuseth Poetrie.

For I will not denie, but that mans wit may make Poesie, which should be ρικαστικὴ, which some learned haue defined figuring foorth good things to be φανταστικὴ which doth contrariwise infect the fancie with vnwoorthie obiects, as the Painter should giue to the eye either some excellent perspectiue, or some fine Picture fit for building or fortification, or containing in it some notable example, as Abraham sacrificing his sonne Isaack, Iudith killing Holofernes, Dauid fighting with Golias, may leaue those, and please an ill pleased eye with wanton shewes of better hiddē matters. But what, shal the abuse of a thing, make the right vse odious? Nay truly though I yeeld, that Poesie may not onely be abused, but that being abused by the reason of his sweete charming force, it can do more hurt then anie other armie of words: yet shall it be so farre from concluding, that the abuse should giue reproach to the abused, that cōtrariwise, it is a good reason, that whatsoeuer being abused, doth most harme, being rightly vsed (and vpon the right vse, ech thing receiues his title) doth most good. Do we not see skill of Phisicke the best ramper to our often assaulted bodies, being abused, teach poyson the most violent destroyer? Doth not knowledge of Law, whose end is, to euen & right all things, being abused, grow the crooked fosterer of horrible iniuries? Doth not (to go to the highest) Gods word abused, breede heresie, and his name abused, become blasphemie? Truly a Needle cannot do much hurt, and as truly (with leaue of Ladies be it spoken) it cannot do much good. With a swoord thou maist kill thy Father, and with a swoord thou maist defende thy Prince and Countrey: so that, as in their calling Poets, fathers of lies, they said nothing, so in this their argument of abuse, they prooue the commendation.

They alledge herewith, that before Poets began to be in price, our Nation had set their hearts delight vppon action, and not imagination, rather doing things worthie to be written, thē writing things fit to be done. What that before time was, I think scarcely Spinx can tell: since no memerie is so ancient, that hath not the precedens of Poetrie. And certain it is, that in our plainest homelines, yet neuer was the Albion Nation without Poetrie. Marry this Argument, though it be leuiled against Poetrie, yet is it indeed a chain-shot against all learning or bookishnes, as they commonly terme it. Of such mind were certaine Gothes, of whom it is written, that hauing in the spoile of a famous Cittie, taken a faire Librarie, one hangman belike fit to execute the frutes of their wits, who had murthered a great number of bodies, woulde haue set fire in it. No said an other verie grauely, take heed what you do, for while they are busie about those toyes, wee shall with more leisure conquere their Countries. This indeed is the ordinarie doctrine of ignorance, and many words sometimes I haue heard spent in it: but bicause this reason is generally against al learning, as wel as Poetrie, or rather all learning but Poetrie, because it were too large a digression to handle it, or at least too superfluous, since it is manifest that all gouernment of action is to be gotten by knowledge, and knowledge best, by gathering manie knowledges, which is reading; I onely with Horace, to him that is of that opinion, Iubio stultum esse libenter: for as for Poetrie it selfe, it is the freest from this obiection, for Poetrie is the Companion of Camps. I dare vndertake, Orlando Furioso, or honest king Arthure, will neuer displease a souldier: but the quidditie of Ens & Prima materia, will hardly agree with a Corcelet. And therefore as I said in the beginning, euen Turkes and Tartars, are delighted with Poets. Homer a Creeke, flourished, before Greece flourished: and if to a slight coniecture, a coniecture may bee apposed, truly it may seem, that as by him their learned mē tooke almost their first light of knowledge, so their actiue men, receiued their first motions of courage. Onely Alexanders example may serue, who by Plutarche is accounted of such vertue, that fortune was not his guide, but his footestoole, whose Acts speake for him, though Plutarche did not: indeede the Phaenix of warlike Princes. This Alexander, left his Schoolemaister liuing Aristotle behinde him, but tooke dead Homer with him. Hee put the Philosopher Callisthenes to death, for his seeming Philosophicall, indeed mutinous stubbornnesse, but the chiefe thing hee was euer heard to wish for, was, that Homer had bene aliue. Hee well founde hee receiued more brauerie of minde by the paterne of Achilles, then by hearing the definition of fortitude. And therefore if Cato misliked Fuluius for carrying Ennius with him to the field, It may be answered, that if Cato misliked it, the Noble Fuluius liked it, or else he had not done it; for it was not the excellent Cato Vticencis, whose authoritie I would much more haue reuerenced: But it was the former, in truth a bitter punisher of faultes, but else a man that had neuer sacrificed to the Graces. Hee misliked and cried out against all Greeke learning, and yet being foure score yeares olde beganne to learne it, belike fearing that Pluto vnderstood not Latine. Indeed the Romane lawes allowed no person to bee carried to the warres, but hee that was in the souldiers Role. And therefore though Cato misliked his vnmustred person, he misliked not his worke. And if hee had, Scipio Nasica (iudged by common consent the best Romane) loued him: both the other Scipio brothers, who had by their vertues no lesse surnames then of Asia and Affricke, so loued him, that they caused his bodie to be buried in their Sepulture. So as Catoes authoritie beeing but against his person, and that answered with so farre greater then himselfe, is herein of no validitie.

But now indeede my burthen is great, that Plato his name is laide vppon mee, whom I must confesse of all Philosophers, I haue euer esteemed most worthie of reuerence; and with good reason, since of all Philosophers hee is the most Poeticall: yet if hee will defile the fountaine out of which his flowing streames haue proceeded, let vs boldly examine with what reasons hee did it. First truly a man might maliciously obiect, that Plato being a Philosopher, was a naturall enemy of Poets. For indeede after the Philosophers had picked out of the sweete misteries of Poetrie, the right discerning true points of knowledge: they foorthwith putting it in methode, and making a Schoole Art of that which the Poets did onely teach by a diuine delightfulnes, beginning to spurne at their guides, like vngratefull Prentices, were not content to set vp shop for themselues, but sought by all meanes to discredit their maisters, which by the force of delight being barred them, the lesse they could ouerthrow them, the more they hated them. For indeed they found for Homer, seuen Cities straue who should haue him for their Cittizen, where many Cities banished Philosophers, as not fit members to liue among them. For onely repeating certaine of Euripides verses, many Atheniens had their liues saued of the Siracusans, where the Atheniens themselues thought many Philosophers vnworthie to liue. Certaine Poets, as Simonides, and Pindarus, had so preuailed with Hiero the first, that of a Tyrant they made him a iust King: where Plato could do so little with Dionisius, that he himselfe of a Philosopher, was made a slaue. But who should do thus, I confesse should requite the obiections made against Poets, with like cauillations against Philosophers: as likewise one should do, that should bid one read Phædrus or Simposium in Plato, or the discourse of loue in Plutarch, and see whether any Poet do authorise abhominable filthinesse as they doo. Againe, a man might aske, out of what Common-wealth Plato doth banish them, in sooth, thence where he himselfe alloweth communitie of women. So as belike this banishment grew not for effeminate wantonnesse, since little should Poetical Sonnets be hurtful, when a man might haue what woman he listed. But I honor Philosophicall instructions, and blesse the wits which bred them: so as they be not abused, which is likewise stretched to Poetrie. S. Paul himselfe sets a watch-word vppon Philosophie, indeed vppon the abuse. So doth Plato vppon the abuse, not vpon Poetrie. Plato found fault that the Poettes of his time, filled the worlde with wrng opinions of the Gods, making light tales of that vnspotted essence; and therfore wold not haue the youth depraued with such opinions: heerein may much be said; let this suffice. The Poets did not induce such opinions, but did imitate those opinions alreadie induced. For all the Greeke stories can well testifie, that the verie religiō of that time, stood vpon many, and many fashioned Gods: Not taught so by Poets, but followed according to their nature of imitation. Who list may read in Plutarch, the discourses of Isis and Osiris, of the cause why Oracles ceased, of the diuine prouidence, & see whether the Theology of that nation, stood not vpon such dreams, which the Poets indeede superstitiously obserued. And truly since they had not the light of Christ, did much better in it, then the Philosophers, who shaking off superstition, brought in Atheisme. Plato therfore, whose authoritie, I had much rather iustly cōsture, then vniustly resist: ment not in generall of Poets, in those words of which Iulius Scaliger saith; Qua authoritate barbari quidam atq; hispidi abuti velint ad poetas è rep. Exigendos. But only ment to driue out those wrong opinions of the Deitie: wherof now without further law, Christianitie hath taken away all the hurtful beliefe, perchance as he thought nourished by then esteemed Poets. And a man need go no further then to Plato himselfe to knowe his meaning: who in his Dialogue called Ion, giueth high, and rightly, diuine commendation vnto Poetrie. So as Plato banishing the abuse, not the thing, not banishing it, but giuing due honour to it, shall be our Patron, and not our aduersarie. For indeed, I had much rather, since truly I may do it, shew their mistaking of Plato, vnder whose Lyons skinne, they would make an Aslike braying against Poesie, then go about to ouerthrow his authoritie; whome the wiser a man is, the more iust cause he shall finde to haue in admiration: especially since he attributeth vnto Poesie, more then my selfe do; namely, to be a verie inspiring of a diuine force, farre aboue mans wit, as in the forenamed Dialogue is apparant.

Of the other side, who would shew the honours haue bene by the best sort of iudgements graunted them, a whole sea of examples woulde present themselues; Alexanders, Cæsars, Scipioes, all fauourers of Poets: Lælius, called the Romane Socrates himselfe a Poet; so as part of Heautontimoroumenon in Terence, was supposed to bee made by him. And euen the Greeke Socrates, whome Appollo confirmed to bee the onely wise man, is said to haue spent part of his olde time in putting Esopes Fables into verses. And therefore full euill should it become his scholler Plato, to put such words in his maisters mouth against Poets. But what needs more? Aristotle writes the Arte of Poesie, and why, if it should not bee written? Plutarche teacheth the vse to bee gathered of them, and how, if they should not bee reade? And who reades Plutarches either Historie or Philosophie, shall finde hee trimmeth both their garments with gardes of Poesie. But I list not to defend Poesie with the helpe of his vnderling Historiographie. Let it suffice to haue shewed, it is a fit soyle for praise to dwell vppon: and what dispraise may set vppon it, is either easily ouercome, or transformed into iust commendation. So that since the excellencies of it, may bee so easily and so iustly confirmed, and the lowe creeping obiections so soone trodden downe, it not beeing an Art of lyes, but of true doctrine; not of effœminatenesse, but of notable stirring of courage; not of abusing mans wit, but of strengthening mans wit; not banished, but honored by Plato; Let vs rather plant more Lawrels for to ingarland the Poets heads (which honor of being Lawreate, as besides them onely triumphant Captaines were, is a sufficient authoritie to shewe the price they ought to bee held in) then suffer the ill sauoured breath of such wrong speakers once to blow vppon the cleare springs of Poesie.

But since I haue runne so long a Carrier in this matter, me thinkes before I giue my penne a full stoppe, it shall be but a litle more lost time, to enquire why England the Mother of excellent mindes should be growne so hard a stepmother to Poets, who certainely in wit ought to passe all others, since all onely proceedes from their wit, beeing indeed makers of themselues, not takers of others. How can I but exclaime. Musa mihi causas memoria quo numine læso, Sweete Poesie that hath aunciently had Kings, Emperours, Senatours, great Captaines, such as besides a thousandes others, Dauid, Adrian, Sophocles, Germanicus, not onelie to fauour Poets, but to bee Poets: and of our nearer times, can present for her Patrons, a Robert King of Scicill, the great King Fraunces of Fraunce, King Iames of Scotland; such Cardinalls as Bembus, and Bibiena; suche famous Preachers and Teachers, as Beza and Melanchchon; so learned Philosophers, as Fracastorius, and Scaliger; so great Orators, as Pontanus, and Muretus; so pearcing wits, as George Buchanan; so graue Counsailours, as besides manie, but before all, that Hospitall of Fraunce; then whome I thinke that Realme neuer brought forth a more accomplished iudgement, more firmly builded vpō vertue: I say these with numbers of others, not onely to read others Poesies, but to poetise for others reading; that Poesie thus embraced in all other places, should onely finde in our time a hard welcome in England. I thinke the verie earth laments it, and therefore deckes our soyle with fewer Lawrels then it was accustomed. For heretofore, Poets haue in England also flourished: and which is to be noted, euen in those times when the Trumpet of Mars did sonnd lowdest. And now that an ouer faint quietnesse should seeme to strowe the house for Poets. They are almost in as good reputation, as the Mountebanckes at Venice. Truly euen that, as of the one side it giueth great praise to Poesie, which like Venus (but to better purpose) had rather be troubled in the net with Mars, then enioy the homely quiet of Vulcan. So serueth it for a peece of a reasō, why they are lesse gratefull to idle England, which now can scarce endure the paine of a penne. Vpon this necessarily followeth, that base men with seruill wits vndertake it, who thinke it inough if they can be rewarded of the Printer: and so as Epaminandas is said with the honor of his vertue to haue made an Office, by his exercising it, which before was contemtible, to become highly respected: so these men no more but setting their names to it, by their own disgracefulnesse, disgrace the most gracefull Poesie. For now as if all the Muses were got with childe, to bring forth bastard Poets: without any commission, they do passe ouer the Bankes of Helicon, till they make the Readers more wearie then Post-horses: while in the meane time, they Queis meliore luto finxit præcordia Titan, are better content to suppresse the out-flowings of their wit, then by publishing them, to be accounted Knights of the same order. But I that before euer I durst aspire vnto the dignitie, am admitted into the companie of the Paper-blurrers, do finde the verie true cause of our wanting estimation, is want of desert, taking vppon vs to be Poets, in despite of Pallas. Now wherein we want desert, were a thank woorthie labour to expresse. But if I knew I should haue mended my selfe, but as I neuer desired the title, so haue I neglected the meanes to come by it, onely ouer-mastered by some thoughts, I yeelded an inckie tribute vnto them. Marrie they that delight in Poesie it selfe, should seek to know what they do, and how they do: and especially looke themselues in an vnflattering glasse of reason, if they be enclinable vnto it. For Poesie must not be drawne by the eares, it must be gently led, or rather it must lead, which was partly the cause that made the auncient learned affirme, it was a diuine gift & no humane skil; since all other knowledges lie readie for anie that haue strength of wit: A Poet no industrie can make, if his owne Genius be not carried into it. And therefore is an old Prouerbe, Orator fit, Pæta nascitur. Yet conconfesse I alwaies, that as the fertilest ground must be manured, so must the highest flying wit haue a Dedalus to guide him. That Dedalus they say both in this and in other, hath three wrings to beare it selfe vp into the aire of due commendation: that is Art, Imitation, and Exercise. But these neither Artificiall Rules, nor imitatiue paternes, we much comber ourselues withall. Exercise indeed we do, but that verie fore-backwardly; for where we should exercise to know, we exercise as hauing knowne: and so is our braine deliuered of much matter, which neuer was begotten by knowledge. For there being two principall parts, Matter to be expressed by words, and words to expresse the matter: In neither, wee vse Art or imitation rightly. Our matter is, Quodlibet, indeed though wrongly performing, Ouids Verse. Quicquid conabor dicere, Versus erit: neuer marshalling it into anie assured ranck, that almost the Readers cannot tell where to finde themselues.

Chawcer vndoubtedly did excellently in his Troilus and Creseid: of whome trulie I knowe not whether to meruaile more, either that hee in that mistie time could see so clearly, or that wee in this cleare age, goe so stumblingly after him. Yet had hee great wants, fit to be forgiuen in so reuerent an Antiquitie. I account the Mirrour of Magistrates, meetly furnished of bewtiful partes. And in the Earle of Surreis Lirickes, manie thinges tasting of a Noble birth, and worthie of a Noble minde. The Sheepheards Kallender, hath much Poetrie in his Egloges, indeed woorthie the reading, if I be not deceiued. That same framing of his style to an olde rusticke language, I dare not allow: since neither Theocritus in Greeke, Virgill in Latine, nor Sanazara in Italian, did affect it. Besides these, I doo not remember to haue seene but fewe (to speake boldly) printed, that haue poeticall sinnewes in them. For proofe whereof, let but moste of the Verses bee put in prose, and then aske the meaning, and it will bee founde, that one Verse did but beget an other, without ordering at the first, what should bee at the last, which becomes a confused masse of words, with a tingling sound of ryme, barely accompanied with reasons.

Our Tragidies and Commedies, not without cause cryed out against, obseruing rules neither of honest ciuilitie, nor skilfull Poetrie. Excepting Gorboducke, (againe I say of those that I haue seen) which notwithstanding as it is full of stately speeches, and wel sounding phrases, clyming to the height of Seneca his style, and as full of notable morallitie, which it dooth most delightfully teach, and so obtaine the verie ende of Poesie. Yet in truth, it is verie defectious in the circumstaunces, which greeues mee, because it might not remaine as an exact moddell of all Tragidies. For it is faultie both in place and time, the two necessarie Companions of all corporall actions. For where the Stage should alway represent but one place, and the vttermoste time presupposed in it, should bee both by Aristotles precept, and common reason, but one day; there is both manie dayes and places, inartificially imagined. But if it bee so in Gorboducke, howe much more in all the the rest, where you shall haue Asia of the one side, and Affricke of the other, and so manie other vnder Kingdomes, that the Player when he comes in, must euer begin with telling where he is, or else the tale will not be conceiued. Now you shall haue three Ladies walke to gather flowers, and then we must beleeue the stage to be a garden. By and by we heare newes of shipwrack in the same place, then we are too blame if we accept it not for a Rock. Vpon the back of that, comes out a hidious monster with fire and smoke, and then the miserable beholders are bound to take it for a Caue: while in the meane time two Armies flie in, represented with soure swords & bucklers, and thē what hard hart wil not receiue it for a pitched field.

Now of time, they are much more liberall. For ordinarie it is, that two yoong Princes fall in loue, after many trauerses she is got with childe, deliuered of a faire boy: he is lost, groweth a man, falleth in loue, and is readie to get an other childe, and all this in two houres space: which howe absurd it is in sence, euen sence may imagine: and Arte hath taught, and all auncient examples iustified, and at this day the ordinarie players in Italie will not erre in. Yet will some bring in an example of Eunuche in Terence, that conteineth matter of two dayes, yet far short of twentie yeares. True it is, and so was it to be played in two dayes, and so fitted to the time it set foorth. And though Plautus haue in one place done amisse, let vs hit it with him, & not misse with him. But they will say, how then shall we set foorth a storie, which contains both many places, and many times? And do they not know that a Tragidie is tied to the lawes of Poesie and not of Historie: not bounde to follow the storie, but hauing libertie either to faine a quite new matter, or to frame the Historie to the most Tragicall conueniencie. Againe, many things may be told which cannot be shewed: if they know the difference betwixt reporting and representing. As for example, I may speake though I am here, of Peru, and in speech digresse from that, to the description of Calecut: But in action, I cannot represent it without Pacolets Horse. And so was the manner the Auncients tooke, by some Nuntius, to recount things done in former time or other place. Lastly, if they will represent an Historie, they must not (as Horace saith) beginne ab ouo, but they must come to the principall poynte of that one action which they will represent. By example this will be best expressed. I haue a storie of yoong Polidorus, deliuered for safeties sake with great riches, by his Father Priamus, to Polminester King of Thrace, in the Troyan warre time. He after some yeares, hearing the ouerthrowe of Priamus, for to make the treasure his owne, murthereth the Childe, the bodie of the Childe is taken vp, Hecuba, shee the same day, findeth a sleight to bee reuenged moste cruelly of the Tyrant. Where nowe would one of our Tragedie writers begin, but with the deliuerie of the Childe? Then should hee saile ouer into Thrace, and so spende I know not howe many yeares, and trauaile numbers of places. But where dooth Euripides? euen with the finding of the bodie, the rest leauing to be told by the spirite of Polidorus. This needes no further to bee enlarged, the dullest witte may conceiue it.

But besides these grosse absurdities, howe all their Playes bee neither right Tragedies, nor right Comedies, mingling Kinges and Clownes, not because the matter so carrieth it, but thrust in the Clowne by head and shoulders to play a part in maiesticall matters, with neither decencie nor discretion: so as neither the admiration and Commiseration, nor the right sportfulnesse is by their mongrell Tragicomedie obtained. I know Apuleius did somewhat so, but that is a thing recounted with space of time, not represented in one moment: and I knowe the Auncients haue one or two examples of Tragicomedies, as Plautus hath Amphitrio. But if we marke them well, wee shall finde that they neuer or verie daintily matche horne Pipes and Funeralls. So falleth it out, that hauing indeed no right Comedie in that Comicall part of our Tragidie, wee haue nothing but scurrillitie vnwoorthie of anie chaste eares, or some extreame shewe of doltishnesse, indeede fit to lift vp a loude laughter and nothing else: where the whole tract of a Comedie should be full of delight, as the Tragidie should bee still maintained in a well raised admiration. But our Comedients thinke there is no delight without laughter, which is verie wrong, for though laughter may come with delight, yet commeth it not of delight, as though delight should be the cause of laughter. But well may one thing breed both togither. Nay rather in themselues, they haue as it were a kinde of contrarietie: For delight wee scarcely doo, but in thinges that haue a conueniencie to our selues, or to the generall nature: Laughter almost euer commeth of thinges moste disproportioned to our selues, and nature. Delight hath a ioy in it either permanent or present. Laughter hath onely a scornfull tickling. For example, wee are rauished with delight to see a faire woman, and yet are farre from beeing mooued to laughter. Wee laugh at deformed creatures, wherein certainly wee cannot delight. We delight in good chaunces, wee laugh at mischaunces. We delight to heare the happinesse of our friendes and Countrey, at which hee were worthie to be laughed at, that would laugh: we shall contrarily laugh sometimes to finde a matter quite mistaken, and goe downe the hill against the byas, in the mouth of some such men as for the respect of them, one shall be hartily sorie, he cannot chuse but laugh, and so is rather pained, then delighted with laughter. Yet denie I not, but that they may goe well togither, for as in Alexanders picture well set out, wee delight without laughter, and in twentie madde Antiques, wee laugh without delight. So in Hercules, painted with his great beard and furious countenaunce, in a womans attyre, spinning, at Omphales commaundement, it breedes both delight and laughter: for the representing of so straunge a power in Loue, procures delight, and the scornefulnesse of the action, stirreth laughter. But I speake to this purpose, that all the ende of the Comicall part, bee not vppon suche scornefull matters as stirre laughter onelie, but mixe with it, that delightfull teaching whiche is the ende of Poesie. And the great faulte euen in that poynt of laughter, and forbidden plainly by Aristotle, is, that they stirre laughter in sinfull things, which are rather execrable then ridiculous: or in miserable, which are rather to be pitied then scorned. For what is it to make folkes gape at a wretched begger, and a beggerly Clowne: or against lawe of hospitalitie, to least at straungers, because they speake not English so well as we do? What doo we learne, since it is certaine, Nil habet infœlix paupertas durius in se, Quam quod ridiculos homines facit. But rather a busie louing Courtier, and a hartlesse threatning Thraso; a selfe-wise seeming Schoolemaister, a wry transformed Traueller: these if we saw walke in Stage names, which we plaie naturally, therein were delightfull laughter, and teaching delightfulnesse, as in the other the Tragidies of Buchanan do iustly bring foorth a a diuine admiration.

But I haue lauished out too many words of this Play-matter; I do it, because as they are excelling parts of Poesie, so is there none so much vsed in England, and none can be more pittifully abused: which like an vnmannerly daughter, shewing a bad education, causeth her mother Poesies honestie to be called in question. Other sort of Poetrie, almost haue we none, but that Lyricall kind of Songs and Sonets; which Lord, if he gaue vs so good mindes, how well it might be employed, and with how heauenly fruites, both priuate and publike, in singing the praises of the immortall bewtie, the immortall goodnes of that God, who giueth vs hands to write, and wits to conceiue: of which we might wel want words, but neuer matter, of which we could turne our eyes to nothing, but we should euer haue new budding occasions. But truly many of such writings as come vnder the banner of vnresistable loue, if I were a mistresse, would neuer perswade mee they were in loue: so coldly they applie firie speeches, as men that had rather redde louers writings, and so caught vp certaine swelling Phrases, which hang togither like a man that once tolde me the winde was at Northwest and by South, because he would be sure to name winds inough, then that in truth they feele those passions, which easily as I thinke, may be bewraied by that same forciblenesse or Euergia, (as the Greeks call it of the writer). But let this be a sufficient, though short note, that we misse the right vse of the materiall point of Poesie.

Now for the outside of it, which is words, or (as I may tearme it) Diction, it is euen well worse: so is it that hony-flowing Matrone Eloquence, apparrelled, or rather disguised, in a Courtisanlike painted affectation. One time with so farre set words, that many seeme monsters, but must seeme straungers to anie poore Englishman: an other time with coursing of a letter, as if they were bound to follow the method of a Dictionary: an other time with figures and flowers, extreemly winter-starued. But I would this fault were onely peculiar to Versefiers, and had not as large possessiō among Prose-Printers: and which is to be meruailed among many Schollers, & which is to be pitied among some Preachers. Truly I could wish, if at least I might be so bold to wish, in a thing beyond the reach of my capacity, the diligent Imitators of Tully & Demosthenes, most worthie to be imitated, did not so much keepe Nizolian paper bookes, of their figures and phrases, as by attentiue translation, as it were, deuoure them whole, and make them wholly theirs. For now they cast Suger and spice vppon euerie dish that is serued to the table: like those Indians, not content to weare eare-rings at the fit and naturall place of the eares, but they will thrust Iewels through their nose and lippes, because they will be sure to be fine. Tully when he was to driue out Catiline, as it were with a thunderbolt of eloquence, often vseth the figure of repitition, as Viuit & vincit, imo insenatum, Venit imo, insenatum venit, &c. Indeede enflamed, with a well grounded rage, hee would haue his words (as it were) double out of his mouth, and so do that artificially, which we see men in choller doo naturally. And we hauing noted the grace of those words, hale them in sometimes to a familiar Epistle, when it were too much choller to be chollericke. How well store of Similiter Cadenses, doth sound with the grauitie of the Pulpit, I woulde but inuoke Demosthenes soule to tell: who with a rare daintinesse vseth them. Truly they haue made mee thinke of the Sophister, that with too much subtiltie would proue two Egges three, and though he might bee counted a Sophister, had none for his labour. So these men bringing in such a kinde of eloquence, well may they obtaine an opinion of a seeming finenesse, but perswade few, which should be the ende of their finenesse. Now for similitudes in certain Printed discourses, I thinke all Herberists, all stories of beasts, foules, and fishes, are rifled vp, that they may come in multitudes to wait vpon any of our conceits, which certainly is as absurd a surfet to the eares as is possible. For the force of a similitude not being to proue any thing to a contrary disputer, but onely to explaine to a willing hearer, when that is done, the rest is a moste tedious pratling, rather ouerswaying the memorie from the purpose whereto they were applied, then anie whit enforming the iudgement alreadie either satisfied, or by similitudes not to be satisfied. For my part, I doo not doubt, when Antonius and Crassus, the great forefathers of Cicero in eloquence, the one (as Cicero testifieth of them) pretended not to knowe Art, the other not to set by it, (because with a plaine sensiblenesse, they might winne credit of popular eares, which credit, is the nearest steppe to perswasion, which perswasion, is the chiefe marke of Oratorie) I do not doubt I say, but that they vsed these knacks verie sparingly, which who doth generally vse, any man may see doth dance to his owne musick, and so to be noted by the audience, more careful to speak curiously then truly. Vndoubtedly (at least to my opinion vndoubtedly) I haue found in diuers smal learned Courtiers, a more sound stile, then in some professors of learning, of which I can gesse no other cause, but that the Courtier following that which by practise he findeth fittest to nature, therein (though he know it not) doth according to art, thogh not by art: where the other vsing art to shew art and not hide art (as in these cases he shuld do) flieth from nature, & indeed abuseth art.

But what? methinks I deserue to be poūded for straying from Poetrie, to Oratory: but both haue such an affinitie in the wordish consideratiō, that I think this digression will make my meaning receiue the fuller vnderstanding: which is not to take vpon me to teach Poets how they should do, but only finding my selfe sicke among the rest, to shew some one or two spots of the common infection growne among the most part of writers; that acknowledging our selues somewhat awry, wee may bende to the right vse both of matter and manner. Whereto our language giueth vs great occasion, being indeed capable of any excellent exercising of it. I knowe some will say it is a mingled language: And why not, so much the better, taking the best of both the other? Another will say, it wanteth Grammer. Nay truly it hath that praise that it wants not Grammer; for Grammer it might haue, but it needs it not, being so easie in it selfe, and so voyd of those combersome differences of Cases, Genders, Moods, & Tenses, which I thinke was a peece of the Tower of Babilons curse, that a man should be put to schoole to learn his mother tongue. But for the vttering sweetly and properly the conceit of the minde, which is the end of speech, that hath it equally with any other tongue in the world. And is perticularly happy in compositions of two or three wordes togither, neare the Greeke, farre beyond the Latine, which is one of the greatest bewties can be in a language.

Now of versefying, there are two sorts, the one auncient, the other moderne. The auncient marked the quantitie of each sillable, and according to that, framed his verse: The moderne, obseruing onely number, with some regard of the accent; the chiefe life of it, standeth in that like sounding of the words, which we call Rime. Whether of these be the more excellent, wold bear many speeches, the ancient no doubt more fit for Musick, both words and time obseruing quantitie, and more fit, liuely to expresse diuers passions by the low or loftie sound of the well-wayed sillable. The latter likewise with his rime striketh a certaine Musicke to the eare: and in fine, since it dooth delight, though by an other way, it obtaineth the same purpose, there being in eitner sweetnesse, and wanting in neither, maiestie. Truly the English before any Vulgare language, I know is fit for both sorts: for, for the auncient, the Italian is so full of Vowels, that it must euer be combred with Elisions. The Duch so of the other side with Consonants, that they cannot yeeld the sweete slyding, fit for a Verse. The French in his whole language, hath not one word that hath his accent in the last sillable, sauing two, called Antepenultima; and little more hath the Spanish, and therefore verie gracelesly may they vse Dactiles. The English is subiect to none of these defects. Now for Rime, though we doo not obserue quantie, yet wee obserue the Accent verie precisely, which other languages either cannot do, or will not do so absolutely. That Cæsura, or breathing place in the midst of the Verse, neither Italian nor Spanish haue: the French and we, neuer almost faile off. Lastly, euen the verie Rime it selfe, the Italian cannot put it in the last sillable, by the French named the Masculine Rime; but still in the next to the last, which the French call the Female; or the next before that, which the Italian Sdrucciola: the example of the former, is Buono, Suono, of the Sdrucciola, is Femina, Semina. The French of the other side, hath both the Male as Bon, Son; and the Female, as Plaise, Taise; but the Sdrucciola he hath not: where the English hath all three, as Du, Trew, Father, Rather, Motion, Potion, with much more which might be sayd, but that alreadie I finde the triflings of this discourse is much too much enlarged. So that since the euer-praise woorthie Poesie is full of vertue breeding delightfulnesse, and voyd of no gift that ought to be in the noble name of learning, since the blames layd against it, are either false or feeble, since the cause why it is not esteemed in England, is the fault of Poet-apes, not Poets. Since lastly our tongue is most fit to honour Poesie, and to bee honoured by Poesie, I coniure you all that haue had the euill luck to read this inck-wasting toy of mine, euen in the name of the nine Muses, no more to scorne the sacred misteries of Poesie. No more to laugh at the name of Poets, as though they were next inheritors to fooles; no more to iest at the reuerent title of a Rimer, but to beleeue with Aristotle, that they were the auncient Treasurers of the Grecians diuinitie; to beleeue with Bembus, that they were first bringers in of all Ciuilitie; to beleeue with Scalliger that no Philosophers precepts can sooner make you an honest man, then the reading of Virgil; to beleeue with Clauserus, the Translator of Cornutus, that it pleased the heauenly deitie by Hesiod and Homer, vnder the vaile of Fables to giue vs all knowledge, Logicke, Rhetoricke, Philosophie, naturall and morall, and Quid non? To beleeue with me, that there are many misteries contained in Poetrie, which of purpose were written darkly, least by prophane wits it should be abused: To beleeue with Landin, that they are so beloued of the Gods, that whatsoeuer they write, proceeds of a diuine furie. Lastly, to beleeue themselues when they tell you they will make you immortal by their verses. Thus doing, your name shall florish in the Printers shops. Thus doing you shalbe of kin to many a Poeticall Preface. Thus doing, you shal be most faire, most rich, most wise, most all: you shall dwel vpon Superlatiues. Thus doing, though you be Libertino patre natus, you shall sodeinly grow Herculea proles. Si quid mea Carmina possunt. Thus doing, your soule shall be placed with Dantes Beatrix, or Virgils Anchises. But if (fie of such a but) you bee borne so neare the dull-making Cataract of Nilus, that you cannot heare the Planet-like Musicke of Poetrie; if you haue so earth-creeping a mind that it cannot lift it selfe vp to looke to the skie of Poetrie, or rather by a certaine rusticall disdaine, wil become such a mome, as to bee a Momus of Poetrie: then though I will not wish vnto you the Asses eares of Midas, nor to be driuen by a Poets verses as Bubonax was, to hang himselfe, nor to be rimed to death as is said to be done in Ireland, yet thus much Curse I must send you in the behalfe of all Poets, that while you liue, you liue in loue, and neuer get sauour, for lacking skill of a Sonet, and when you die, your memorie die from the earth for want of an Epitaphe. FINIS.

Apologie de la Poésie

GeminiPro25

Lorsque le très vertueux E. W. et moi-même nous trouvions ensemble à la Cour de l’Empereur, nous nous consacrâmes à l’apprentissage de l’art équestre auprès de Giovanni Pietro Pugliano, un homme qui, avec grande renommée, tenait le rang d’écuyer à son écurie. Et lui, selon la fertilité de l’esprit italien, ne se contenta pas de nous offrir la démonstration de sa pratique, mais chercha à enrichir nos âmes des contemplations qu’il en tirait, et qu’il jugeait des plus précieuses. De toutes ses paroles, je ne me souviens pas que mes oreilles aient jamais été plus chargées que lorsque (irrité par la lenteur d’un paiement, ou mû par notre admiration d’apprentis) il s’exerçait à louer son art. Il disait que les soldats formaient la plus noble condition du genre humain, et les cavaliers, les plus nobles des soldats. Il disait qu’ils étaient les maîtres de la guerre et les ornements de la paix, prompts au départ et fermes dans l’attente, triomphateurs tant aux camps qu’aux cours ; et il s’avança même jusqu’à ce point incroyable que nulle chose terrestre n’inspirait plus d’émerveillement à un prince que d’être un bon cavalier. L’art de gouverner n’était, en comparaison, qu’une pédanterie. Puis il ajoutait certaines louanges, en contant quelle bête sans pareille était le cheval, le seul courtisan serviable sans flatterie, la bête de la plus grande beauté, de la plus grande fidélité, du plus grand courage, et bien d’autres choses encore ; si bien que si je n’eusse été quelque peu logicien avant de le rencontrer, je crois qu’il m’eût persuadé de souhaiter être moi-même un cheval. Mais voici du moins ce qu’il me fit entrer dans l’esprit, en un grand nombre de mots : l’amour-propre est la meilleure des dorures pour faire paraître somptueux ce à quoi nous sommes parties prenantes. Et si la forte affection et les faibles arguments de Pugliano ne devaient vous satisfaire, je vous donnerai un exemple plus proche, celui de moi-même, qui, je ne sais par quelle infortune, en ces années qui ne sont pas encore vieilles et en ces temps des plus oisifs, m’étant laissé glisser jusqu’au titre de poète, suis provoqué à vous dire quelques mots pour la défense de ma vocation involontaire. Si je la traite avec plus de bonne volonté que de bonnes raisons, soyez indulgents, car on doit pardonner à l’écolier qui suit les pas de son maître. Et pourtant, je dois dire que si j’ai de plus justes raisons de présenter une défense pathétique de la pauvre Poésie, laquelle, de la plus haute estime où se tenait le savoir, est tombée jusqu’à devenir la risée des enfants, j’ai aussi besoin d’apporter des preuves plus valables ; car si le premier art n’est privé par personne du crédit qu’il mérite, le second, le pauvre second, a vu les noms mêmes des philosophes employés à le défigurer, au grand péril d’une guerre civile entre les Muses. Et d’abord, en vérité, à tous ceux qui, professant le savoir, nourrissent de l’envie contre la Poésie, on peut justement objecter qu’ils sont bien près de l’ingratitude, en cherchant à défigurer ce qui, dans les plus nobles nations et les plus nobles langues que l’on connaisse, a été la première lumière offerte à l’ignorance, et la première nourrice dont le lait, peu à peu, les rendit capables de se nourrir ensuite de connaissances plus coriaces. Jouerez-vous le rôle du hérisson qui, reçu dans la tanière, en chassa son hôte ? Ou plutôt celui des vipères qui, en naissant, tuent leurs parents ? Que la docte Grèce, dans n’importe laquelle de ses multiples sciences, soit capable de me montrer un seul livre avant Musée, Homère et Hésiode, tous trois rien d’autre que des poètes. Qu’on apporte même n’importe quelle Histoire qui puisse dire que des écrivains existèrent avant eux, s’ils ne furent des hommes du même art, comme Orphée, Linus et quelques autres qui sont nommés, lesquels, ayant été les premiers de ce pays à faire de leurs plumes les messagères de leur savoir pour la postérité, peuvent à juste titre réclamer d’être appelés leurs Pères en savoir. Car non seulement ils eurent cette priorité dans le temps (bien que l’antiquité soit en soi vénérable), mais ils les précédèrent, comme des causes propres à attirer, par leur douceur enchanteresse, les esprits sauvages et indomptés jusqu’à l’admiration du savoir. Ainsi disait-on qu’Amphion déplaçait les pierres par sa poésie pour bâtir Thèbes, et qu’Orphée était écouté des bêtes — en vérité, des peuples de pierre et des peuples bestiaux. De même, chez les Romains, il y eut Livius Andronicus et Ennius ; de même, en langue italienne, les premiers qui la firent aspirer à devenir un trésor de science furent les poètes Dante, Boccace et Pétrarque. De même, dans notre anglais, il y eut Gower et Chaucer, après qui, encouragés et charmés par leurs excellents devanciers, d’autres ont suivi pour embellir notre langue maternelle, tant dans ce même genre que dans les autres arts. Cela se manifesta si notablement que les philosophes de Grèce n’osèrent longtemps paraître au monde que sous le masque des poètes. Ainsi Thalès, Empédocle et Parménide chantèrent-ils en vers leur philosophie naturelle. Ainsi firent Pythagore et Phocylide pour leurs préceptes moraux. Ainsi firent Tyrtée pour les choses de la guerre, et Solon pour les affaires de la politique ; ou plutôt, étant poètes, ils exercèrent leur veine charmante sur ces points de la plus haute connaissance, qui avant eux demeuraient cachés au monde. Car que le sage Solon fût bel et bien un poète, la chose est manifeste, puisqu’il écrivit en vers la remarquable fable de l’île Atlantide, que Platon continua. Et en vérité, quiconque examine bien Platon lui-même trouvera que dans le corps de son œuvre, si l’intérieur et la force étaient Philosophie, la peau, pour ainsi dire, et la beauté, dépendaient principalement de la Poésie. Car tout repose sur des dialogues, où il feint que de nombreux et honnêtes bourgeois d’Athènes parlent de sujets tels que, si on les avait mis à la torture, ils ne les auraient jamais avoués ; outre sa description poétique des circonstances de leurs rencontres, comme le bon ordre d’un banquet, la délicatesse d’une promenade, en y entrelaçant de pures fables, comme l’anneau de Gygès et d’autres, que celui qui ignore qu'elles sont les fleurs de la Poésie n'a jamais pénétré dans le jardin d'Apollon. Et même les historiographes, bien que leurs lèvres résonnent des choses accomplies et que la vérité soit écrite sur leur front, ont été heureux d’emprunter et la forme et peut-être le poids aux poètes. Ainsi Hérodote intitula-t-il son Histoire du nom des neuf Muses, et lui comme tous ceux qui le suivirent, soit dérobèrent, soit usurpèrent à la Poésie leurs descriptions passionnées des passions, les multiples particularités de batailles que nul ne pouvait affirmer, ou, si l’on me le refuse, les longues oraisons placées dans la bouche de grands rois et de grands capitaines, qu’il est certain qu’ils ne prononcèrent jamais. De sorte qu’en vérité, ni le philosophe ni l’historiographe n’auraient pu, au commencement, franchir les portes des jugements populaires, s’ils n’avaient pris un grand passeport de la Poésie ; ce qui, de nos jours, dans toutes les nations où le savoir ne fleurit pas, est aisé à voir : en toutes, on trouve quelque sentiment de la Poésie. En Turquie, outre leurs docteurs de la loi, ils n’ont d’autres écrivains que des poètes. Dans notre pays voisin, l’Irlande, où en vérité le savoir est bien maigre, leurs poètes sont pourtant tenus en une dévote révérence. Même parmi les Indiens les plus barbares et les plus simples, où nulle écriture n’existe, ils ont pourtant leurs poètes qui composent et chantent des chansons, qu’ils nomment *Arentos*, traitant à la fois des hauts faits de leurs ancêtres et des louanges de leurs dieux. Probabilité suffisante que si jamais le savoir vient parmi eux, ce devra être en ayant leurs esprits durs et obtus adoucis et aiguisés par les doux délices de la Poésie ; car tant qu’ils ne trouveront pas de plaisir dans l’exercice de l’esprit, les grandes promesses d’un grand savoir persuaderont peu ceux qui ne connaissent pas les fruits du savoir. Au pays de Galles, véritable vestige des anciens Bretons, comme de bonnes autorités le montrent, ils eurent longtemps des poètes qu’ils appelaient Bardes ; et à travers toutes les conquêtes des Romains, des Saxons, des Danois et des Normands, dont certains cherchèrent à ruiner parmi eux toute mémoire du savoir, leurs poètes perdurent jusqu’à ce jour. Elle n’est donc pas plus remarquable par la promptitude de ses débuts que par sa longue continuation. Mais puisque les auteurs de la plupart de nos sciences, furent les Romains, et avant eux les Grecs, arrêtons-nous un peu sur leurs autorités, ne serait-ce que pour voir quels noms ils ont donnés à cet art aujourd’hui méprisé. Chez les Romains, un poète était appelé *Vates*, ce qui signifie devin, voyant ou prophète, comme le manifestent les mots qui lui sont conjoints, *Vaticinium* et *Vaticinari* ; un titre si céleste que cet excellent peuple l’accorda à cette connaissance qui ravit le cœur. Et ils furent portés si loin dans leur admiration qu’ils pensaient que de grands présages de leur fortune à venir résidaient dans la rencontre fortuite de l’un de ces vers. De là naquit l’usage des *Sortes Vergilianæ*, lorsque, en ouvrant soudain le livre de Virgile, on tombait sur un de ses vers ; pratique rapportée par beaucoup, et dont les Histoires de la vie des Empereurs sont remplies. Comme celle d’Albinus, le gouverneur de notre île, qui dans son enfance rencontra ce vers : *Arma amens capio, nec sat rationis in armis*, et l'accomplit dans son âge mûr. C'était là, certes, une superstition bien vaine et impie, tout comme de penser que les esprits étaient commandés par de tels vers, d’où dérive le mot *Charmes* de *Carmina* ; pourtant, cela sert à montrer la grande révérence en laquelle ces esprits étaient tenus, et non sans fondement, puisque les oracles de Delphes et les prophéties de la Sibylle étaient entièrement délivrés en vers. Car cette observation exquise du nombre et de la mesure dans les mots, et cette liberté de conception hautement inspirée, propre au poète, semblaient posséder en elles une force divine. Et ne puis-je me risquer un peu plus loin, pour montrer le bien-fondé de ce mot *Vates*, et dire que les saints Psaumes de David sont un poème divin ? Si je le fais, ce ne sera pas sans le témoignage de grands savants, tant anciens que modernes. Mais le nom même de Psaumes parlera pour moi, lequel, interprété, n’est rien d’autre que Chants ; ensuite, il est entièrement écrit en mètre, comme tous les savants hébraïsants en conviennent, bien que les règles n’en soient pas encore pleinement découvertes. Enfin et principalement, sa manière de traiter sa prophétie est purement poétique. Car qu’est-ce donc que le réveil de ses instruments de musique, le changement fréquent et libre de personnes, ses remarquables prosopopées, quand il vous fait pour ainsi dire voir Dieu venant dans sa majesté, son récit de l'allégresse des bêtes et des collines bondissantes, sinon une poésie céleste, où il se montre presque un amant passionné de cette beauté indicible et éternelle, qui ne peut être vue que par les yeux de l’esprit, éclaircis par la seule foi ? Mais en vérité, l'ayant maintenant nommé, je crains de paraître profaner ce saint nom en l’appliquant à la Poésie, qui parmi nous est tombée dans une si ridicule estime. Mais ceux qui, avec un jugement tranquille, y regarderont d’un peu plus près, trouveront que sa fin et son effet sont tels que, droitement appliquée, elle ne mérite pas d’être chassée à coups de fouet de l’Église de Dieu. Mais voyons maintenant comment les Grecs l’ont nommée, et ce qu’ils en pensaient. Les Grecs le nommaient ποιητὴν (*poietes*), un nom qui, étant le plus excellent, a traversé les autres langues. Il vient du mot ποιεὶν (*poiein*), qui signifie faire ; en quoi, je ne sais si c’est par chance ou par sagesse, nous, Anglais, avons rejoint les Grecs en l'appelant un « Faiseur » (*Maker*). Pour savoir à quel point ce titre est élevé et incomparable, j’aimerais mieux que cela fût connu en observant le but des autres sciences, plutôt que par quelque allégation partiale. Il n’est point d’art livré à l’humanité qui n’ait les œuvres de la nature pour principal objet, sans lequel il ne pourrait consister, et dont il dépend à tel point qu'il devient acteur et interprète, pour ainsi dire, de ce que la nature veut exposer. Ainsi l’astronome regarde-t-il les étoiles, et, d’après ce qu’il voit, établit-il l’ordre que la nature y a mis. Ainsi font le géomètre et l’arithméticien dans leurs diverses sortes de quantités. Ainsi le musicien, dans les temps, vous dit lesquels s’accordent par nature, et lesquels non. Le philosophe naturel en tire son nom, et le philosophe moral se fonde sur les vertus, les vices ou les passions naturelles de l’homme ; et « suis la nature », dit-il, « et tu ne t’égareras point ». Le juriste dit ce que les hommes ont déterminé. L’historien, ce que les hommes ont fait. Le grammairien ne parle que des règles du discours, et le rhétoricien et le logicien, considérant ce qui dans la nature prouvera et persuadera le plus aisément, donnent des règles artificielles, qui sont toujours comprises dans le cercle d’une question, selon la matière proposée. Le médecin pèse la nature du corps de l’homme, et la nature des choses qui lui sont utiles ou nuisibles. Et le métaphysicien, bien qu’il soit dans les notions secondes et abstraites, et par conséquent considéré comme surnaturel, s’édifie en vérité sur les profondeurs de la nature. Seul le poète, dédaignant d’être lié à une telle sujétion, soulevé par la vigueur de sa propre invention, devient en effet une autre nature : en faisant les choses soit meilleures que la nature ne les produit, soit entièrement nouvelles, des formes telles qu’il n’y en eut jamais dans la nature : comme les Héros, les Demi-dieux, les Cyclopes, les Chimères, les Furies, et autres semblables ; de sorte qu’il va de pair avec la nature, non pas enfermé dans les étroites limites de ses dons, mais se mouvant librement dans le zodiaque de son propre esprit. La nature n’a jamais paré la terre d’une tapisserie aussi riche que l’ont fait divers poètes, ni de rivières si plaisantes, d’arbres si fertiles, de fleurs si odorantes, ni de quoi que ce soit qui puisse rendre la terre trop aimée plus aimable encore : son monde est d'airain, seuls les poètes en livrent un d’or. Mais laissons ces choses et venons à l’homme, pour qui, comme le sont les autres choses, il semble que sa plus grande perfection soit employée ; et sachons si elle a produit un amant aussi fidèle que Théagène, un ami aussi constant que Pylade, un homme aussi vaillant qu’Orlando, un prince aussi juste que le Cyrus de Xénophon, un homme aussi excellent en tout point que l’Énée de Virgile. Et que ceci ne soit pas conçu comme une plaisanterie, sous prétexte que les œuvres de l’une sont essentielles, et celles de l’autre, imitation ou fiction ; car tout entendement sait que l’art de chaque artisan réside dans cette Idée, ou pré-conception de l’œuvre, et non dans l’œuvre elle-même. Et que le poète possède cette Idée est manifeste, par le fait qu’il les expose dans l’excellence où il les avait imaginées ; cette exposition n'est pas non plus entièrement imaginaire, comme nous avons coutume de le dire de ceux qui bâtissent des châteaux en l’air, mais elle opère de manière si substantielle qu'elle ne se contente pas de créer un Cyrus, qui n’eût été qu’une excellence particulière comme la nature aurait pu en faire, mais d’offrir un Cyrus au monde afin de créer de nombreux Cyrus, si l'on veut bien apprendre pourquoi et comment ce faiseur l'a fait. Et qu’on ne juge pas trop audacieuse cette comparaison, qui met en balance le point le plus haut de l’esprit de l’homme avec l’efficace de la nature ; mais qu’on rende plutôt un juste honneur au céleste faiseur de ce faiseur, qui, ayant fait l’homme à sa propre ressemblance, l’a placé au-delà et au-dessus de toutes les œuvres de cette seconde nature, ce qu’en rien il ne montre autant que dans la Poésie ; lorsque, avec la force d’un souffle divin, il produit des choses surpassant les œuvres de celle-ci, non sans fournir de solides arguments aux incrédules de cette première chute maudite d’Adam, puisque notre esprit érigé nous fait connaître ce qu’est la perfection, et que pourtant notre volonté infectée nous empêche de l’atteindre. Mais ces arguments seront compris de peu, et admis de moins encore. J’espère qu’on m’accordera ceci : que les Grecs, avec quelque probabilité de raison, lui donnèrent le nom au-dessus de tous les noms du savoir. Passons maintenant à une présentation plus ordinaire, afin que la vérité soit plus palpable ; et j’espère ainsi que, même si nous n’obtenons pas un éloge aussi inégalé que celui que l’étymologie de ses noms lui accorde, sa description même, que nul ne niera, ne sera pas injustement privée d’une louange principale. La Poésie est donc un Art d’Imitation : car ainsi Aristote la nomme par le mot μίμησις (*mimesis*), c’est-à-dire une représentation, une contrefaçon, ou une figuration, pour parler métaphoriquement. Une peinture parlante, ayant pour fin d’instruire et de plaire. De celle-ci, il y a eu trois genres généraux. Les principaux, tant en ancienneté qu’en excellence, furent ceux qui imitèrent les inconcevables excellences de Dieu. Tels furent David dans ses Psaumes, Salomon dans son Cantique des Cantiques, dans son Ecclésiaste et ses Proverbes, Moïse et Débora, dans leurs Hymnes, et l’auteur de Job. Les savants Emmanuel Tremellius et F. Junius, entre autres, intitulent ces textes la partie poétique de l’Écriture. Contre ceux-là, nul ne parlera qui a le Saint-Esprit en la sainte révérence qui lui est due. Dans ce genre, bien qu’avec une divinité tout à fait erronée, il y eut Orphée, Amphion, Homère dans ses hymnes, et beaucoup d’autres, Grecs et Romains. Et cette Poésie doit être pratiquée par quiconque veut suivre le conseil de saint Paul, de chanter des Psaumes lorsqu’on est joyeux ; et je sais qu’elle est employée, avec le fruit de la consolation, par certains qui, dans les affres douloureuses de leurs péchés mortifères, trouvent le réconfort de la bonté qui jamais n’abandonne. Le second genre, est celui de ceux qui traitent de matières philosophiques : soit morales, comme Tyrtée, Phocylide, Caton ; soit naturelles, comme Lucrèce et les Géorgiques de Virgile ; soit astronomiques, comme Manilius et Pontanus ; ou historiques, comme Lucain. Si quelqu'un les dédaigne, la faute est dans son jugement tout à fait dépourvu de goût, et non dans la douce nourriture d’un savoir doucement énoncé. Mais parce que ce second genre est enveloppé dans le giron du sujet proposé, et ne prend pas le libre cours de sa propre invention, que les grammairiens débattent pour savoir s’ils sont proprement poètes ou non ; et passons au troisième, qui sont en vérité les vrais poètes, à propos desquels principalement cette question se pose. Entre eux et les seconds, il y a une sorte de différence semblable à celle qui existe entre les peintres de moindre talent, qui ne contrefont que les visages qui leur sont présentés, et les plus excellents, qui, n’ayant d’autre loi que leur esprit, vous offrent en couleurs ce qui est le plus apte à être vu par l’œil, comme le regard constant, bien que lamentable, de Lucrèce, lorsqu’elle punit en elle-même la faute d’un autre. En cela, le peintre ne peint pas Lucrèce, qu’il n’a jamais vue, mais il peint la beauté extérieure d’une telle vertu. Car ces troisièmes sont ceux qui imitent le plus proprement pour instruire et pour plaire ; et pour imiter, ils n’empruntent rien de ce qui est, a été, ou sera, mais errent seulement, bridés par une savante discrétion, dans la divine considération de ce qui peut être et devrait être. Ceux-là, de même que le premier et le plus noble genre peut être justement appelé *Vates*, sont accompagnés dans les langues les plus excellentes et les entendements les meilleurs du nom de Poètes décrit précédemment. Car ceux-ci, en vérité, ne font qu'imiter, et imitent à la fois pour plaire et instruire ; et plaisent pour inciter les hommes à embrasser cette bonté, que sans le plaisir ils fuiraient comme une étrangère ; et instruisent pour leur faire connaître cette bonté vers laquelle ils sont mus. Bien que ce soit là le but le plus noble vers lequel un savoir ait jamais été dirigé, il ne manque pourtant pas de langues oisives pour aboyer contre eux. Ceux-ci sont subdivisés en plusieurs dénominations plus spéciales. Les plus notables sont l’Héroïque, le Lyrique, le Tragique, le Comique, le Satirique, l’Iambique, l’Élégiaque, le Pastoral, et certains autres. Certains sont ainsi nommés selon la matière qu’ils traitent, d’autres selon le type de vers qu’ils aimaient le mieux écrire ; car en vérité, la plupart des poètes ont revêtu leurs inventions poétiques de cette manière d’écrire nombreuse qu’on appelle le vers. Revêtu, dis-je, car le vers n’est qu’un ornement et non la cause de la Poésie, puisqu’il y a eu de nombreux et excellents poètes qui n’ont jamais versifié, et qu’aujourd’hui pullulent de nombreux versificateurs qui ne mériteront jamais de répondre au nom de poètes. Car Xénophon, qui imita si excellemment qu’il nous donna l’*effigiem iusti imperii*, le portrait d’un juste Empire sous le nom de Cyrus, comme Cicéron le dit de lui, fit en cela un poème héroïque absolu. De même Héliodore, dans sa suave invention de cette peinture d’amour en Théagène et Chariclée ; et pourtant tous deux écrivirent en prose. Je dis cela pour montrer que ce n’est pas le fait de rimer ni de versifier qui fait un poète (pas plus qu’une longue robe ne fait un avocat, qui, même s’il plaidait en armure, serait un avocat et non un soldat), mais c’est cette création d’images remarquables de vertus, de vices, ou de toute autre chose, avec cet enseignement délectable, qui doit être la note distinctive pour reconnaître un poète. Bien qu’en vérité le Sénat des Poètes ait choisi le vers comme son vêtement le plus approprié, signifiant par là que, comme en matière ils surpassaient tout, ils voulaient aussi, en manière, les surpasser, ne parlant pas sur le ton de la conversation, ou comme des hommes en rêve, des mots tombant au hasard de la bouche, mais pesant chaque syllabe de chaque mot en juste proportion, selon la dignité du sujet. Maintenant donc, il ne sera pas déplacé d’examiner d’abord cette dernière sorte de poésie par ses œuvres, puis par ses parties ; et si dans aucune de ces deux anatomies elle n’est condamnable, j’espère que nous obtiendrons une sentence plus favorable. Cette purification de l’esprit, cet enrichissement de la mémoire, cette habilitation du jugement, et cet élargissement de la conception, que nous appelons communément le savoir, sous quelque nom qu’il se présente, ou à quelque fin immédiate qu’il soit dirigé, la fin ultime est de nous conduire et de nous attirer à une aussi haute perfection que nos âmes dégénérées, empirées par leurs logis d’argile, peuvent en être capables. Ceci, selon l’inclination de l’homme, a engendré de nombreuses impressions. Car certains, pensant que cette félicité s’obtenait principalement par la connaissance, et qu’aucune connaissance n’était aussi haute ou céleste que la familiarité avec les étoiles, se donnèrent à l’Astronomie. D’autres, se persuadant d’être des demi-dieux, s’ils connaissaient les causes des choses, devinrent des philosophes naturels et surnaturels. Un plaisir admirable en attira certains vers la Musique ; et d’autres, la certitude de la démonstration, vers les Mathématiques. Mais tous, les uns comme les autres, avaient pour but de connaître, et par la connaissance d’élever l’esprit du cachot du corps à la jouissance de sa propre essence divine. Mais quand, à la balance de l’expérience, on découvrit que l’astronome, en regardant les étoiles, pouvait tomber dans un fossé, que le philosophe investigateur pouvait être aveugle sur lui-même, et que le mathématicien pouvait tracer une ligne droite avec un cœur tortueux, alors, la preuve, maîtresse des opinions, manifesta que toutes ces sciences ne sont que des servantes ; qui, bien qu’ayant une fin propre en elles-mêmes, sont toutes dirigées vers la fin la plus élevée de la connaissance maîtresse, appelée par les Grecs ἀρχιτεκτονική (*arkhitektonikè*), qui réside, je pense, dans la connaissance de soi-même, dans la considération éthique et politique, avec pour fin le bien-agir, et non seulement le bien-savoir. Tout comme la fin prochaine du sellier est de faire une bonne selle, mais sa fin ultérieure est de servir une faculté plus noble, qui est l’art équestre ; de même, l’art équestre sert l’art militaire : et le soldat ne doit pas seulement avoir l’habileté, mais accomplir la pratique d’un soldat. De sorte que la fin ultime de tout savoir terrestre étant l’action vertueuse, les arts qui servent le mieux à la produire ont le plus juste titre à être princes sur tous les autres. En quoi si nous pouvons montrer que le poète est digne de l’emporter sur tous les autres compétiteurs, parmi lesquels s’avancent principalement pour le défier les philosophes moraux, que je crois voir venir vers moi avec une gravité maussade, comme s’ils ne pouvaient supporter le vice à la lumière du jour, grossièrement vêtus pour témoigner extérieurement de leur mépris des choses extérieures, des livres à la main contre la gloire, auxquels ils apposent leurs noms, parlant sophistiquement contre la subtilité, et irrités contre tout homme en qui ils voient la vilaine faute de la colère. Ces hommes, semant à leur passage définitions, divisions et distinctions, avec un interrogatif dédaigneux, demandent sobrement s’il est possible de trouver un chemin si prompt à conduire un homme à la vertu, que celui qui enseigne ce qu’est la vertu, et l’enseigne non seulement en exposant son être même, ses causes et ses effets, mais aussi en faisant connaître son ennemi, le vice, qui doit être détruit, et son encombrant serviteur, la passion, qui doit être maîtrisée ; en montrant les généralités qui la contiennent, et les spécialités qui en sont dérivées. Enfin, en exposant clairement comment elle s’étend hors des limites du petit monde de l’homme, au gouvernement des familles et au maintien des sociétés publiques. L’historien laisse à peine le loisir au moraliste d’en dire autant, car le voici, chargé de vieux parchemins rongés par les souris, s’autorisant la plupart du temps d’autres Histoires, dont les plus grandes autorités sont bâties sur la notable fondation du ouï-dire, ayant grand-peine à accorder des écrivains divergents et à extraire la vérité de la partialité ; mieux au fait de ce qui s’est passé il y a 1000 ans que de l’âge présent, et connaissant pourtant mieux comment va le monde que comment court son propre esprit ; curieux des antiquités et investigateur des nouveautés, merveille pour les jeunes gens et tyran des conversations de table ; il nie avec grande colère que quiconque, pour enseigner la vertu et les actions vertueuses, puisse lui être comparé. « Je suis *Testis temporum, lux veritatis, vita memoriæ, magistra vitæ, nuncia vetustatis*. Le philosophe, dit-il, enseigne une vertu discursive, mais moi, une vertu active. Sa vertu est excellente dans l’Académie sans danger de Platon, mais la mienne montre son visage honorable dans les batailles de Marathon, de Pharsale, de Poitiers et d’Azincourt. Il enseigne la vertu par certaines considérations abstraites, mais moi, je vous dis seulement de suivre les traces de ceux qui vous ont précédés. La vieille expérience dépasse le philosophe à l’esprit fin ; mais moi, je donne l’expérience de nombreux âges. Enfin, s’il fait le livre de chant, je pose la main de l’apprenti sur le luth, et s’il est le guide, je suis la lumière. » Alors il vous alléguerait d’innombrables exemples, confirmant une histoire par d’autres histoires, montrant combien les plus sages sénateurs et princes ont été dirigés par le crédit de l’Histoire, comme Brutus, Alphonse d’Aragon, (et qui ne le fut, au besoin ?). À la fin, la longue ligne de leur dispute aboutit à ce point : que l’un donne le précepte, et l’autre l’exemple. Maintenant, qui trouverons-nous, puisque la question est de savoir qui occupera la plus haute place dans l’école du savoir, pour être modérateur ? En vérité, il me semble, le poète ; et s’il n’est pas modérateur, il est même l’homme qui devrait leur ravir à tous deux le titre, et bien plus encore à toutes les autres sciences servantes. Comparons donc le poète avec l’historien et avec le philosophe moral ; et s’il les surpasse tous deux, nulle autre compétence humaine ne peut l’égaler. Car quant au divin, il doit toujours être excepté avec toute la révérence, non seulement parce que sa portée est aussi loin au-delà de celles-ci que l’éternité excède un instant, mais même parce qu’il surpasse chacune d’elles en elles-mêmes. Et pour le juriste, bien que le *Jus* soit la fille de la Justice, la première des vertus, parce qu’il cherche à rendre les hommes bons plutôt *formidine pœnæ* que *virtutis amore* — ou pour dire plus justement, il ne s’efforce pas de rendre les hommes bons, mais de faire que leur mal ne nuise pas à autrui, ne se souciant point, pourvu qu’il soit un bon citoyen, de savoir quel méchant homme il est — ; par conséquent, comme notre méchanceté le rend nécessaire, et que la nécessité le rend honorable, il ne doit pas, en vérité profonde, être rangé avec ceux qui s’efforcent tous d’ôter la malice et de planter la bonté jusque dans le cabinet le plus secret de nos âmes. Et ces quatre sont tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, traitent de la considération des mœurs des hommes ; ce qui étant la connaissance suprême, ceux qui la nourrissent le mieux méritent la meilleure louange. Le philosophe donc, et l’historien, sont ceux qui voudraient remporter le prix, l’un par le précepte, l’autre par l’exemple ; mais tous deux, n’ayant pas les deux, boitent tous deux. Car le philosophe, exposant avec des arguments épineux la règle nue, est si dur à énoncer et si brumeux à concevoir, que celui qui n’a d’autre guide que lui pataugera en lui jusqu’à la vieillesse avant de trouver une cause suffisante pour être honnête. Car sa connaissance repose tellement sur l’abstrait et le général, qu’heureux est l’homme qui peut le comprendre, et plus heureux encore celui qui peut appliquer ce qu’il comprend. De l’autre côté, l’historien, manquant du précepte, est si lié, non à ce qui devrait être, mais à ce qui est, à la vérité particulière des choses et non à la raison générale des choses, que son exemple n’entraîne aucune conséquence nécessaire, et donc une doctrine moins féconde. Or, le poète sans pareil accomplit les deux ; car tout ce que le philosophe dit qui devrait être fait, il en donne une image parfaite à travers un personnage, par qui il présuppose que cela a été fait ; de sorte qu’il couple la notion générale avec l’exemple particulier. Une image parfaite, dis-je, car il offre aux puissances de l’esprit une image de ce dont le philosophe ne fournit qu’une description verbeuse, qui ne frappe, ne perce, ni ne possède la vue de l’âme autant que l’autre ne le fait. Car de même que, pour les choses extérieures, un homme qui n’aurait jamais vu un éléphant ou un rhinocéros, à qui l’on décrirait très excellemment toute leur forme, leur couleur, leur taille et leurs marques particulières ; ou, pour un palais somptueux, un architecte, qui, en en dépeignant toutes les beautés, pourrait bien rendre l’auditeur capable de répéter comme par cœur tout ce qu’il a entendu, ne satisferait pourtant jamais sa conception intérieure en étant le témoin pour elle-même d’une connaissance vraie et vivante ; mais ce même homme, aussitôt qu’il pourrait voir ces bêtes bien peintes, ou cette maison bien en modèle, parviendrait sur-le-champ, sans avoir besoin d’aucune description, à une compréhension judicieuse de celles-ci. De même, sans doute, le philosophe avec ses doctes définitions, que ce soit des vertus ou des vices, des matières de politique publique ou de gouvernement privé, remplit la mémoire de nombreux fondements infaillibles de sagesse, qui néanmoins demeurent obscurs devant la puissance imaginative et judicative, s’ils ne sont pas illuminés ou figurés par la peinture parlante de la Poésie. Tullius se donne beaucoup de peine, et souvent non sans des aides poétiques, pour nous faire connaître la force que l’amour de notre patrie a en nous. Écoutons seulement le vieil Anchise, parlant au milieu des flammes de Troie, ou voyons Ulysse, au comble de tous les délices de Calypso, déplorer son absence de l’aride et misérable Ithaque. La colère, disaient les Stoïciens, était une courte folie : que Sophocle vous amène seulement Ajax sur une scène, tuant et fouettant des brebis et des bœufs, pensant qu’ils sont l’armée des Grecs, avec leurs chefs Agamemnon et Ménélas ; et dites-moi si vous n’avez pas une vision plus familière de la colère qu’en trouvant chez les scolastiques son genre et sa différence. Voyez si la sagesse et la tempérance chez Ulysse et Diomède, la vaillance chez Achille, l’amitié chez Nisus et Euryale, même pour un homme ignorant, ne portent pas un éclat apparent ; et, au contraire, le remords de la conscience chez Œdipe, l’orgueil vite repenti chez Agamemnon, la cruauté qui se dévore elle-même chez son père Atrée, la violence de l’ambition chez les deux frères thébains, la douceur aigre de la vengeance chez Médée ; et, pour descendre plus bas, le Gnathon de Térence et le Pandare de notre Chaucer, si bien exprimés que nous utilisons maintenant leurs noms pour signifier leurs métiers. Et enfin, toutes les vertus, tous les vices et toutes les passions, si bien exposés dans leurs états naturels, que nous semblons non pas en entendre parler, mais clairement voir à travers eux. Mais même dans la plus excellente détermination de la bonté, quel conseil de philosophe peut aussi promptement diriger un prince que le Cyrus fictif de Xénophon, ou un homme vertueux dans toutes les fortunes que l’Énée de Virgile, ou une république entière que la Voie de l’Utopie de Sir Thomas More ? Je dis la Voie, car là où Sir Thomas More a erré, c’était la faute de l’homme et non du poète ; car cette Voie de figurer une république était des plus absolues, bien qu’il ne l’ait peut-être pas accomplie de manière aussi absolue. Car la question est de savoir si l’image fictive de la Poésie ou l’instruction régulière de la Philosophie a le plus de force pour enseigner. En quoi, si les philosophes se sont montrés plus justement philosophes que les poètes n’ont atteint le haut sommet de leur profession (car en vérité, *Mediocribus esse poetis non Dii, non homines, non concessere columnæ*), ce n’est pas, je le répète, la faute de l’art, mais le fait que par peu d’hommes cet art peut être accompli. Certainement, même notre Sauveur le Christ aurait pu aussi bien donner les lieux communs moraux sur le manque de charité et l’humilité que la divine narration du Mauvais Riche et de Lazare, ou sur la désobéissance et la miséricorde que ce discours céleste de l’enfant prodigue et du père bienveillant ; mais sa sagesse pénétrante savait que l’état du Mauvais Riche brûlant en enfer, et de Lazare dans le sein d’Abraham, habiterait pour ainsi dire plus constamment à la fois la mémoire et le jugement. En vérité, pour ma part, il me semble voir devant mes yeux la prodigalité dédaigneuse de l’enfant prodigue, changée en envie du dîner d’un porc ; ce que les doctes théologiens considèrent non comme des actes historiques, mais comme des paraboles instructives. Pour conclure, je dis que le philosophe enseigne, mais il enseigne obscurément, de sorte que seuls les savants peuvent le comprendre, c’est-à-dire qu’il enseigne ceux qui sont déjà enseignés. Mais le poète est la nourriture pour les estomacs les plus tendres ; le poète est en vérité le vrai philosophe populaire. Ce dont les fables d’Ésope donnent une bonne preuve, dont les jolies allégories, se glissant sous les contes formels de bêtes, font que beaucoup plus bestiaux que les bêtes commencent à entendre le son de la vertu de la part de ces orateurs muets. Mais on peut maintenant alléguer que si cette imagination de matières est si apte à l’imagination, alors l’historien doit nécessairement surpasser, qui vous apporte des images de matières vraies, telles qu’elles furent réellement faites, et non telles qu’elles peuvent être suggérées de manière fantastique ou fausse comme ayant été faites. En vérité, Aristote lui-même, dans son discours sur la Poésie, tranche clairement cette question, en disant que la Poésie est φιλοσοφώτερον καὶ σπουδαιότερον (*philosophôteron kai spoudaioteron*), c’est-à-dire qu’elle est plus philosophique et plus sérieuse que l’Histoire. Sa raison est que la Poésie traite du καθόλου (*katholou*), c’est-à-dire de la considération universelle, et l’Histoire du καθ' ἕκαστον (*kath' hekaston*), du particulier. Or, dit-il, l’universel pèse ce qu’il convient de dire ou de faire, soit en vraisemblance, soit en nécessité, ce que la Poésie considère dans ses noms imposés ; et le particulier ne marque que si Alcibiade a fait ou subi ceci ou cela. Jusqu’ici Aristote. Cette raison, comme toutes les siennes, est des plus pleines de raison. Car en vérité, si la question était de savoir s’il valait mieux avoir un acte particulier fidèlement ou faussement rapporté, il n’y a aucun doute sur ce qu’il faut choisir, pas plus que de savoir si vous préféreriez avoir le portrait de Vespasien tel qu’il était, ou, au gré du peintre, sans aucune ressemblance. Mais si la question est pour votre propre usage et votre propre apprentissage, de savoir s’il vaut mieux l’avoir exposé comme il devrait être, ou comme il fut, alors certainement le Cyrus fictif de Xénophon est plus doctrinal que le vrai Cyrus de Justin, et l’Énée fictif de Virgile plus que le véritable Énée de Darès le Phrygien. De même, pour une dame qui désirerait façonner son visage à la meilleure grâce, un peintre lui serait plus profitable en portraiturant un visage des plus doux, écrivant *Canidia* dessus, qu’en peignant Canidia telle qu’elle était, elle que Horace jure être fort laide. Si le poète fait bien sa part, il ne vous montrera en Tantale, Atrée, et autres semblables, rien qui ne soit à fuir ; en Cyrus, Énée, Ulysse, chaque chose à suivre ; là où l’historien, lié à raconter les choses telles qu’elles furent, ne peut être libéral, sans être poétique d’un modèle parfait, mais doit, comme en Alexandre ou Scipion même, montrer des actions, certaines à aimer, d’autres à détester ; et alors, comment discernerez-vous ce qu’il faut suivre, sinon par votre propre discrétion, que vous aviez sans lire Quinte-Curce ? Et tandis qu’un homme pourrait dire que, bien que dans la considération universelle de la doctrine le poète l’emporte, l’Histoire, en disant qu’une telle chose a été faite, garantit davantage un homme dans ce qu’il suivra. La réponse est manifeste : s’il s’en tient à ce qui fut, comme s’il argumentait que, parce qu’il a plu hier, il devrait donc pleuvoir aujourd’hui, alors en effet cela a quelque avantage pour un esprit grossier. Mais s’il sait qu’un exemple n’informe qu’une vraisemblance conjecturée, et procède ainsi par la raison, le poète le surpasse d’autant plus qu’il doit façonner son exemple sur ce qui est le plus raisonnable, que ce soit en matières guerrières, politiques ou privées ; là où l’historien, dans son simple « fut », a maintes fois ce que nous appelons la fortune pour dominer la plus grande sagesse. Maintes fois il doit raconter des événements dont il ne peut donner aucune cause, ou s’il le fait, ce doit être poétiquement. Pour prouver qu’un exemple fictif a autant de force pour enseigner qu’un exemple vrai (car pour ce qui est d’émouvoir, c’est clair, puisque le fictif peut être accordé à la plus haute clé de la passion), prenons un exemple où un historien et un poète ont concouru. Hérodote et Justin témoignent tous deux que Zopyre, fidèle serviteur du roi Darius, voyant son maître longtemps contrarié par les Babyloniens rebelles, feignit d'être dans l'extrême disgrâce de son roi ; pour le prouver, il se fit couper le nez et les oreilles, et fuyant ainsi vers les Babyloniens, fut reçu, et pour sa vaillance connue, si bien cru qu'il trouva le moyen de les livrer à Darius. Tite-Live rapporte une affaire très semblable de Tarquin et de son fils. Xénophon feint excellemment un autre stratagème semblable, accompli par Abradate pour le compte de Cyrus. Maintenant, je voudrais bien savoir, si l'occasion se présentait à vous de servir votre prince par une telle et honnête dissimulation, pourquoi vous ne l'apprendriez pas aussi bien de la fiction de Xénophon que de la vérité des autres ; et en vérité, d'autant mieux que vous sauveriez votre nez par ce marché. Car Abradate ne contrefit pas aussi loin. Ainsi donc, le meilleur de l'historien est sujet au poète ; car quelle que soit l'action ou la faction, quel que soit le conseil, la politique ou la guerre, le stratagème que l'historien est tenu de réciter, le poète peut, s'il le veut, avec son imitation, se l'approprier, l'embellissant à la fois pour un plus grand enseignement et un plus grand plaisir, comme il lui plaît, ayant tout, de l'enfer au ciel de Dante, sous l'autorité de sa plume. Et si l'on me demande quels poètes ont fait ainsi, bien que je puisse en nommer quelques-uns, je dis pourtant, et je le répète, je parle de l'Art et non de l'Artisan. Venons-en maintenant à ce qui est communément attribué à la louange de l’Histoire, à savoir le savoir notable que l’on acquiert en observant le succès des choses, comme si l’on y devait voir la vertu exaltée et le vice puni. En vérité, cette louange est particulière à la Poésie, et bien loin de l’Histoire ; car en vérité, la Poésie expose toujours la vertu sous ses plus belles couleurs, faisant de la fortune sa servante bienveillante, au point que l'on ne peut que s'en énamourer. Vous pouvez bien voir Ulysse dans une tempête et dans d’autres situations difficiles, mais ce ne sont que des exercices de patience et de magnanimité, pour les faire briller davantage dans la prospérité qui suit de près. Et au contraire, si des hommes méchants montent sur la scène, ils en sortent toujours (comme le répondit un auteur de tragédies à quelqu’un qui n’aimait pas voir de tels personnages) si bien enchaînés qu’ils n’incitent guère les gens à les suivre. Mais l’Histoire, captive de la vérité d’un monde insensé, est maintes fois une terreur qui détourne du bien-faire, et un encouragement à une méchanceté débridée. Car ne voyons-nous pas le vaillant Miltiade pourrir dans ses fers ? Le juste Phocion et le parfait Socrate, mis à mort comme des traîtres ? Le cruel Sévère vivre prospère ? L’excellent Sévère misérablement assassiné ? Sylla et Marius mourant dans leurs lits ? Pompée et Cicéron tués alors qu’ils auraient considéré l’exil comme un bonheur ? Ne voyons-nous pas le vertueux Caton poussé à se tuer lui-même, et le rebelle César si élevé que son nom, après 1600 ans, dure encore dans le plus grand honneur ? Et ne remarquez que les propres mots de César sur le susnommé Sylla (qui, en cela seulement, agit honnêtement en déposant sa tyrannie déshonnête) : *Litteras nesciuit* ; comme si le manque de savoir l'avait poussé à bien agir. Il ne parlait pas de la Poésie, qui, non contente des fléaux terrestres, imagine de nouveaux châtiments en enfer pour les tyrans ; ni de la Philosophie, qui enseigne qu'ils doivent périr ; mais sans doute de la connaissance de l'Histoire, car celle-ci peut en effet vous fournir Cypsélos, Périandre, Phalaris, Denys, et je ne sais combien d'autres de la même engeance, qui s'en tirent assez bien dans leur abominable injustice d'usurpation. Je conclus donc qu'il excelle sur l’Histoire, non seulement en meublant l’esprit de connaissance, mais en le portant vers ce qui mérite d’être appelé et considéré comme bon ; ce fait de porter et d’émouvoir au bien-agir place en vérité la couronne de laurier sur la tête des poètes comme victorieux, non seulement de l’historien, mais aussi du philosophe, même si, en matière d’enseignement, cela puisse être discutable. Car supposons que l’on accorde, ce que je suppose avec grande raison pouvoir être nié, que le philosophe, en raison de son procédé méthodique, enseigne plus parfaitement que le poète ; je pense pourtant que nul n’est assez philosophe pour comparer le philosophe au poète en matière d’émotion. Et qu’émouvoir est d’un degré supérieur à enseigner, cela peut apparaître par le fait que c’est presque à la fois la cause et l’effet de l’enseignement. Car qui voudra être enseigné, s’il n’est mû par le désir d’être enseigné ? Et quel si grand bien cet enseignement produit-il (je parle toujours de la doctrine morale) sinon qu’il meut quelqu’un à faire ce qu’il enseigne ? Car, comme le dit Aristote, ce n’est pas la γνῶσις (*gnôsis*) mais la πρᾶξις (*praxis*) qui doit en être le fruit ; et comment la *praxis* peut exister sans être mû à la pratique, il n’est pas difficile de le concevoir. Le philosophe vous montre le chemin, il vous informe des particularités, tant des difficultés du chemin que de l’agréable gîte que vous aurez à la fin de votre voyage, ainsi que des nombreux détours qui peuvent vous écarter de votre voie. Mais cela ne s’adresse qu’à celui qui veut le lire, et le lire avec une studieuse et attentive peine ; et quiconque a en lui ce désir constant a déjà parcouru la moitié de la dureté du chemin, et n’est donc redevable au philosophe que pour l’autre moitié. Non, en vérité, des hommes savants ont savamment pensé que, une fois que la raison a tellement maîtrisé la passion que l’esprit a un libre désir de bien faire, la lumière intérieure que chaque esprit a en lui-même vaut bien le livre d’un philosophe ; car par nature nous savons qu’il est bon de bien faire, et ce qui est bien et ce qui est mal, bien que non dans les mots de l’art que les philosophes nous prodiguent. C’est en effet de la conception naturelle que les philosophes l’ont tiré. Mais être mû à faire ce que nous savons, ou être mû par le désir de savoir, *Hoc opus, hic labor est*. Or, en cela, de toutes les sciences (je parle toujours de l’humain et selon la conception humaine) notre poète est le monarque. Car il ne montre pas seulement le chemin, mais il offre une perspective si douce sur le chemin qu’elle incitera tout homme à y entrer. Mieux encore, il fait comme si votre voyage devait passer par un beau vignoble et, dès le début, il vous donne une grappe de raisin, afin que, plein de ce goût, vous désiriez aller plus loin. Il ne commence pas par des définitions obscures qui doivent maculer la marge d’interprétations et charger la mémoire d’incertitudes ; mais il vient à vous avec des mots agencés en proportion délectable, soit accompagnés de, soit préparés pour l’art bien enchanteur de la Musique ; et ma foi, il vient à vous avec un conte, un conte, qui détourne les enfants du jeu, et les vieillards du coin du feu. Et ne prétendant rien de plus, il a l’intention de gagner l’esprit de la méchanceté à la vertu, tout comme l’enfant est souvent amené à prendre les choses les plus saines en les cachant dans d’autres qui ont un goût plaisant. Si l'on commençait à lui dire la nature de l’aloès ou de la rhubarbe qu’il doit recevoir, il prendrait plus tôt son remède par les oreilles que par la bouche. Il en est de même des hommes (dont la plupart sont puérils dans les meilleures choses, jusqu’à ce qu’ils soient bercés dans leurs tombes) : ils seront heureux d’entendre les contes d’Hercule, d’Achille, de Cyrus, d’Énée, et en les entendant, ils entendront nécessairement la juste description de la sagesse, de la vaillance et de la justice ; que si on les leur avait exposées nûment (c’est-à-dire philosophiquement), ils jureraient qu’on les a ramenés à l’école. Cette imitation, qui est l’essence de la Poésie, a la plus grande convenance avec la nature de toutes les autres. À tel point que, comme le dit Aristote, les choses qui en elles-mêmes sont horribles, comme les batailles cruelles, les monstres contre nature, sont rendues dans l’imitation poétique, délectables. En vérité, j’ai connu des hommes qui, même en lisant *Amadis de Gaule*, qui, Dieu le sait, manque de beaucoup à être une poésie parfaite, ont senti leur cœur mû à l’exercice de la courtoisie, de la libéralité, et surtout du courage. Qui lit Énée portant le vieil Anchise sur son dos, et ne souhaite pas que ce fût sa fortune d’accomplir un acte si excellent ? Qui n’est ému par ces mots de Turnus, (le conte de Turnus ayant planté son image dans l’imagination) : *Fugientem hæc terra videbit? Usque adeone mori miserum est?* Là où les philosophes, comme ils dédaignent de plaire, doivent se contenter de peu émouvoir ; sauf à se quereller pour savoir si la *Virtus* est le bien suprême ou le seul bien ; si la vie contemplative ou la vie active excelle. Ce que Platon et Boèce savaient bien, et c’est pourquoi ils firent très souvent emprunter à maîtresse Philosophie le vêtement masqué de la Poésie. Car même ces hommes méchants au cœur dur qui pensent que la vertu est un nom d’école et ne connaissent d’autre bien qu’*indulgere genio*, et qui donc méprisent les austères admonestations du philosophe et ne sentent pas la raison intérieure sur laquelle elles reposent, se contenteront pourtant d’être charmés, ce qui est tout le bien que le compagnon poète semble promettre ; et ainsi, ils se glissent pour voir la forme de la bonté, (laquelle, une fois vue, ils ne peuvent qu’aimer) avant même de s’en rendre compte, comme s’ils prenaient un remède de cerises. On pourrait alléguer d’infinies preuves des étranges effets de cette invention poétique ; deux seulement serviront, qui sont si souvent rappelées que je pense que tous les hommes les connaissent. La première est celle de Menenius Agrippa, qui, lorsque tout le peuple de Rome s’était résolument séparé du Sénat, avec une apparence manifeste de ruine totale, bien qu’il fût à cette époque un excellent orateur, ne vint pas parmi eux en se fiant à des discours figurés ou à des insinuations rusées, et encore moins à des maximes philosophiques recherchées, que, surtout si elles avaient été platoniciennes, ils auraient dû apprendre la géométrie avant de pouvoir bien les concevoir. Mais ma foi, il se comporte comme un poète simple et familier. Il leur raconte une fable : qu’il fut un temps où toutes les parties du corps firent une conspiration mutine contre le ventre, qu’elles pensaient dévorer les fruits du labeur de chacune : elles conclurent qu’elles laisseraient mourir de faim un dépensier si inutile. À la fin, pour faire court, car le conte est notoire, et il est aussi notoire que c’était un conte, en punissant le ventre, elles se tourmentèrent elles-mêmes. Ceci, appliqué par lui, produisit un tel effet sur le peuple, que je n’ai jamais lu que de simples paroles aient produit un changement si soudain et si bon ; car à des conditions raisonnables, une parfaite réconciliation s’ensuivit. L’autre est celle de Nathan le prophète, qui, lorsque le saint David avait à ce point abandonné Dieu qu’il confirma l’adultère par le meurtre, quand il devait accomplir le plus tendre office d’un ami, en mettant sa propre honte devant ses yeux ; envoyé par Dieu pour rappeler un serviteur si choisi, comment s’y prend-il ? Sinon en racontant l’histoire d’un homme dont l’agneau bien-aimé fut ingratement pris de son sein. L’application est divinement vraie, mais le discours lui-même est fictif ; ce qui fit que David (je parle de la cause seconde et instrumentale) vit, comme dans un miroir, sa propre souillure, ainsi que le témoigne bien ce Psaume céleste de la miséricorde. Par ces exemples et ces raisons donc. je pense qu’il peut être manifeste que le poète, avec cette même main du plaisir, attire l’esprit plus efficacement que tout autre art ne le fait. Et ainsi s’ensuit, non sans à-propos, une conclusion : que comme la vertu est le plus excellent lieu de repos où tout savoir du monde doit trouver sa fin, ainsi la Poésie, étant la plus familière pour l’enseigner, et la plus princière pour y mouvoir, est, dans l’œuvre la plus excellente, l’ouvrier le plus excellent. Mais je me contente non seulement de le dépeindre par ses œuvres (bien que les œuvres, en matière de louange et de blâme, doivent toujours avoir une haute autorité), mais j’examinerai plus étroitement ses parties, de sorte que (comme chez un homme), bien que l’ensemble puisse porter une présence pleine de majesté et de beauté, peut-être trouverons-nous une tache dans quelque pièce défectueuse. Or, dans ses parties, genres, ou espèces, comme il vous plaira de les nommer, il faut noter que certaines poésies ont couplé deux ou trois genres, comme le tragique et le comique, d’où est née la tragi-comédie ; certaines, dans la manière, ont mêlé la prose et le vers, comme Sannazaro et Boèce ; certaines ont mêlé des matières héroïques et pastorales. Mais tout cela revient au même dans cette question ; car si, séparés, ils sont bons, la conjonction ne peut être nuisible. Donc, peut-être en oubliant quelques-uns, et en en laissant d’autres comme inutiles à rappeler. il ne sera pas déplacé de citer en un mot les genres spéciaux, pour voir quels défauts on peut trouver dans leur juste usage. Est-ce donc le poème pastoral qui déplaît ? (Car peut-être que là où la haie est la plus basse ils sauteront le plus vite par-dessus) Dédaigne-t-on le pauvre pipeau, qui parfois, de la bouche de Mélibée, peut montrer la misère des peuples, sous des seigneurs durs et des soldats rapaces ? Et de nouveau, par Tityre, quel bonheur est accordé, à ceux qui sont les plus humbles, par la bonté de ceux qui siègent au plus haut ? Qui parfois, sous les jolis contes de loups et de brebis, peut renfermer toutes les considérations sur l’injustice et la patience ; qui parfois montre que les contentions pour des bagatelles ne peuvent obtenir qu’une victoire insignifiante, où peut-être un homme peut voir que même Alexandre et Darius, lorsqu’ils luttaient pour savoir qui serait le coq du fumier de ce monde, le bénéfice qu’ils en retirèrent fut que la postérité puisse dire : *Hæc memini et victum frustra contendere Thyrsim. Ex illo Corydon, Corydon est tempore nobis*. Ou est-ce l'élégie plaintive, qui dans un cœur sensible susciterait plutôt la pitié que le blâme, qui déplore avec le grand philosophe Héraclite la faiblesse de l'humanité et la misère du monde ? Elle doit sûrement être louée, soit pour accompagner avec compassion de justes causes de lamentation, soit pour dépeindre justement combien sont faibles les passions de la tristesse. Est-ce l'iambe amer mais salutaire, qui frotte l'esprit écorché, en faisant de la honte la trompette de la vilenie, en criant haut et fort contre la méchanceté ? Ou le satirique, qui *Omne vafer vitium ridenti tangit amico*, qui, en plaisantant, ne cesse jamais jusqu'à ce qu'il fasse rire un homme de la folie, et à la fin, honteux, rire de lui-même, ce qu'il ne peut éviter sans éviter la folie ? Qui, tandis que *Circum præcordia ludit*, nous fait sentir combien de maux de tête une vie passionnée nous apporte ? Et comment, quand tout est dit, *Est Ulubris animus si nos non deficit æquus*. Non, peut-être est-ce le comique, que de méchants faiseurs de pièces et directeurs de théâtre ont justement rendu odieux. Aux arguments de l'abus, je répondrai plus tard ; pour l'instant, il suffit de dire que la comédie est une imitation des erreurs communes de notre vie, qu'elle représente de la manière la plus ridicule et la plus méprisante qui soit, de sorte qu'il est impossible qu'un spectateur puisse se contenter d'être un tel personnage. Or, comme en géométrie, l'oblique doit être connu aussi bien que le droit, et en arithmétique, l'impair aussi bien que le pair, ainsi dans les actions de notre vie, celui qui ne voit pas la laideur du mal manque d'un grand repoussoir pour percevoir la beauté de la vertu. C'est ce que la comédie traite dans nos affaires privées et domestiques, de sorte qu'en l'écoutant, nous acquérons comme une expérience de ce qu'il faut attendre d'un Demea avare, d'un Davus rusé, d'un Gnathon flatteur, d'un Thraso vaniteux ; et non seulement de savoir quels effets sont à attendre, mais de savoir qui sont de tels hommes, par l'insigne significatif que leur donne le comédien. Et peu de raison a quiconque de dire que les hommes apprennent le mal en le voyant ainsi exposé, puisque, comme je l'ai dit auparavant, il n'est personne qui vive qui, par la force que la vérité a dans la nature, ne souhaite, dès qu'il voit ces hommes jouer leurs rôles, qu'ils fussent au moulin, bien que peut-être le sac de ses propres fautes soit si bien derrière son dos qu'il ne se voit pas danser la même mesure. À quoi, pourtant, rien ne peut mieux lui ouvrir les yeux que de voir ses propres actions exposées de manière méprisable. De sorte que le juste usage de la comédie, je pense, ne sera blâmé par personne, et bien moins encore celui de la haute et excellente tragédie, qui ouvre les plus grandes blessures et montre les ulcères qui sont couverts de brocart, qui fait que les rois craignent d'être des tyrans, et que les tyrans manifestent leurs humeurs tyranniques, qui, en suscitant les affects de l'admiration et de la commisération, enseigne l'incertitude de ce monde, et sur quelles faibles fondations les toits dorés sont construits : qui nous fait savoir : *Qui sceptra sævus duro imperio regit, Timet timentes, metus in auctorem redit*. Mais combien elle peut émouvoir, Plutarque en donne un témoignage notable à propos de l'abominable tyran Alexandre de Phères, des yeux duquel une tragédie bien faite et bien représentée tira une abondance de larmes, lui qui, sans aucune pitié, avait assassiné un nombre infini de personnes, et certaines de son propre sang. De sorte que celui qui n'avait pas honte de fournir matière à des tragédies, ne put cependant résister à la douce violence d'une tragédie. Et si elle ne produisit pas en lui de plus grand bien, c'est que, malgré lui, il se retira de l'écoute de ce qui aurait pu amollir son cœur endurci. Mais ce n'est pas la tragédie qu'ils détestent, car il serait trop absurde de rejeter une si excellente représentation de tout ce qui est le plus digne d'être appris. Est-ce le lyrique qui déplaît le plus, qui, avec sa lyre accordée et sa voix bien harmonieuse, donne la louange, récompense de la vertu, aux actes vertueux ? Qui donne des préceptes moraux et des problèmes naturels, Qui parfois élève sa voix jusqu'à la hauteur des cieux, en chantant les louanges du Dieu immortel ? Certainement, je dois confesser ma propre barbarie : je n'ai jamais entendu la vieille chanson de Percy et Douglas sans sentir mon cœur plus ému qu'avec une trompette. Et pourtant, elle n'est chantée que par quelque ménestrel aveugle, avec une voix non moins rude que son style. Étant si mal vêtue dans la poussière et les toiles d'araignée de cet âge incivil, quel effet produirait-elle, parée de l'éloquence somptueuse de Pindare ? En Hongrie, j'ai vu que c'était la coutume à tous les festins et autres réunions semblables, d'avoir des chansons sur la vaillance de leurs ancêtres, ce que cette nation si soldatesque considère comme l'un des principaux stimulants du courage. Les incomparables Lacédémoniens non seulement emportaient toujours ce genre de musique avec eux au champ de bataille, mais même chez eux, à mesure que de telles chansons étaient faites, ils se contentaient tous de les chanter : quand les hommes vigoureux devaient dire ce qu'ils faisaient, les vieillards ce qu'ils avaient fait, et les jeunes ce qu'ils feraient. Et si l'on peut dire que Pindare loue souvent hautement des victoires de peu de moment, plutôt des affaires de sport que de vertu, on peut répondre que c'était la faute du poète, et non de la poésie ; mais en vérité, la faute principale était dans le temps et la coutume des Grecs, qui estimaient ces babioles à un si haut prix que Philippe de Macédoine compta une course de chevaux gagnée à Olympie parmi ses trois redoutables félicités. Mais comme l'inimitable Pindare le fit souvent, ce genre est le plus capable et le plus apte à réveiller les pensées du sommeil de l'oisiveté, pour embrasser d'honorables entreprises. Reste l’héroïque, dont le nom même, je pense, devrait intimider tous les médisants. Car par quelle conception une langue peut-elle être dirigée pour dire du mal de ce qui amène avec lui des champions non moindres qu’Achille, Cyrus, Énée, Turnus, Tydée, Rinaldo ? Qui non seulement enseigne et meut à une vérité, mais enseigne et meut à la vérité la plus haute et la plus excellente ? Qui fait briller la magnanimité et la justice à travers toutes les craintes brumeuses et les désirs obscurs ? Si le dire de Platon et de Cicéron est vrai, que celui qui pourrait voir la vertu serait merveilleusement ravi par l’amour de sa beauté, cet homme l’expose pour la rendre plus aimable dans son vêtement de fête, aux yeux de quiconque daignera ne pas dédaigner avant de comprendre. Mais si quelque chose a déjà été dit pour la défense de la douce Poésie, tout concourt au maintien de l’héroïque, qui n’est pas seulement un genre, mais le meilleur et le plus accompli des genres de Poésie. Car comme l’image de chaque action émeut et instruit l’esprit, ainsi la haute image de tels dignes personnages enflamme-t-elle le plus l’esprit du désir d’être digne, et l’informe-t-elle par le conseil sur la manière d’être digne. Qu’on porte seulement Énée sur la tablette de sa mémoire : comment il se gouverne dans la ruine de sa patrie, en préservant son vieux père et en emportant ses cérémonies religieuses ; en obéissant au commandement de Dieu de quitter Didon, bien que non seulement toute tendresse passionnée, mais même la considération humaine d’une vertueuse reconnaissance, eussent exigé autre chose de lui ; comment il se comporte dans les tempêtes, dans les jeux, dans la guerre, dans la paix ; comment en fugitif, comment en victorieux ; comment assiégé, comment assiégeant ; comment envers les étrangers, comment envers les alliés, comment envers les ennemis, comment envers les siens. Enfin, comment dans son for intérieur et comment dans son gouvernement extérieur ; et je pense que, même dans un esprit le plus prévenu par une humeur partiale, il sera trouvé fécond en excellence. Oui, comme le dit Horace, *Melius Chrysippo et Crantore*. Mais en vérité, j’imagine qu’il en va de ces fouetteurs de poètes comme de certaines bonnes femmes qui sont souvent malades, mais ma foi, ne sauraient dire où. Ainsi le nom de Poésie leur est odieux, mais ni sa cause ni ses effets, ni la somme qui la contient, ni les particularités qui en découlent, ne donnent de prise solide à leur blâme caustique.

Puisque donc la Poésie est, de tous les savoirs humains, le plus ancien et d'une antiquité des plus paternelles, d'où les autres savoirs ont pris leur commencement ; puisqu'elle est si universelle qu'aucune nation savante ne la méprise, ni aucune nation barbare n'en est dépourvue ; puisque Romains et Grecs lui ont donné des noms si divins, l'un de prophétie, l'autre de création, et qu'en vérité ce nom de création lui convient, considérant que là où tous les autres arts se maintiennent dans leur sujet et en reçoivent pour ainsi dire leur être, le poète seul apporte sa propre matière, et n'apprend pas une conception d'une matière, mais fait une matière pour une conception ; puisque ni sa description ni sa fin ne contiennent aucun mal, la chose décrite ne peut être mauvaise ; puisque ses effets sont si bons qu'ils enseignent la bonté et charment ceux qui l'apprennent ; puisque en cela (à savoir, dans la doctrine morale, la première de toutes les connaissances) il surpasse non seulement de loin l'historien, mais pour instruire est presque comparable au philosophe, et pour émouvoir, le laisse loin derrière lui ; puisque la sainte Écriture (où il n'y a nulle souillure) contient des parties entières qui sont poétiques, et que même notre Sauveur le Christ a daigné user de ses fleurs ; puisque tous ses genres sont non seulement dans leurs formes unies, mais dans leurs dissections séparées, pleinement louables ; je pense (et je pense que je pense justement) que la couronne de laurier destinée aux capitaines triomphants honore dignement, de tous les autres savoirs, le triomphe du poète.

Mais parce que nous avons des oreilles aussi bien que des langues, et que les raisons les plus légères qui soient sembleront peser lourdement si rien n’est mis dans le contrepoids, écoutons et, aussi bien que nous le pouvons, pesons les objections faites contre cet art, qui peuvent être dignes soit de céder, soit de répondre. D'abord, en vérité, je note, non seulement chez ces μισόμουσοι (*misomousoi*), ces haïsseurs de poètes, mais dans tout ce genre de gens qui cherchent la louange en blâmant les autres, qu'ils dépensent prodigalement un grand nombre de mots errants en traits d'esprit et en moqueries, critiquant et raillant chaque chose, ce qui, en excitant la rate, peut empêcher le cerveau de contempler pleinement la valeur du sujet. Ce genre d'objections, comme elles sont pleines d'une facilité très oisive, puisqu'il n'y a rien d'une majesté si sacrée qu'une langue qui démange ne puisse se frotter dessus, ne méritent d'autre réponse qu'au lieu de rire de la plaisanterie, de rire du plaisantin. Nous savons qu'un esprit joueur peut louer la discrétion d'un âne, le réconfort d'être endetté, et les joyeux avantages d'être malade de la peste. Ainsi, du côté contraire, si nous voulons retourner le vers d'Ovide, *Ut lateat virtus, proximitate mali*, que la vertu se cache par la proximité du mal, Agrippa sera aussi joyeux en montrant la vanité de la science qu'Érasme le fut en louant la folie ; et nul homme ni nulle matière n'échappera à quelque touche de ces railleurs souriants. Mais pour Érasme et Agrippa, ils avaient une autre fondation que ce que la partie superficielle promettrait. Mais ces autres plaisants trouveurs de défauts, qui corrigeront le verbe avant de comprendre le nom, et confuteront le savoir des autres avant de confirmer le leur, je voudrais seulement qu'ils se souviennent que la moquerie ne vient pas de la sagesse ; de sorte que le meilleur titre en bon anglais qu'ils obtiennent avec leurs joyeusetés est d'être appelés de bons fous ; car ainsi nos graves ancêtres ont toujours nommé ce genre de bouffons humoristiques.

Mais ce qui donne le plus de champ à leur humeur moqueuse, c'est le fait de rimer et de versifier. Il a déjà été dit (et je pense justement dit) que ce n'est pas le fait de rimer et de versifier qui fait la Poésie. On peut être un poète sans versifier, et un versificateur sans Poésie. Mais supposons pourtant que ce soit inséparable, comme en vérité Scaliger le juge justement, ce serait une louange inséparable. Car si l'*Oratio*, après la *Ratio*, la Parole après la Raison, est le plus grand don accordé à la mortalité, ce qui polit le plus cette bénédiction de la parole ne peut être sans louange ; ce qui considère chaque mot non seulement, pour ainsi dire par sa qualité expressive, mais par sa quantité la mieux mesurée, portant en eux-mêmes une harmonie ; à moins que par hasard le nombre, la mesure, l'ordre, la proportion ne soient devenus odieux en notre temps. Mais laissons de côté la juste louange qu'elle a d'être la seule parole propre à la musique (la musique, dis-je, le plus divin frappeur des sens). Ceci est indubitablement vrai : si lire est insensé sans se souvenir, la mémoire étant le seul trésor de la connaissance, les mots qui sont les plus aptes à la mémoire sont également les plus convenables à la connaissance.

Or, que le vers surpasse de loin la prose pour fixer la mémoire, la raison en est manifeste : les mots (outre leur plaisir, qui a une grande affinité avec la mémoire) étant si agencés que l'un ne peut être perdu sans que toute l'œuvre ne s'effondre ; s'accusant elle-même, elle rappelle la mémoire à elle, et ainsi la confirme le plus fortement. En outre, un mot en engendre pour ainsi dire un autre, de sorte que, que ce soit en rime ou en vers mesurés, par le premier on aura une idée proche du suivant. Enfin, même ceux qui ont enseigné l'art de la mémoire n'ont rien montré de si apte pour elle qu'un certain espace divisé en plusieurs lieux, bien et parfaitement connus. Or, le vers a cela en effet perfectly, chaque mot ayant sa place naturelle, laquelle place doit nécessairement faire que le mot soit retenu. Mais que faut-il de plus dans une chose si connue de tous les hommes ? Qui est-ce qui, ayant jamais été écolier, n'emporte pas quelques vers de Virgile, d'Horace ou de Caton, qu'il a appris dans sa jeunesse, et qui même jusqu'à sa vieillesse lui servent de leçons quotidiennes, comme *Percontatorem fugito, nam garrulus idem est*, ou *Dum tibi quisque placet, credula turba sumus* ? Mais son aptitude à la mémoire est notablement prouvée par toute transmission des arts, où, pour la plupart, de la grammaire à la logique, aux mathématiques, à la physique et au reste, les règles principalement nécessaires à retenir sont compilées en vers. De sorte que le vers, étant en lui-même doux et ordonné, et étant le meilleur pour la mémoire, seule anse de la connaissance, ce doit être en plaisantant que quiconque peut parler contre lui.

Passons maintenant aux plus importantes imputations faites aux pauvres poètes ; pour autant que je puisse l'apprendre jusqu'ici, elles sont celles-ci. Premièrement, qu'y ayant de nombreuses autres connaissances plus fructueuses, un homme pourrait mieux employer son temps à celles-ci qu'à celle-là. Deuxièmement, qu'elle est la mère des mensonges. Troisièmement, qu'elle est la nourrice de la dépravation, nous infectant de nombreux désirs pestilentiels, avec une douceur de Sirène, attirant l'esprit vers la queue de serpent des fantaisies pécheresses ; et en cela, les comédies en particulier donnent le plus grand champ, comme le dit Chaucer ; comment, tant dans les autres nations que dans la nôtre, avant que les poètes ne nous adoucissent, nous étions pleins de courage, donnés aux exercices martiaux, piliers de la liberté virile, et non endormis dans une oisiveté ombragée par les passe-temps des poètes. Et enfin et principalement, ils crient à pleine bouche, comme s'ils avaient dépassé Robin des Bois, que Platon les a bannis de sa République. En vérité, c'est beaucoup, s'il y a beaucoup de vérité là-dedans. Premièrement, au premier point. Qu'un homme pourrait mieux employer son temps est en effet une raison ; mais elle ne fait, comme on dit, que *petere principium*. Car si, comme je l'affirme, nul savoir n'est aussi bon que celui qui enseigne et meut à la vertu, et que nul ne peut à la fois enseigner et y mouvoir autant que la Poésie, alors la conclusion est manifeste : l'encre et le papier ne peuvent être employés à un usage plus profitable. Et certainement, même si un homme accorderait leur première supposition, il s'ensuivrait, me semble-t-il, bien à contrecœur, que le bien n'est pas bon parce que le meilleur est meilleur. Mais je nie toujours et entièrement qu'il soit sorti de la terre une connaissance plus fructueuse. Au second point donc, qu'ils seraient les principaux menteurs, je réponds paradoxalement, mais vraiment, je pense vraiment : que de tous les écrivains sous le soleil, le poète est le moins menteur ; et même s'il le voulait, en tant que poète, il peut à peine être un menteur. L'astronome, avec son cousin le géomètre, peut difficilement y échapper, lorsqu'ils entreprennent de mesurer la hauteur des étoiles. Combien de fois, pensez-vous, les médecins mentent-ils, lorsqu'ils affirment que des choses sont bonnes pour les maladies, qui par la suite envoient à Charon un grand nombre d'âmes noyées dans une potion avant d'arriver à son bac ? Et il n'en va pas moins du reste, qui entreprennent d'affirmer. Or, pour le poète, il n'affirme rien, et donc ne ment jamais. Car, si je ne me trompe, mentir, c'est affirmer être vrai ce qui est faux. De sorte que les autres artisans, et surtout l'historien, affirmant de nombreuses choses, peuvent difficilement, dans la connaissance obscure de l'humanité, échapper à de nombreux mensonges. Mais le poète, comme je l'ai dit auparavant, n'affirme jamais. Le poète ne trace jamais de cercles autour de votre imagination pour vous conjurer de croire pour vrai ce qu'il écrit ; il ne cite pas les autorités d'autres histoires, mais dès son entrée, il appelle les douces Muses à lui inspirer une bonne invention. En vérité, il ne s'efforce pas de vous dire ce qui est ou n'est pas, mais ce qui devrait ou ne devrait pas être. Et donc, bien qu'il raconte des choses non vraies, parce qu'il ne les raconte pas comme vraies, il ne ment pas ; à moins que nous ne voulions dire que Nathan a menti dans son discours précédemment allégué à David, ce qu'un méchant homme oserait à peine dire ; et je pense que nul n'est assez simple pour dire qu'Ésope a menti dans les contes de ses bêtes. Car qui penserait qu'Ésope l'a écrit comme étant factuellement vrai serait bien digne de voir son nom chroniqué parmi les bêtes dont il écrit. Quel enfant est-ce qui, venant à une pièce de théâtre et voyant *Thèbes* écrit en grandes lettres sur une vieille porte, croit que c'est Thèbes ? Si donc un homme peut arriver à l'âge de l'enfant, pour savoir que les personnes et les actions des poètes ne sont que des images de ce qui devrait être, et non des histoires de ce qui a été, il ne donnera jamais le démenti à des choses écrites non affirmativement, mais allégoriquement et figurativement. Et donc, comme en histoire, cherchant la vérité, ils peuvent repartir pleins de fausseté, ainsi en Poésie, ne cherchant que la fiction, ils n'utiliseront la narration que comme un plan imaginaire pour une invention profitable.

Mais à cela on réplique que les poètes donnent des noms aux hommes dont ils écrivent, ce qui suppose une conception d'une vérité factuelle, et n'étant donc pas vrai, prouve une fausseté. Et le juriste ment-il donc, lorsque sous les noms de Jean de la Vigne et de Jean du Noyer, il expose son cas ? Mais cela se répond facilement : leur nomination d'hommes n'est que pour rendre leur image plus vivante, et non pour bâtir une quelconque histoire. Peignant des hommes, ils ne peuvent laisser les hommes sans nom. Nous voyons que nous ne pouvons jouer aux échecs sans donner des noms à nos pièces d'échecs ; et pourtant, il me semble que celui-là serait un bien partial champion de la vérité qui dirait que nous mentons en donnant à un morceau de bois le titre révérend d'un évêque. Le poète nomme Cyrus et Énée, non pas autrement que pour montrer ce que des hommes de leur renommée, de leur fortune et de leur état devraient faire.

Leur troisième point est de savoir combien cela abuse l'esprit des hommes, l'entraînant à une lascivité pécheresse et à un amour luxurieux. Car en vérité, c'est là le principal, sinon le seul abus, que je puisse entendre alléguer. Ils disent que les comédies enseignent plutôt qu'elles ne réprimandent les conceptions amoureuses. Ils disent que le lyrique est lardé de sonnets passionnés, que l'élégie pleure le manque de sa maîtresse, et que même jusqu'à l'héroïque, Cupidon a ambitieusement grimpé. Hélas, Amour, je voudrais que tu puisses aussi bien te défendre que tu peux offenser les autres ! Je voudrais que ceux dont tu t'occupes puissent soit te repousser, soit donner une bonne raison pour laquelle ils te gardent. Mais accordons que l'amour de la beauté soit une faute bestiale, bien que ce soit très difficile, puisque seul l'homme et aucune bête n'a ce don de discerner la beauté, accordons que ce charmant nom d'amour mérite tous les reproches haineux, bien que même certains de mes maîtres les philosophes aient dépensé une bonne partie de leur huile de lampe à exposer son excellence ; accordons, dis-je, ce qu'ils veulent qu'on leur accorde, que non seulement l'amour, mais la luxure, mais la vanité, mais s'ils le veulent la scurrilité, possèdent de nombreuses feuilles des livres des poètes ; je pense pourtant que, ceci accordé, ils trouveront que leur sentence pourrait avec de bonnes manières mettre les derniers mots en premier, et ne pas dire que la Poésie abuse l'esprit de l'homme, mais que l'esprit de l'homme abuse la Poésie.

Car je ne nierai pas que l'esprit de l'homme puisse faire de la Poésie, qui devrait être εἰκαστική (*eikastikè*), que certains savants ont définie comme la figuration de bonnes choses, une poésie φανταστική (*phantastikè*), qui au contraire infecte l'imagination d'objets indignes ; comme le peintre qui, au lieu de donner à l'œil une excellente perspective, ou une belle image propre à la construction ou à la fortification, ou contenant quelque exemple notable, comme Abraham sacrifiant son fils Isaac, Judith tuant Holopherne, David combattant Goliath, pourrait laisser cela et plaire à un œil mal satisfait avec des spectacles lascifs de matières mieux cachées. Mais quoi, l'abus d'une chose rendra-t-il le juste usage odieux ? Non, en vérité, bien que j'accorde que la Poésie puisse non seulement être abusée, mais qu'étant abusée, en raison de sa douce force charmante, elle puisse faire plus de mal que toute autre armée de mots, il s'en faudra tant que cela conclue que l'abus doive jeter l'opprobre sur l'abusé, qu'au contraire, c'est une bonne raison que tout ce qui, étant abusé, fait le plus de mal, étant droitement utilisé (et c'est sur le juste usage que chaque chose reçoit son titre), fait le plus de bien. Ne voyons-nous pas l'art de la médecine, le meilleur rempart pour nos corps souvent assaillis, étant abusé, enseigner au poison à être le plus violent destructeur ? La connaissance de la loi, dont la fin est d'égaliser et de redresser toutes choses, étant abusée, ne devient-elle pas la nourricière tortueuse d'horribles injustices ? Pour aller au plus haut, la parole de Dieu abusée n'engendre-t-elle pas l'hérésie, et son nom abusé ne devient-il pas blasphème ? En vérité, une aiguille ne peut faire beaucoup de mal, et aussi vraiment (avec la permission des dames soit dit), elle ne peut faire beaucoup de bien. Avec une épée, tu peux tuer ton père, et avec une épée, tu peux défendre ton prince et ta patrie. De sorte que, comme en appelant les poètes pères des mensonges, ils n'ont rien dit, de même dans leur argument de l'abus, ils prouvent la louange.

Ils allèguent en même temps qu'avant que les poètes ne commencent à être en estime, notre nation avait mis le délice de son cœur dans l'action, et non dans l'imagination, faisant plutôt des choses dignes d'être écrites qu'écrivant des choses propres à être faites. Ce que ce temps d'avant était, je pense que même le Sphinx peut à peine le dire, puisqu'aucune mémoire n'est si ancienne qu'elle n'ait la précédence de la Poésie. Et il est certain que, dans notre plus simple rusticité, la nation d'Albion n'a jamais été sans Poésie. Certes, cet argument, bien qu'il soit dirigé contre la Poésie, est en vérité un tir en chaîne contre tout savoir ou toute culture livresque, comme on l'appelle communément. De tels esprits étaient certains Goths, dont il est écrit que, ayant, dans le pillage d'une célèbre cité, pris une belle bibliothèque, un bourreau, sans doute apte à exécuter les fruits de leurs esprits, qui avait assassiné un grand nombre de corps, aurait voulu y mettre le feu. « Non », dit un autre très gravement, « prenez garde à ce que vous faites, car pendant qu'ils sont occupés à ces babioles, nous conquerrons leurs pays avec plus de loisir ». C'est en effet la doctrine ordinaire de l'ignorance, et j'ai parfois entendu dépenser beaucoup de mots à ce sujet. Mais parce que cette raison est généralement contre tout savoir, aussi bien que la Poésie, ou plutôt contre tout savoir sauf la Poésie ; parce que ce serait une trop longue digression pour la traiter, ou du moins trop superflue, puisqu'il est manifeste que tout gouvernement de l'action doit être obtenu par la connaissance, et la connaissance le mieux en rassemblant de nombreuses connaissances, ce qui est la lecture ; je souhaite seulement, avec Horace, à celui qui est de cette opinion, *Iubeo stultum esse libenter*. Car quant à la Poésie elle-même, elle est la plus libre de cette objection, car la Poésie est la compagne des camps. J'ose entreprendre que l'*Orlando Furioso*, ou l'honnête roi Arthur, ne déplaira jamais à un soldat ; mais la quiddité de l'Être et de la Matière Première s'accordera difficilement avec un corselet. Et donc, comme je l'ai dit au début, même les Turcs et les Tartares sont charmés par les poètes. Homère, un Grec, a fleuri avant que la Grèce ne fleurisse ; et si à une légère conjecture on peut opposer une conjecture, il peut en vérité sembler que, comme par lui leurs hommes savants ont presque pris leur première lumière de connaissance, ainsi leurs hommes actifs ont reçu leurs premiers mouvements de courage. Seul l'exemple d'Alexandre peut servir, qui par Plutarque est considéré comme d'une telle vertu que la fortune ne fut pas son guide, mais son marchepied ; dont les actes parlent pour lui, même si Plutarque ne l'eût pas fait ; en vérité, le phénix des princes guerriers. Cet Alexandre laissa derrière lui son maître d'école, le vivant Aristote, mais emporta avec lui le mort Homère. Il fit mettre à mort le philosophe Callisthène pour son entêtement en apparence philosophique, mais en réalité mutin ; mais la principale chose qu'on l'ait jamais entendu souhaiter, c'est qu'Homère eût été en vie. Il trouva bien qu'il recevait plus de bravoure d'esprit par le modèle d'Achille qu'en entendant la définition de la force. Et donc, si Caton désapprouva Fulvius d'avoir emmené Ennius avec lui au champ de bataille, on peut répondre que si Caton le désapprouva, le noble Fulvius l'approuva, sinon il ne l'aurait pas fait. Car ce n'était pas l'excellent Caton d'Utique, dont j'aurais beaucoup plus révéré l'autorité, mais c'était le premier, en vérité un amer punisseur de fautes, mais sinon un homme qui n'avait jamais sacrifié aux Grâces. Il désapprouva et cria contre tout le savoir grec, et pourtant, à quatre-vingts ans, il commença à l'apprendre, craignant sans doute que Pluton ne comprît pas le latin. En vérité, les lois romaines ne permettaient à aucune personne d'être emmenée aux guerres, s'il n'était pas sur le rôle des soldats. Et donc, bien que Caton désapprouvât sa personne non enrôlée, il ne désapprouva pas son œuvre. Et s'il l'avait fait, Scipion Nasica (jugé par consentement commun le meilleur Romain) l'aima ; les deux autres frères Scipion, qui avaient par leurs vertus des surnoms non moindres que ceux d'Asie et d'Afrique, l'aimèrent tellement qu'ils firent enterrer son corps dans leur sépulture. De sorte que l'autorité de Caton, n'étant que contre sa personne, et celle-ci étant défendue par des hommes bien plus grands que lui, n'est en cela d'aucune validité.

Mais maintenant, en vérité, mon fardeau est grand, car le nom de Platon est invoqué contre moi, que je dois confesser, de tous les philosophes, avoir toujours estimé le plus digne de révérence ; et avec bonne raison, puisque de tous les philosophes, il est le plus poétique. Pourtant, s'il veut souiller la fontaine d'où ses flots abondants ont procédé, examinons hardiment avec quelles raisons il l'a fait. D'abord, en vérité, on pourrait malicieusement objecter que Platon, étant philosophe, était un ennemi naturel des poètes. Car en vérité, après que les philosophes eurent extrait des doux mystères de la Poésie les justes points discernants de la connaissance, ils, la mettant aussitôt en méthode et en faisant un art d'école de ce que les poètes n'enseignaient que par une délectation divine, commençant à ruer contre leurs guides, comme des apprentis ingrats, ne se contentèrent pas de s'établir à leur compte, mais cherchèrent par tous les moyens à discréditer leurs maîtres. Ce que, la force du plaisir leur étant interdite, moins ils pouvaient les renverser, plus ils les haïssaient. Car en vérité, ils trouvèrent que pour Homère, sept cités se disputaient pour l'avoir comme citoyen, là où de nombreuses cités bannirent les philosophes, comme des membres impropres à vivre parmi elles. Pour avoir seulement répété certains vers d'Euripide, de nombreux Athéniens eurent la vie sauve des Syracusains, là où les Athéniens eux-mêmes pensaient que de nombreux philosophes étaient indignes de vivre. Certains poètes, comme Simonide et Pindare, avaient tellement prévalu auprès d'Hiéron Ier que d'un tyran ils firent un roi juste ; là où Platon put si peu faire avec Denys que lui-même, de philosophe, fut fait esclave. Mais qui ferait ainsi, je l'avoue, rendrait les objections faites contre les poètes par de semblables cavillations contre les philosophes ; comme le ferait aussi celui qui dirait de lire *Phèdre* ou le *Banquet* de Platon, ou le discours sur l'amour de Plutarque, et de voir si un poète autorise d'abominables souillures comme ils le font.

De plus, on pourrait demander de quelle république Platon les bannit. En vérité, de celle où il autorise lui-même la communauté des femmes. De sorte que, vraisemblablement, ce bannissement ne vint pas pour une lascivité efféminée, puisque les sonnets poétiques seraient peu nuisibles quand un homme pourrait avoir la femme qu'il lui plairait. Mais j'honore les instructions philosophiques et je bénis les esprits qui les ont engendrées, pourvu qu'on n'en abuse pas, ce qui s'applique également à la Poésie. Saint Paul lui-même met en garde contre la philosophie, en vérité contre son abus. Ainsi fait Platon contre l'abus, non contre la Poésie. Platon trouvait à redire que les poètes de son temps remplissaient le monde d'opinions erronées sur les dieux, faisant des contes légers de cette essence sans tache, et ne voulait donc pas que la jeunesse fût dépravée par de telles opinions. Sur ce point, on pourrait dire beaucoup ; que ceci suffise : les poètes n'ont pas introduit de telles opinions, mais ont imité ces opinions déjà introduites. Car toutes les histoires grecques peuvent bien témoigner que la religion même de ce temps reposait sur de nombreux dieux de multiples formes, non enseignés ainsi par les poètes, mais suivis selon leur nature d'imitation. Qui le veut peut lire chez Plutarque les discours d'Isis et d'Osiris, de la cause pour laquelle les oracles ont cessé, de la divine providence, et voir si la théologie de cette nation ne reposait pas sur de tels songes, que les poètes en vérité observaient superstitieusement. Et en vérité, puisqu'ils n'avaient pas la lumière du Christ, ils firent bien mieux en cela que les philosophes qui, secouant la superstition, introduisirent l'athéisme. Platon donc, dont j'aimerais bien mieux interpréter justement l'autorité que d'y résister injustement, ne parlait pas en général des poètes dans ces mots dont Jules Scaliger dit : *Qua authoritate barbari quidam atque hispidi abuti velint ad poetas e rep. exigendos*. Mais il entendait seulement chasser ces opinions erronées sur la divinité, dont maintenant, sans autre loi, le christianisme a enlevé toute la croyance nuisible, que peut-être, pensait-il, les poètes alors estimés nourrissaient. Et il n'est pas besoin d'aller plus loin que Platon lui-même pour connaître son intention, qui, dans son dialogue intitulé *Ion*, donne à la Poésie une haute et, à juste titre, divine louange. De sorte que Platon, bannissant l'abus, non la chose, ne la bannissant pas, mais lui rendant l'honneur dû, sera notre patron, et non notre adversaire. Car en vérité, j'aimerais bien mieux, puisque je peux le faire en toute justice, montrer leur méprise de Platon, sous la peau de lion duquel ils voudraient pousser un braiment d'âne contre la Poésie, que d'entreprendre de renverser son autorité, que plus un homme est sage, plus juste cause il trouvera d'avoir en admiration, surtout puisqu'il attribue à la Poésie plus que je ne le fais moi-même, à savoir, d'être une véritable inspiration d'une force divine, bien au-dessus de l'esprit de l'homme, comme il est apparent dans le dialogue susnommé.

De l'autre côté, qui voudrait montrer les honneurs qui leur ont été accordés par les meilleurs jugements, une mer entière d'exemples se présenterait : Alexandre, César, les Scipions, tous protecteurs des poètes. Lélius, appelé le Socrate romain, lui-même poète, de sorte qu'une partie de l'*Heautontimoroumenos* de Térence était supposée être de sa main. Et même le Grec Socrate, que Apollon confirma être le seul homme sage, est dit avoir passé une partie de sa vieillesse à mettre en vers les fables d'Ésope. Et donc, il siérait fort mal à son disciple Platon de mettre de tels mots contre les poètes dans la bouche de son maître. Mais que faut-il de plus ? Aristote écrit l'Art de la Poésie, et pourquoi, s'il ne devait pas être écrit ? Plutarque enseigne l'usage à en tirer, et comment, s'ils ne devaient pas être lus ? Et qui lit l'Histoire ou la Philosophie de Plutarque trouvera qu'il pare leurs deux vêtements de galons de Poésie. Mais je ne désire pas défendre la Poésie avec l'aide de sa subalterne, l'historiographie. Qu'il suffise d'avoir montré qu'elle est un sol apte à ce que la louange y demeure, et que le blâme qu'on peut lui adresser est soit facilement surmonté, soit transformé en juste louange. De sorte que, puisque ses excellences peuvent être si facilement et si justement confirmées, et les objections basses et rampantes si tôt foulées aux pieds ; n'étant pas un art de mensonges, mais de vraie doctrine ; non d'efféminement, mais de notable incitation au courage ; non d'abus de l'esprit de l'homme, mais de renforcement de l'esprit de l'homme ; non bannie, mais honorée par Platon ; plantons plutôt plus de lauriers pour couronner la tête des poètes (cet honneur d'être lauréat, qui en dehors d'eux n'était réservé qu'aux capitaines triomphants, est une autorité suffisante pour montrer le prix en lequel ils devraient être tenus) que de souffrir que le souffle malodorant de tels médisants souffle une seule fois sur les claires sources de la Poésie.

Mais puisque j'ai couru une si longue carrière en cette matière, il me semble qu'avant de donner à ma plume un arrêt complet, ce ne sera qu'un peu plus de temps perdu que de s'enquérir pourquoi l'Angleterre, la mère d'excellents esprits, est devenue une si dure marâtre pour les poètes, qui certainement en esprit devraient surpasser tous les autres, puisque tout procède uniquement de leur esprit, étant en vérité des faiseurs d'eux-mêmes, non des preneurs d'autrui. Comment ne puis-je m'exclamer : *Musa, mihi causas memora, quo numine læso*... Douce Poésie, qui a anciennement eu des rois, des empereurs, des sénateurs, de grands capitaines, tels que, outre des milliers d'autres, David, Hadrien, Sophocle, Germanicus, non seulement pour favoriser les poètes, mais pour être poètes ; et de nos temps plus proches, peut présenter pour ses patrons, un Robert, roi de Sicile, le grand roi François de France, le roi Jacques d'Écosse ; de tels cardinaux comme Bembo et Bibbiena ; de tels prédicateurs et maîtres célèbres comme Bèze et Mélanchthon ; de si savants philosophes comme Fracastoro et Scaliger ; de si grands orateurs comme Pontano et Muret ; des esprits si perçants comme George Buchanan ; des conseillers si graves comme, outre beaucoup, mais avant tous, cet Hôpital de France, dont je pense que ce royaume n'a jamais produit un jugement plus accompli, plus fermement bâti sur la vertu. Je dis, ceux-ci, avec des nombres d'autres, non seulement pour lire les poésies des autres, mais pour poétiser pour la lecture des autres. Que la Poésie, ainsi embrassée en tous autres lieux, ne trouve en notre temps qu'un dur accueil en Angleterre, je pense que la terre même s'en lamente, et c'est pourquoi elle pare notre sol de moins de lauriers qu'elle n'en avait coutume. Car autrefois, les poètes ont aussi fleuri en Angleterre, et, ce qui est à noter, même en ces temps où la trompette de Mars sonnait le plus fort. Et maintenant qu'une quiétude trop faible semble joncher la maison pour les poètes, ils sont presque en aussi bonne réputation que les charlatans à Venise. En vérité, cela même, comme d'un côté il donne grande louange à la Poésie, qui, comme Vénus (mais à meilleur dessein), préférerait être troublée dans le filet avec Mars que de jouir de la simple quiétude de Vulcain. sert aussi de bribe de raison pour laquelle ils sont moins agréables à l'oisive Angleterre, qui maintenant peut à peine endurer la peine d'une plume. Sur ceci s'ensuit nécessairement que des hommes bas, aux esprits serviles, l'entreprennent, qui pensent qu'il suffit qu'ils puissent être récompensés par l'imprimeur ; et ainsi, comme on dit qu'Épaminondas, par l'honneur de sa vertu, rendit une charge, par son exercice, qui était auparavant méprisable, hautement respectée, de même ces hommes, ne faisant rien de plus qu'y apposer leurs noms, par leur propre indignité, déshonorent la plus gracieuse Poésie. Car maintenant, comme si toutes les Muses étaient enceintes pour enfanter des poètes bâtards, sans aucune commission, ils franchissent les rives de l'Hélicon, jusqu'à rendre les lecteurs plus las que des chevaux de poste ; tandis que, pendant ce temps, ceux *Queis meliore luto finxit præcordia Titan*, sont plus contents de supprimer les débordements de leur esprit que, en les publiant, d'être considérés comme des chevaliers du même ordre. Mais moi, qui avant d'oser jamais aspirer à la dignité, suis admis dans la compagnie des barbouilleurs de papier, je trouve que la véritable cause de notre manque d'estime est le manque de mérite, en nous faisant poètes, en dépit de Pallas.

Or, en quoi nous manquons de mérite, serait un travail digne de reconnaissance à exprimer. Mais si je le savais, je me serais amendé. Mais comme je n'ai jamais désiré le titre, j'ai aussi négligé les moyens d'y parvenir, seulement maîtrisé par quelques pensées, je leur ai rendu un tribut d'encre. Mais ceux qui se délectent de la Poésie elle-même devraient chercher à savoir ce qu'ils font et comment ils le font, et surtout se regarder dans un miroir sans flatterie de la raison, pour voir s'ils y sont enclins. Car la Poésie ne doit pas être tirée par les oreilles, elle doit être doucement menée, ou plutôt elle doit mener. Ce fut en partie la cause qui fit affirmer aux anciens savants que c'était un don divin et non une compétence humaine ; car toutes les autres connaissances sont à la portée de quiconque a la force d'esprit. Nulle industrie ne peut faire un poète si son propre génie n'y est pas porté. Et c'est pourquoi il y a un vieux proverbe : *Orator fit, poeta nascitur*. Pourtant, je confesse toujours que, comme la terre la plus fertile doit être amendée, de même l'esprit le plus haut volant doit avoir un Dédale pour le guider. Ce Dédale, disent-ils, tant en ceci qu'en d'autres choses, a trois ailes pour se soutenir dans l'air de la juste louange : ce sont l'Art, l'Imitation et l'Exercice. Mais ni de ces règles artificielles, ni de ces modèles imitatifs, nous ne nous encombrons beaucoup. L'exercice, en effet, nous le pratiquons, mais très à rebours ; car là où nous devrions nous exercer pour savoir, nous nous exerçons comme ayant su, et ainsi notre cerveau est délivré de beaucoup de matière qui ne fut jamais engendrée par la connaissance. Car y ayant deux parties principales, la matière à exprimer par des mots, et les mots pour exprimer la matière, dans aucune des deux nous n'usons droitement de l'art ou de l'imitation. Notre matière est *Quodlibet*, en accomplissant en vérité, bien qu'à tort, le vers d'Ovide : *Quicquid conabor dicere, versus erit* ; ne la rangeant jamais dans un ordre assuré, de sorte que presque les lecteurs ne savent où se trouver.

Chaucer, indubitablement, fit excellemment dans son *Troïlus et Criseyde* ; de qui, en vérité, je ne sais si je dois m'émerveiller davantage, ou qu'il pût, en ce temps brumeux, voir si clairement, ou que nous, en cet âge clair, allions si chancelant après lui. Pourtant, il avait de grands manques, propres à être pardonnés en une si révérende antiquité. Je considère le *Miroir des Magistrats* convenablement pourvu de belles parties. Et dans les lyriques du comte de Surrey, beaucoup de choses ont le goût d'une noble naissance et sont dignes d'un noble esprit. Le *Calendrier du Berger* a beaucoup de poésie dans ses églogues, en vérité dignes d'être lues, si je ne me trompe. Ce même façonnage de son style à une vieille langue rustique, je n'ose l'approuver, puisque ni Théocrite en grec, ni Virgile en latin, ni Sannazaro en italien ne l'ont affecté. Outre ceux-ci, je ne me souviens d'avoir vu que peu (pour parler hardiment) imprimé, qui aient des nerfs poétiques en eux. Pour preuve de quoi, qu'on mette seulement la plupart des vers en prose, et qu'on en demande alors le sens, et l'on trouvera qu'un vers n'a fait qu'en engendrer un autre, sans ordonner au commencement ce qui devrait être à la fin, ce qui devient une masse confuse de mots, avec un son tintant de rime, à peine accompagné de raisons.

Nos tragédies et comédies, non sans cause décriées, n'observent les règles ni de l'honnête civilité, ni de la poésie savante. Excepté *Gorboduc* (je le répète, de celles que j'ai vues), qui néanmoins, bien qu'elle soit pleine de discours majestueux et de phrases bien sonnantes, s'élevant à la hauteur du style de Sénèque, et aussi pleine d'une moralité notable, qu'elle enseigne le plus délicieusement, et atteint ainsi la fin même de la Poésie, est en vérité très défectueuse dans les circonstances, ce qui m'afflige, car elle aurait pu rester comme un modèle exact de toutes les tragédies. Car elle est fautive à la fois dans le lieu et dans le temps, les deux compagnons nécessaires de toutes les actions corporelles. Car là où la scène devrait toujours ne représenter qu'un seul lieu, et le temps le plus long présupposé en elle ne devrait être, tant par le précepte d'Aristote que par la raison commune, qu'un seul jour ; il y a à la fois de nombreux jours et de nombreux lieux, imaginés sans artifice. Mais s'il en est ainsi dans *Gorboduc*, combien plus dans toutes les autres, où vous aurez l'Asie d'un côté, et l'Afrique de l'autre, et tant d'autres sous-royaumes, que l'acteur, quand il entre, doit toujours commencer par dire où il est, sinon l'histoire ne sera pas comprise. Maintenant vous aurez trois dames qui se promènent pour cueillir des fleurs, et alors nous devons croire que la scène est un jardin. Aussitôt après, nous entendons des nouvelles de naufrage au même endroit, alors nous sommes à blâmer si nous ne l'acceptons pas comme un rocher. Sur le dos de cela, sort un monstre hideux avec du feu et de la fumée, et alors les misérables spectateurs sont tenus de le prendre pour une caverne ; tandis que pendant ce temps, deux armées s'élancent, représentées par quatre épées et boucliers, et alors quel cœur dur ne le recevra pas pour un champ de bataille rangé ?

Maintenant, pour le temps, ils sont bien plus libéraux. Car il est ordinaire que deux jeunes princes tombent amoureux ; après de nombreuses traverses, elle est enceinte, accouche d'un beau garçon ; il est perdu, devient un homme, tombe amoureux, et est prêt à faire un autre enfant, et tout cela en l'espace de deux heures. Combien cela est absurde au sens, le sens même peut l'imaginer ; et l'art l'a enseigné, et tous les exemples anciens l'ont justifié, et aujourd'hui les comédiens ordinaires en Italie ne s'y tromperont pas. Pourtant, certains apporteront l'exemple de l'*Eunuque* de Térence, qui contient la matière de deux jours, bien que loin de vingt ans. C'est vrai, et il devait donc être joué en deux jours, et ainsi adapté au temps qu'il représentait. Et bien que Plaute ait en un endroit mal agi, frappons juste avec lui, et non à côté avec lui. Mais ils diront : comment alors représenterons-nous une histoire qui contient à la fois de nombreux lieux et de nombreux temps ? Et ne savent-ils pas qu'une tragédie est liée aux lois de la Poésie et non de l'Histoire ; non tenue de suivre l'histoire, mais ayant la liberté soit de feindre une matière entièrement nouvelle, soit de façonner l'histoire à la plus tragique convenance ? De plus, beaucoup de choses peuvent être racontées qui ne peuvent être montrées, s'ils connaissent la différence entre rapporter et représenter. Par exemple, je peux parler, bien que je sois ici, du Pérou, et dans le discours m'écarter de cela pour la description de Calicut ; mais en action, je ne peux le représenter sans le cheval de Pâcolet. Et telle était la manière que les Anciens prenaient, par quelque *nuntius*, pour raconter les choses faites en un temps antérieur ou en un autre lieu. Enfin, s'ils veulent représenter une histoire, ils ne doivent pas (comme le dit Horace) commencer *ab ovo*, mais ils doivent en venir au point principal de cette seule action qu'ils veulent représenter. Par l'exemple, cela sera le mieux exprimé. J'ai une histoire du jeune Polydore, livré pour sa sécurité avec de grandes richesses par son père Priam à Polymnestor, roi de Thrace, pendant la guerre de Troie. Celui-ci, après quelques années, apprenant la défaite de Priam, pour s'approprier le trésor, assassine l'enfant. Le corps de l'enfant est retrouvé. Hécube, le même jour, trouve un stratagème pour se venger le plus cruellement du tyran. Où donc commencerait l'un de nos auteurs de tragédies, sinon avec la livraison de l'enfant ? Alors il naviguerait vers la Thrace, et passerait ainsi je ne sais combien d'années, et parcourrait nombre de lieux. Mais où commence Euripide ? Précisément avec la découverte du corps, laissant le reste être raconté par l'esprit de Polydore. Il n'est pas besoin d'élargir davantage ceci, l'esprit le plus obtus peut le concevoir.

Mais outre ces grosses absurdités, comme toutes leurs pièces ne sont ni de vraies tragédies, ni de vraies comédies, mêlant rois et bouffons, non parce que la matière l'exige, mais en introduisant le bouffon de force pour jouer un rôle dans des affaires majestueuses, sans décence ni discrétion, de sorte que ni l'admiration et la commisération, ni le juste divertissement ne sont obtenus par leur tragi-comédie bâtarde. Je sais qu'Apulée a fait quelque chose de semblable, mais c'est une chose racontée avec un certain espace de temps, non représentée en un seul moment ; et je sais que les Anciens ont un ou deux exemples de tragi-comédies, comme Plaute avec son *Amphitryon*. Mais si nous les observons bien, nous trouverons qu'ils n'associent jamais ou très rarement les cornemuses et les funérailles. Il en résulte que, n'ayant en vérité pas de vraie comédie dans cette partie comique de notre tragédie, nous n'avons que de la scurrilité indigne de chastes oreilles, ou quelque extrême manifestation de sottise, propre en vérité à soulever un grand rire et rien d'autre. Alors que tout le cours d'une comédie devrait être plein de plaisir, comme la tragédie devrait être constamment maintenue dans une admiration bien élevée. Mais nos comédiens pensent qu'il n'y a pas de plaisir sans rire, ce qui est très faux ; car bien que le rire puisse venir avec le plaisir, il ne vient pas du plaisir, comme si le plaisir devait être la cause du rire. Mais une chose peut bien engendrer les deux ensemble. Non, plutôt en eux-mêmes, ils ont comme une sorte de contrariété. Car nous ne prenons plaisir, presque, qu'aux choses qui ont une convenance avec nous-mêmes ou avec la nature générale. Le rire vient presque toujours des choses les plus disproportionnées à nous-mêmes et à la nature. Le plaisir a en lui une joie, soit permanente, soit présente. Le rire n'a qu'un chatouillement méprisant. Par exemple, nous sommes ravis de plaisir à voir une belle femme, et pourtant nous sommes loin d'être mus au rire. Nous rions des créatures difformes, dans lesquelles certainement nous ne pouvons prendre plaisir. Nous prenons plaisir aux bonnes fortunes, nous rions des malchances. Nous prenons plaisir à entendre le bonheur de nos amis et de notre patrie, et celui qui en rirait serait digne qu'on rie de lui. Nous rirons au contraire parfois de trouver une affaire tout à fait mal comprise, et allant à vau-l'eau dans la bouche de certains hommes tels que, par respect pour eux, on sera de tout cœur désolé de ne pouvoir s'empêcher de rire, et l'on est ainsi plus peiné que charmé par le rire. Pourtant, je ne nie pas qu'ils puissent bien aller ensemble. Car comme dans le portrait d'Alexandre bien exécuté, nous prenons plaisir sans rire, et dans vingt antiques folies, nous rions sans plaisir, ainsi dans Hercule, peint avec sa grande barbe et son visage furieux, en habits de femme, filant au commandement d'Omphale, cela engendre à la fois plaisir et rire ; car la représentation d'un pouvoir si étrange en Amour procure du plaisir, et le ridicule de l'action suscite le rire. Mais je parle à ce dessein, que toute la fin de la partie comique ne soit pas sur des sujets si méprisants qui ne suscitent que le rire, mais qu'on y mêle cet enseignement délectable qui est la fin de la Poésie. Et la grande faute, même sur ce point du rire, et interdite clairement par Aristote, est, qu'ils suscitent le rire dans des choses pécheresses, qui sont plutôt exécrables que ridicules, ou dans des choses misérables, qui sont plutôt à plaindre qu'à mépriser. Car qu'est-ce que faire badauder les gens devant un misérable mendiant et un bouffon miséreux, ou, contre la loi de l'hospitalité, se moquer des étrangers parce qu'ils ne parlent pas anglais aussi bien que nous ? Qu'apprenons-nous, puisqu'il est certain, Nil habet infœlix paupertas durius in se, Quam quod ridiculos homines facit. Mais plutôt un courtisan affairé et amoureux, et un Thraso menaçant sans cœur ; un maître d'école qui se croit sage, un voyageur bizarrement transformé : si nous les voyions se promener sous des noms de théâtre, ces rôles que nous jouons naturellement, il y aurait là un rire délectable et une délectation instructive ; comme dans l'autre genre, les tragédies de Buchanan produisent justement une admiration divine.

Mais j'ai prodigué trop de mots sur cette affaire de théâtre ; je le fais parce que, comme ce sont des parties excellentes de la Poésie, il n'en est aucune qui soit autant pratiquée en Angleterre, et aucune qui ne puisse être plus pitoyablement abusée, laquelle, comme une fille mal élevée montrant une mauvaise éducation, fait que l'honnêteté de sa mère, la Poésie, est mise en question. D'autres sortes de poésie, nous n'en avons presque aucune, sinon ce genre lyrique de chants et de sonnets ; lesquels, Seigneur, s'il nous donnait d'aussi bons esprits, comme il pourrait être bien employé, et avec quels fruits célestes, tant privés que publics, en chantant les louanges de la beauté immortelle, de la bonté immortelle de ce Dieu qui nous donne des mains pour écrire et des esprits pour concevoir ! Sur quoi nous pourrions bien manquer de mots, mais jamais de matière ; sur quoi nous ne pourrions tourner nos yeux sans avoir toujours de nouvelles occasions naissantes. Mais en vérité, beaucoup de tels écrits qui viennent sous la bannière de l'irrésistible amour, si j'étais une maîtresse, ne me persuaderaient jamais qu'ils sont amoureux, tant ils appliquent froidement des discours de feu, comme des hommes qui auraient plutôt lu des écrits d'amoureux et ainsi attrapé certaines phrases enflées, qui s'enchaînent comme un homme qui me dit un jour que le vent était au nord-ouest et quart sud, parce qu'il voulait être sûr de nommer assez de vents ; plutôt qu'en vérité ils ne sentent ces passions, qui facilement, je pense, peuvent être trahies par cette même force ou ἐνέργεια (*energeia*), comme l'appellent les Grecs, de l'écrivain. Mais que ceci soit une note suffisante, bien que brève, que nous manquons le juste usage du point matériel de la Poésie.

Maintenant, pour son extérieur, qui est les mots, ou (comme je peux le nommer) la diction, c'est encore bien pire. Ainsi est cette matrone à la douce éloquence, vêtue, ou plutôt déguisée, d'une affectation peinte de courtisane. Une fois avec des mots si recherchés que beaucoup semblent des monstres, mais doivent paraître étrangers à tout pauvre Anglais : une autre fois avec une course à la lettre, comme s'ils étaient tenus de suivre la méthode d'un dictionnaire : une autre fois avec des figures et des fleurs, extrêmement affamées par l'hiver. Mais je voudrais que cette faute fût seulement particulière aux versificateurs, et n'eût pas une aussi large possession parmi les imprimeurs de prose, et, ce qui est à s'émerveiller, parmi de nombreux érudits, et, ce qui est à plaindre, parmi certains prédicateurs. En vérité, je souhaiterais, si du moins j'osais le souhaiter, dans une chose qui dépasse la portée de ma capacité, que les diligents imitateurs de Cicéron et de Démosthène, très dignes d'être imités, ne tinssent pas tant de carnets à la Nizolius de leurs figures et de leurs phrases, mais que par une traduction attentive, ils les dévorassent, pour ainsi dire, entiers, et les fissent entièrement leurs. Car maintenant ils jettent du sucre et des épices sur chaque plat qui est servi à table : comme ces Indiens, non contents de porter des boucles d'oreilles à l'endroit approprié et naturel des oreilles, mais qui se percent le nez et les lèvres de bijoux, parce qu'ils veulent être sûrs d'être élégants. Cicéron, quand il devait chasser Catilina, comme avec un coup de foudre d'éloquence, use souvent de la figure de la répétition, comme *Vivit et vincit, imo in senatum, venit, imo, in senatum venit, &c*. En vérité, enflammé d'une rage bien fondée, il voulait que ses mots sortissent pour ainsi dire redoublés de sa bouche, et faisait ainsi artificiellement ce que nous voyons les hommes en colère faire naturellement. Et nous, ayant noté la grâce de ces mots, les entraînons parfois dans une épître familière, quand ce serait trop de colère que d'être colérique. Combien une abondance de *similiter cadenses* sonne bien avec la gravité de la chaire, j'invoquerais seulement l'âme de Démosthène pour le dire, qui les utilise avec une délicatesse rare. En vérité, ils m'ont fait penser au sophiste qui, avec trop de subtilité, voulait prouver que deux œufs en font trois, et bien qu'il pût être compté comme un sophiste, n'en retira rien pour sa peine. Ainsi ces hommes, en introduisant une telle sorte d'éloquence, peuvent bien obtenir une opinion d'une finesse apparente, mais persuadent peu, ce qui devrait être la fin de leur finesse. Maintenant, pour les similitudes dans certains discours imprimés, je pense que tous les herbiers, toutes les histoires de bêtes, d'oiseaux et de poissons sont pillés, afin qu'ils puissent venir en multitudes pour servir l'une de nos conceptions, ce qui est certainement une indigestion pour les oreilles aussi absurde que possible. Car la force d'une similitude n'étant pas de prouver quoi que ce soit à un contradicteur, mais seulement d'expliquer à un auditeur bienveillant, une fois que cela est fait, le reste est un bavardage des plus fastidieux, surchargeant plutôt la mémoire du but pour lequel elles ont été appliquées, que n'informant en rien le jugement déjà satisfait, ou non susceptible d'être satisfait par des similitudes. Pour ma part, je ne doute pas que, quand Antoine et Crassus, les grands ancêtres de Cicéron en éloquence, l'un (comme Cicéron en témoigne) prétendant ne pas connaître l'art, l'autre ne pas s'en soucier, (parce qu'avec une simplicité sensible, ils pouvaient gagner le crédit des oreilles populaires, lequel crédit, est le pas le plus proche de la persuasion, laquelle persuasion, est le but principal de l'oratoire) je ne doute pas, dis-je, qu'ils n'aient utilisé ces artifices très parcimonieusement. Quiconque les utilise généralement, tout homme peut voir qu'il danse sur sa propre musique, et est ainsi noté par l'auditoire comme plus soucieux de parler curieusement que véritablement. Indubitablement (du moins à mon opinion, indubitablement) j'ai trouvé chez divers courtisans peu savants un style plus sain que chez certains professeurs de savoir, dont je ne peux deviner d'autre cause que le fait que le courtisan, suivant ce qu'il trouve par la pratique le plus apte à la nature, en cela (bien qu'il ne le sache pas) agit selon l'art, bien que non par l'art ; là où l'autre, utilisant l'art pour montrer l'art et non pour cacher l'art (comme il le devrait dans ces cas), s'éloigne de la nature et, en vérité, abuse l'art.

Mais quoi ? Il me semble que je mérite d'être mis au pilori pour m'être écarté de la Poésie vers l'Oratoire. Mais toutes deux ont une telle affinité dans la considération verbale que je pense que cette digression fera que mon intention sera plus pleinement comprise, qui n'est pas de me charger d'enseigner aux poètes comment ils devraient faire, mais seulement, me trouvant malade parmi les autres, de montrer une ou deux taches de l'infection commune qui s'est développée parmi la plupart des écrivains ; afin que, nous reconnaissant quelque peu de travers, nous puissions nous tourner vers le juste usage tant de la matière que de la manière. À quoi notre langue nous donne une grande occasion, étant en vérité capable de tout excellent exercice. Je sais que certains diront que c'est une langue mêlée. Et pourquoi pas ? Tant mieux, prenant le meilleur des deux autres. Un autre dira qu'elle manque de grammaire. Non, en vérité, elle a cette louange qu'elle ne manque pas de grammaire ; car une grammaire, elle pourrait en avoir, mais elle n'en a pas besoin, étant si facile en elle-même, et si vide de ces encombrantes différences de cas, de genres, de modes et de temps, qui, je pense, furent une partie de la malédiction de la Tour de Babel, qu'un homme dût être mis à l'école pour apprendre sa langue maternelle. Mais pour exprimer doucement et proprement la conception de l'esprit, ce qui est la fin de la parole, elle l'a à égalité avec toute autre langue du monde. Et elle est particulièrement heureuse dans les compositions de deux ou trois mots ensemble, près du grec, bien au-delà du latin, ce qui est l'une des plus grandes beautés que puisse avoir une langue.

Maintenant, de la versification, il y a deux sortes, l'une ancienne, l'autre moderne. L'ancienne marquait la quantité de chaque syllabe et, selon cela, façonnait son vers. La moderne, n'observant que le nombre, avec quelque égard pour l'accent, sa vie principale réside dans cette sonorité semblable des mots, que nous appelons la rime. Laquelle de ces deux est la plus excellente supporterait de nombreux discours. L'ancienne, sans doute, plus apte à la musique, les mots et le temps observant la quantité, et plus apte à exprimer vivement diverses passions par le son bas ou élevé de la syllabe bien pesée. La dernière, de même, avec sa rime, frappe une certaine musique à l'oreille, et en fin de compte, puisqu'elle charme, bien que d'une autre manière, elle atteint le même but, y ayant en chacune de la douceur, et ne manquant en aucune de majesté. En vérité, l'anglais, avant toute langue vulgaire que je connaisse, est apte aux deux sortes. Car, pour l'ancienne, l'italien est si plein de voyelles qu'il doit toujours être encombré d'élisions. Le hollandais, de l'autre côté, est si plein de consonnes qu'il ne peut produire le doux glissement propre à un vers. Le français, dans toute sa langue, n'a pas un mot qui ait son accent sur la dernière syllabe, sauf deux, et a une accentuation antépénultième ; et l'espagnol a à peine plus, et donc ils ne peuvent utiliser les dactyles que très disgracieusement. L'anglais n'est sujet à aucun de ces défauts. Maintenant, pour la rime, bien que nous n'observions pas la quantité, nous observons l'accent très précisément, ce que les autres langues soit ne peuvent pas faire, soit ne veulent pas faire aussi absolument. Cette césure, ou lieu de respiration au milieu du vers, ni l'italien ni l'espagnol ne l'ont. Le français et nous ne la manquons presque jamais. Enfin, la rime elle-même, l'italien ne peut la mettre sur la dernière syllabe, par les Français nommée la rime masculine, mais toujours sur l'avant-dernière, que les Français appellent la féminine, ou celle d'avant, que l'italien appelle *sdrucciola* : l'exemple de la première est *buono, suono* ; de la *sdrucciola*, est *femina, semina*. Le français, de l'autre côté, a à la fois la masculine, comme *bon, son*, et la féminine, comme *plaise, taise* ; mais la *sdrucciola*, il ne l'a pas. Là où l'anglais a les trois, comme *due, true* ; *father, rather* ; *motion, potion*, avec bien plus qui pourrait être dit, mais je trouve déjà que les badinages de ce discours sont beaucoup trop étendus.

De sorte que, puisque la toujours digne de louange Poésie est pleine d'une délectation qui engendre la vertu, et n'est vide d'aucun don qui devrait être dans le noble nom de savoir, puisque les blâmes portés contre elle sont soit faux, soit faibles, puisque la cause pour laquelle elle n'est pas estimée en Angleterre est la faute des singes de poètes, non des poètes. puisque enfin notre langue est des plus aptes à honorer la Poésie et à être honorée par la Poésie, je vous conjure tous, qui avez eu la mauvaise fortune de lire ce jouet gaspilleur d'encre qui est le mien, au nom même des neuf Muses, de ne plus mépriser les mystères sacrés de la Poésie. De ne plus rire au nom de poètes, comme s'ils étaient les héritiers les plus proches des fous ; de ne plus plaisanter au titre révérend de rimeur ; mais de croire avec Aristote qu'ils étaient les anciens trésoriers de la divinité des Grecs ; de croire avec Bembo qu'ils furent les premiers introducteurs de toute civilité ; de croire avec Scaliger qu'aucun précepte de philosophe ne peut plus tôt faire de vous un honnête homme que la lecture de Virgile ; de croire avec Clauserus, le traducteur de Cornutus, qu'il a plu à la divinité céleste, par Hésiode et Homère, sous le voile de fables, de nous donner toute connaissance, logique, rhétorique, philosophie, naturelle et morale, et *Quid non?* ; de croire avec moi qu'il y a de nombreux mystères contenus dans la Poésie, qui furent à dessein écrits obscurément, de peur que par des esprits profanes elle ne fût abusée ; de croire avec Landino qu'ils sont si aimés des dieux que tout ce qu'ils écrivent procède d'une fureur divine. Enfin, de les croire eux-mêmes quand ils vous disent qu'ils vous rendront immortels par leurs vers. Ainsi faisant, votre nom fleurira dans les boutiques des imprimeurs. Ainsi faisant, vous serez parents de mainte préface poétique. Ainsi faisant, vous serez le plus beau, le plus riche, le plus sage, le plus tout : vous habiterez sur des superlatifs. Ainsi faisant, bien que vous soyez *Libertino patre natus*, vous deviendrez soudain *Herculea proles*, *Si quid mea carmina possunt*. Ainsi faisant, votre âme sera placée avec la Béatrice de Dante ou l'Anchise de Virgile. Mais si (fi d'un tel mais !), vous êtes né si près de l'abrutissante cataracte du Nil que vous ne pouvez entendre la musique planétaire de la Poésie ; si vous avez un esprit si rampant sur la terre qu'il ne peut s'élever pour regarder le ciel de la Poésie, ou plutôt, par un certain dédain rustique, deviendra un tel grimaud qu'il sera un Momus de la Poésie ; alors, bien que je ne vous souhaiterai pas les oreilles d'âne de Midas, ni d'être poussé par les vers d'un poète à vous pendre, comme on le dit de Bupalus, ni d'être rimé à mort comme on dit que cela se fait en Irlande, je dois pourtant vous envoyer cette malédiction au nom de tous les poètes : que tant que vous vivrez, vous viviez amoureux, et n'obteniez jamais de faveur, faute d'habileté à un sonnet ; et qu'en mourant, votre mémoire s'éteigne sur la terre, faute d'une épitaphe. FIN.

The defence of Poesie

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When the right vertuous E.W. and I, were at the Emperours Court togither, wee gaue our selues to learne horsemanship of Ion Pietro Pugliano, one that with great commendation had the place of an Esquire in his stable: and hee according to the fertilnes of the Italian wit, did not onely affoord vs the demonstration of his practise, but sought to enrich our mindes with the contemplations therein, which he thought most precious. But with none I remember mine eares were at any time more loaden, then when (either angred with slow paiment, or mooued with our learner like admiration) hee exercised his speech in the praise of his facultie. He said souldiers were the noblest estate of mankind, and horsemen the noblest of souldiers. He said they were the maisters of warre, and ornaments of peace, speedie goers, and strong abiders, triumphers both in Camps and Courts: nay to so vnbleeued a point he proceeded, as that no earthly thing bred such wonder to a Prince, as to be a good horseman. Skill of gouernment was but a Pedanteria, in comparison, then would he adde certaine praises by telling what a peerlesse beast the horse was, the onely seruiceable Courtier without flattery, the beast of most bewtie, faithfulnesse, courage, and such more, that if I had not bene a peece of a Logician before I came to him, I thinke he would haue perswaded me to haue wished my selfe a horse. But thus much at least, with his no few words he draue into me, that selfeloue is better then any guilding, to make that seem gorgious wherin our selues be parties.

Wherin if Pulianos strong affection and weake arguments will not satisfie you, I wil giue you a nearer example of my selfe, who I know not by what mischance in these my not old yeares and idlest times, hauing slipt into the title of a Poet, am prouoked to say somthing vnto you in the defence of that my vnelected vocation, which if I handle with more good will, then good reasons beare with me, since the scholler is to be pardoned that followeth the steps of his maister. And yet I must say, that as I haue more iust cause to make a pittifull defence of poore Poetrie, which from almost the highest estimation of learning, is falne to be the laughing stock of children, so haue I need to bring some more auaileable proofes, since the former is by no man bard of his deserued credit, the silly later, hath had euen the names of Philosophers vsed to the defacing of it, with great daunger of ciuill warre among the Muses.

And first truly to all them that professing learning enuey against Poetrie, may iustly be obiected, that they go very neare to vngratefulnesse, to seeke to deface that which in the noblest nations and languages that are knowne, hath bene the first light giuer to ignorance, and first nurse whose milke litle & litle enabled them to feed afterwards of tougher knowledges. And will you play the Hedge-hogge, that being receiued into the den, draue out his host? Or rather the Vipers, that with their birth kill their parents? Let learned Greece in any of his manifold Sciences, be able to shew me one booke before Musæus, Homer, & Hesiod, all three nothing else but Poets. Nay let any Historie bee brought, that can say any writers were there before them, if they were not men of the same skill, as Orpheus, Linus, and some other are named, who hauing bene the first of that country that made pennes deliuerers of their knowledge to the posteritie, nay iustly challenge to bee called their Fathers in learning. For not onely in time they had this prioritie, (although in it selfe antiquitie be venerable) but went before them, as causes to draw with their charming sweetnesse the wild vntamed wits to an admiration of knowledge. So as Amphion, was said to mooue stones with his Poetry, to build Thebes, and Orpheus to be listned to by beasts, indeed stonie and beastly people. So among the Romans, were Liuius, Andronicus, and Ennius, so in the Italian language, the first that made it aspire to be a treasure-house of Science, were the Poets Dante, Bocace, and Petrach. So in our English, wer Gower, and Chawcer, after whom, encoraged & delighted with their excellent foregoing, others haue folowed to bewtify our mother toong, aswel in the same kind as other arts.

This did so notably shew it self, yͭ the Philosophers of Greece durst not a lōg time apear to ye world, but vnder ye mask of poets. So Thales, Empedocles, and Parmenides, sang their naturall Philosophie in verses. So did Pithagoras and Phocillides, their morall Councels. So did Tirteus in warre matters, and Solon in matters of pollicie, or rather they being Poets, did exercise their delightfull vaine in those points of highest knowledge, which before them laie hidden to the world. For, that wise Solon was directly a Poet, it is manifest, hauing written in verse the notable Fable of the Atlantick Iland, which was continued by Plato. And truly euen Plato who so euer well considereth, shall finde that in the body of his worke though the inside & strength were Philosophie, the skin as it were and beautie, depended most of Poetrie. For all stands vpon Dialogues, wherein hee faines many honest Burgesses of Athens speak of such matters, that if they had bene set on the Racke, they would neuer haue confessed them: besides his Poeticall describing the circumstances of their meetings, as the well ordering of a banquet, the delicacie of a walke, with enterlacing meere Tales, as Gyges Ring and others, which, who knowes not to bee flowers of Poetrie, did neuer walke into Appollos Garden.

And euen Historiographers, although their lippes sound of things done, and veritie be written in their foreheads, haue bene glad to borrow both fashion and perchance weight of the Poets. So Herodotus entituled his Historie, by the name of the nine Muses, and both he and all the rest that followed him, either stale, or vsurped of Poetrie, their passionate describing of passions, the many particularities of battels which no man could affirme, or if that be denied me, long Orations put in the mouthes of great Kings and Captains, which it is certaine they neuer pronounced. So that truly neither Philosopher, nor Historiographer, could at the first haue entered into the gates of populer iudgements, if they had not taken a great pasport of Poetrie, which in all nations at this day where learning flourisheth not, is plaine to be seene: in all which, they haue some feeling of Poetry. In Turkey, besides their law giuing Diuines, they haue no other writers but Poets. In our neighbour Countrey Ireland, where truly learning goes verie bare, yet are their Poets held in a deuout reuerence. Euen among the most barbarous and simple Indians, where no writing is, yet haue they their Poets who make & sing songs which they call Arentos, both of their Auncestors deeds, and praises of their Gods. A sufficient probability, that if euer learning come among them, it must be by hauing their hard dull wittes softened and sharpened with the sweete delights of Poetrie, for vntill they finde a pleasure in the exercise of the minde, great promises of much knowledge, wil little persuade them that know not the frutes of knowledge. In Wales, the true remnant of the auncient Brittons, as there are good authorities to shew, the long time they had Poets which they called Bardes: so thorow all the cōquests of Romans, Saxons, Danes, and Normans, some of whom, did seeke to ruine all memory of learning from among them, yet do their Poets euen to this day last: so as it is not more notable in the soone beginning, then in long continuing.

But since the Authors of most of our Sciences, were the Romanes, and before them the Greekes, let vs a litle stand vpon their authorities, but euen so farre as to see what names they haue giuē vnto this now scorned skill. Among the Romanes a Poet was called Vates, which is as much as a diuiner, foreseer, or Prophet, as by his conioyned words Vaticinium, and Vaticinari, is manifest, so heauenly a title did that excellent people bestowe vppon this hart-rauishing knowledge, and so farre were they carried into the admiration thereof, that they though in the chanceable hitting vppon any of such verses, great foretokens of their following fortunes, were placed. Whereupon grew the word of Sortes Vergilianæ, when by suddaine opening Virgils booke, they lighted vppon some verse of his, as it is reported by many, whereof the Histories of the Emperours liues are full. As of Albinus the Gouernour of our Iland, who in his childhood met with this verse Arma amens capio, nec sat rationis in armis: and in his age performed it, although it were a verie vaine and godlesse superstition, as also it was, to thinke spirits were commaunded by such verses, whereupon this word Charmes deriued of Carmina, commeth: so yet serueth it to shew the great reuerence those wittes were held in, and altogither not without ground, since both by the Oracles of Delphos and Sybillas prophesies, were wholly deliuered in verses, for that same exquisite obseruing of number and measure in the words, and that high flying libertie of conceit propper to the Poet, did seeme to haue some diuine force in it.

And may not I presume a little farther, to shewe the reasonablenesse of this word Vatis, and say that the holy Dauids Psalms are a diuine Poeme? If I do, I shal not do it without the testimony of great learned mē both auncient and moderne. But euen the name of Psalmes wil speak for me, which being interpreted, is nothing but Songs: then that it is fully written in meeter as all learned Hebritians agree, although the rules be not yet fully found. Lastly and principally, his handling his prophecie, which is meerly Poeticall. For what else is the awaking his musical Instruments, the often and free chaunging of persons, his notable Prosopopeias, whē he maketh you as it were see God comming in his maiestie, his telling of the beasts ioyfulnesse, and hils leaping, but a heauenly poesie, wherin almost he sheweth himselfe a passionate louer of that vnspeakable and euerlasting bewtie, to be seene by the eyes of the mind, onely cleared by faith? But truly now hauing named him, I feare I seeme to prophane that holy name, applying it to Poetry, which is among vs throwne downe to so ridiculous an estimation. But they that with quiet iudgements wil looke a litle deeper into it, shal find the end & working of it such, as being rightly applied, deserueth not to be scourged out of the Church of God.

But now let vs see how the Greekes haue named it, and how they deemed of it. The Greekes named him ποιητὴν, which name, hath as the most excellent, gone through other languages, it commeth of this word ποιεὶν which is to make: wherin I know not whether by luck or wisedome, we Englishmen haue met with the Greekes in calling him a Maker. Which name, how high and incomparable a title it is, I had rather were knowne by marking the scope of other sciences, thē by any partial allegatiō. There is no Art deliuered vnto mankind that hath not the workes of nature for his principall obiect, without which they could not consist, and on which they so depend, as they become Actors & Plaiers, as it were of what nature will haue set forth. So doth the Astronomer looke vpon the starres, and by that he seeth set downe what order nature hath taken therein. So doth the Geometritian & Arithmititian, in their diuers sorts of quantities. So doth the Musitians in times tel you, which by nature agree, which not. The natural Philosopher thereon hath his name, and the (morall Philosopher standeth vppon the naturall vertues, vices, or passions of man: and follow nature saith he therein, and thou shalt not erre. The Lawier saith, what men haue determined. The Historian, what men haue done. The Gramarian, speaketh onely of the rules of speech, and the Rhetoritian and Logitian, considering what in nature wil soonest prooue, and perswade thereon, giue artificiall rules, which still are compassed within the circle of a question, according to the proposed matter. The Phisitian wayeth the nature of mans bodie, & the nature of things helpfull, or hurtfull vnto it. And the Metaphisicke though it be in the second & abstract Notions, and therefore be counted supernaturall, yet doth hee indeed build vpon the depth of nature. Only the Poet disdeining to be tied to any such subiectiō, lifted vp with the vigor of his own inuention, doth grow in effect into an other nature: in making things either better then nature bringeth foorth, or quite a new, formes such as neuer were in nature: as the Heroes, Demigods, Cyclops, Chymeras, Furies, and such like; so as he goeth hand in hand with nature, not enclosed within the narrow warrant of her gifts, but freely raunging within the Zodiack of his owne wit. Nature neuer set foorth the earth in so rich Tapistry as diuerse Poets haue done, neither with so pleasaunt riuers, fruitfull trees, sweete smelling flowers, nor whatsoeuer els may make the too much loued earth more lonely: her world is brasen, the Poets only deliuer a golden.

But let those things alone and goe to man, for whom as the other things are, so it seemeth in him her vttermost comming is imploied: & know whether she haue brought foorth so true a louer as Theagenes, so constant a friend as Pylades, so valiant a man as Orlando, so right a Prince as Xenophons Cyrus, so excellent a man euery way as Virgils Aeneas. Neither let this be iestingly cōceiued, bicause the works of the one be essenciall, the other in imitation or fiction: for euerie vnderstanding, knoweth the skill of ech Artificer standeth in that Idea, or fore conceit of the worke, and not in the worke it selfe. And that the Poet hath that Idea, is manifest, by deliuering them foorth in such excellencie as he had imagined them: which deliuering foorth, also is not wholly imaginatiue, as we are wont to say by thē that build Castles in the aire: but so farre substancially it worketh, not onely to make a Cyrus, which had bene but a particular excellency as nature might haue done, but to bestow a Cyrus vpon the world to make many Cyrusses, if they will learne aright, why and how that maker made him.

Neither let it be deemed too sawcy a comparison, to ballance the highest point of mans wit, with the efficacie of nature: but rather giue right honor to the heauenly maker of that maker, who hauing made man to his owne likenes, set him beyond and ouer all the workes of that second nature, which in nothing he sheweth so much as in Poetry; when with the force of a diuine breath, he bringeth things foorth surpassing her doings: with no small arguments to the incredulous of that first accursed fall of Adam, since our erected wit maketh vs know what perfectiō is, and yet our infected wil keepeth vs frō reaching vnto it. But these argumēts will by few be vnderstood, and by fewer graunted: thus much I hope wil be giuen me, that the Greeks with some probability of reason, gaue him the name aboue all names of learning.

Now let vs goe to a more ordinarie opening of him, that the truth may be the more palpable: and so I hope though we get not so vnmatched a praise as the Etimologie of his names will graunt, yet his verie description which no man will denie, shall not iustly be barred from a principall commendation. Poesie therefore, is an Art of Imitation: for so Aristotle termeth it in the word μίμηοις, that is to say, a representing, counterfeiting, or figuring forth to speake Metaphorically. A speaking Picture, with this end to teach and delight. Of this haue bene three generall kindes, the chiefe both in antiquitie and excellencie, were they that did imitate the vncōceiueable excellencies of God. Such were Dauid in his Psalmes, Salomon in his song of songs, in his Ecclesiastes and Prouerbes. Moses and Debora, in their Hymnes, and the wryter of Iobe: Which beside other, the learned Emanuell, Tremelius, and F. Iunius, doo entitle the Poeticall part of the scripture: against these none will speake that hath the holie Ghost in due holie reuerence. In this kinde, though in a full wrong diuinitie, were Orpheus, Amphion, Homer in his himnes, and manie other both Greeke and Romanes. And this Poesie must be vsed by whosoeuer will follow S. Paules counsaile, in singing Psalmes when they are mery, and I knowe is vsed with the frute of comfort by some, when in sorrowfull panges of their death bringing sinnes, they finde the consolation of the neuer leauing goodnes.

The second kinde, is of them that deale with matters Philosophicall, either morall as Tirteus, Phocilides, Cato; or naturall, as Lucretius, and Virgils Georgikes; or Astronomicall as Manilius and Pontanus; or Historicall as Lucan: which who mislike the fault, is in their iudgement quite out of tast, & not in the sweet food of sweetly vttered knowledge. But bicause this second sort is wrapped within the folde of the proposed subiect, and takes not the free course of his own inuentiō, whether they properly bee Poets or no, let Gramarians dispute; and goe to the third indeed right Poets, of whom chiefly this question ariseth: betwixt whom and these second, is such a kinde of difference, as betwixt the meaner sort of Painters, who counterfeyt onely such faces as are set before them, and the more excelent, who hauing no law but wit, bestow that in colours vpon you, which is fittest for the eye to see, as the constant, though lamenting looke of Lucretia, when shee punished in her selfe anothers faulte: wherein hee painteth not Lucretia whom he neuer saw, but painteth the outward bewty of such a vertue. For these third be they which most properly do imitate to teach & delight: and to imitate, borrow nothing of what is, hath bin, or shall be, but range onely reined with learned discretion, into the diuine consideration of what may be and should be. These be they that as the first and most noble sort, may iustly be termed Vates: so these are waited on in the excellentest languages and best vnderstādings, with the fore described name of Poets. For these indeed do meerly make to imitate, and imitate both to delight & teach, and delight to moue men to take that goodnesse in hand, which without delight they would flie as from a stranger; and teach to make them know that goodnesse wherunto they are moued: which being the noblest scope to which euer any learning was directed, yet want there not idle tongues to barke at them.

These be subdiuided into sundry more speciall denominations. The most notable be the Heroick, Lyrick, Tragick, Comick, Satyrick, Iambick, Elegiack, Pastorall, and certaine others: some of these being tearmed according to the matter they deale with, some by the sort of verse they liked best to write in, for indeed the greatest part of Poets, haue apparelled their poeticall inuentions, in that numbrous kind of writing which is called vers. Indeed but apparelled verse: being but an ornament and no cause to Poetrie, since there haue bene many most excellent Poets that neuer versefied, and now swarme many versefiers that need neuer answere to the name of Poets. For Xenophon who did imitate so excellently as to giue vs effigiem iusti imperii, the pourtraiture of a iust Empyre vnder the name of Cyrus, as Cicero saith of him, made therein an absolute heroicall Poeme. So did Heliodorus, in his sugred inuention of that picture of loue in Theagenes & Chariclea, and yet both these wrote in prose, which I speake to shew, that it is not ryming and versing that maketh a Poet, (no more then a long gown maketh an Aduocate, who though he pleaded in Armour, should be an Aduocat and no souldier) but it is that faining notable images of vertues, vices, or what els, with that delightfull teaching, which must be the right describing note to know a Poet by. Although indeed the Senate of Poets hath chosen verse as their fittest raiment: meaning as in matter, they passed all in all, so in maner, to go beyond them: not speaking table talke fashion, or like men in a dreame, words as they chanceably fall from the mouth, but peasing each sillable of eache word by iust proportion, according to the dignitie of the subiect.

Now therfore it shal not be amisse, first to way this latter sort of poetrie by his workes, and then by his parts, and if in neither of these Anatomies hee be condemnable, I hope we shall obteine a more fauourable sentence. This purifying of wit, this enriching of memorie, enabling of iudgement, and enlarging of conceit, which commōly we cal learning, vnder what name so euer it come forth, or to what immediate end soeuer it be directed, the finall end is, to lead and draw vs to as high a perfection, as our degenerate soules made worse by their clay-lodgings, can be capable of. This according to the inclination of man, bred many formed impressions. For some that thought this felicity principally to be gotten by knowledge, and no knowledge to be so high or heauenly, as acquaintance with the stars; gaue thēselues to Astronomie: others perswading thēselues to be Demygods, if they knew the causes of things, became naturall and supernaturall Philosophers. Some an admirable delight drew to Musicke; and some the certaintie of demonstration to the Mathematicks: but all one and other hauing this scope to know, & by knowledge to lift vp the minde from the dungeon of the bodie, to the enioying his owne diuine essence. But when by the ballance of experience it was found, that the Astronomer looking to the stars might fall in a ditch, that the inquiring Philosopher might be blind in him self, & the Mathematician, might draw forth a straight line with a crooked hart. Then lo did proofe, the ouerruler of opinions make manifest, that all these are but seruing sciences; which as they haue a priuate end in themselues, so yet are they all directed to the highest end of the mistresse knowledge by ye Greeks ἀρχιτεκτονικὴ, which stands as I thinke, in the knowledge of a mans selfe, in the Ethike and Politique consideration, with the end of well doing, and not of well knowing onely. Euen as the Sadlers next ende is to make a good Saddle, but his further ende, to serue a nobler facultie, which is horsmanship, so the horsemans to souldiery: and the souldier not only to haue the skill, but to performe the practise of a souldier. So that the ending end of all earthly learning, being verteous action, those skils that most serue to bring forth that, haue a most iust title to be Princes ouer al the rest: wherin if we cā shew, the Poet is worthy to haue it before any other competitors: among whō principally to challenge it, step forth the moral Philosophers, whom me thinkes I see comming towards me, with a sullain grauitie, as though they could not abide vice by day-light, rudely cloathed, for to witnesse outwardly their contempt of outward things, with bookes in their hands against glorie, whereto they set their names: sophistically speaking against subtiltie, and angry with any man in whom they see the foule fault of anger. These men casting larges as they go of definitions, diuitions, and distinctions, with a scornful interrogatiue, do soberly aske, whether it be possible to find any path so ready to lead a man to vertue, as that which teacheth what vertue is, & teacheth it not only by deliuering forth his very being, his causes and effects, but also by making knowne his enemie vice, which must be destroyed, and his combersome seruant passion, which must be mastred: by shewing the generalities that contains it, and the specialities that are deriued from it. Lastly by plaine setting downe, how it extends it selfe out of the limits of a mans owne little world, to the gouernment of families, and mainteining of publike societies.

The Historian scarsely giues leisure to the Moralist to say so much, but that he loaden with old Mouse-eaten Records, authorising himselfe for the most part vpon other Histories, whose greatest authorities are built vppon the notable foundation Heresay, hauing much ado to accord differing writers, & to pick truth out of partiality: better acquainted with a 1000. yeres ago, thē with the present age, and yet better knowing how this world goes, then how his owne wit runnes, curious for Antiquities, and inquisitiue of Nouelties, a wonder to yoong folkes, and a Tyrant in table talke; denieth in a great chafe, that any man for teaching of vertue, and vertues actions, is comparable to him. I am Testis temporum, lux veritatis, vita memoriæ, magistra vitæ, nuncia vetustatis. The Philosopher saith he, teacheth a disputatiue vertue, but I do an actiue. His vertue is excellent in the dangerlesse Academy of Plato: but mine sheweth forth her honourable face in the battailes of Marathon, Pharsalia, Poietiers, and Agincourt. Hee teacheth vertue by certaine abstract considerations: but I onely bid you follow the footing of them that haue gone before you. Old aged experience, goeth beyond the fine witted Philosopher: but I giue the experience of many ages. Lastly, if he make the song Booke, I put the learners hand to the Lute, and if he be the guide, I am the light. Then would he alleage you innumerable examples, confirming storie by stories, how much the wisest Senators and Princes, haue bene directed by the credit of Historie, as Brutus, Alphonsus of Aragon, (and who not if need be.) At length, the long line of their disputation makes a point in this, that the one giueth the precept, & the other the example.

Now whom shall we find, since the question standeth for the highest forme in the schoole of learning to be moderator? Truly as mee seemeth, the Poet, and if not a moderator, euen the man that ought to carry the title from them both: & much more from all other seruing sciences. Therfore compare we the Poet with the Historian, & with the morall Philosopher: and if hee goe beyond them both, no other humaine skill can match him. For as for the diuine, with all reuerence it is euer to be excepted, not onely for hauing his scope as far beyond any of these, as Eternitie exceedeth a moment: but euen for passing ech of these in themselues. And for the Lawier, though Ius be the daughter of Iustice, the chiefe of vertues, yet because he seeks to make men good, rather formidine panæ, then virtutis amore: or to say righter, doth not endeuor to make men good, but that their euill hurt not others, hauing no care so he be a good citizen, how bad a man he be. Therfore as our wickednes maketh him necessarie, and necessitie maketh him honorable, so is he not in the deepest truth to stand in ranck with these, who al endeuour to take naughtinesse away, and plant goodnesse euen in the secretest cabinet of our soules: and these foure are all that any way deale in the consideration of mens manners, which being the supreme knowledge, they that best breed it, deserue the best commendation.

The Philosopher therefore, and the Historian, are they which would win the goale, the one by precept, the other by example: but both, not hauing both, doo both halt. For the Philosopher setting downe with thornie arguments, the bare rule, is so hard of vtterance, and so mistie to be conceiued, that one that hath no other guide but him, shall wade in him till he be old, before he shall finde sufficient cause to be honest. For his knowledge standeth so vpon the abstract and generall, that happie is that man who may vnderstand him, and more happie, that can apply what he doth vnderstand. On the other side, the Historian wanting the precept, is so tied, not to what should be, but to what is, to the particular truth of things, and not to the general reason of things, that his example draweth no necessarie consequence, and therefore a lesse fruitfull doctrine. Now doth the peerlesse Poet performe both, for whatsoeuer the Philosopher saith should be done, he giues a perfect picture of it by some one, by whō he presupposeth it was done, so as he coupleth the generall notion with the particuler example. A perfect picture I say, for hee yeeldeth to the powers of the minde an image of that whereof the Philosopher bestoweth but a wordish description, which doth neither strike, pearce, nor possesse, the sight of the soule so much, as that other doth.

For as in outward things to a man that had neuer seene an Elephant, or a Rinoceros, who should tell him most exquisitely all their shape, cullour, bignesse, and particuler marks, or of a gorgious pallace an Architecture, who declaring the full bewties, might well make the hearer able to repeat as it were by roat all he had heard, yet should neuer satisfie his inward conceit, with being witnesse to it selfe of a true liuely knowledge: but the same mā, assoon as he might see those beasts wel painted, or that house wel in modell, shuld straightwaies grow without need of any description to a iudicial comprehending of them, so no doubt the Philosopher with his learned definitions, be it of vertues or vices, matters of publike policy or priuat gouernment, replenisheth the memorie with many infallible grounds of wisdom, which notwithstanding lie darke before the imaginatiue and iudging power, if they be not illuminated or figured forth by the speaking picture of Poesie. Tully taketh much paines, and many times not without Poeticall helpes to make vs know the force, loue of our country hath in vs. Let vs but heare old Anchices, speaking in the middest of Troies flames, or see Vlisses in the fulnesse of all Calipsoes delightes, bewaile his absence from barraine and beggerly Ithecæ. Anger the Stoickes said, was a short madnesse: let but Sophocles bring you Aiax on a stage, killing or whipping sheepe and oxen, thinking them the Army of Greekes, with their Chieftaines Agamemnon, and Menelaus: and tell me if you haue not a more familiar insight into Anger, then finding in the schoolemen his Genus and Difference. See whether wisdom and temperance in Vlisses and Diomedes, valure in Achilles, friendship in Nisus and Eurialus, euen to an ignorant man carry not an apparant shining: and contrarily, the remorse of conscience in Oedipus; the soone repenting pride in Agamemnon; the selfe deuouring crueltie in his father Atreus; the violence of ambition in the two Theban brothers; the sower sweetnesse of reuenge in Medea; and to fall lower, the Terentian Gnato, and our Chawcers Pander so exprest, that we now vse their names, to signifie their Trades: And finally, all vertues, vices, and passions, so in their owne naturall states, laide to the view, that we seeme not to heare of them, but clearly to see through them.

But euen in the most excellent determination of goodnesse, what Philosophers counsaile can so readely direct a Prince, as the feined Cirus in Xenophon, or a vertuous man in all fortunes: as Aeneas in Virgill, or a whole Common-wealth, as the Way of Sir Thomas Moores Eutopia. I say the Way, because where Sir Thomas Moore erred, it was the fault of the man and not of the Poet: for that Way of patterning a Common-wealth, was most absolute though hee perchaunce hath not so absolutely performed it. For the question is, whether the fained Image of Poetrie, or the reguler instruction of Philosophie, hath the more force in teaching? Wherein if the Philosophers haue more rightly shewed themselues Philosophers then the Poets, haue atteined to the high toppe of their profession (as in truth Mediocribus esse poetis non Dii, non homines, non concessere columnæ,) it is (I say againe) not the fault of the Art, but that by fewe men that Art can be accomplished.

Certainly euen our Sauiour Christ could as well haue giuen the morall common places of vncharitablenesse and humblenesse, as the diuine narration of Diues and Lazarus, or of disobedience and mercy, as that heauenly discourse of the lost childe and the gracious Father, but that his through searching wisedome, knew the estate of Diues burning in hell, and of Lazarus in Abrahams bosome, would more constantly as it were, inhabit both the memorie and iudgement. Truly for my selfe (mee seemes) I see before mine eyes, the lost childs disdainful prodigalitie, turned to enuy a Swines dinner: which by the learned Diuines are thought not Historical acts, but instructing Parables. For conclusion, I say the Philosopher teacheth, but he teacheth obscurely, so as the learned onely can vnderstand him, that is to say, he teacheth them that are alreadie taught. But the Poet is the food for the tendrest stomacks, the Poet is indeed, the right populer Philosopher. Whereof Esops Tales giue good proofe, whose prettie Allegories stealing vnder the formall Tales of beastes, makes many more beastly then beasts: begin to hear the sound of vertue from those dumbe speakers.

But now may it be alleadged, that if this imagining of matters be so fit for the imagination, then must the Historian needs surpasse, who brings you images of true matters, such as indeed were done, and not such as fantastically or falsly may be suggested to haue bin done. Truly Aristotle himselfe in his discourse of Poesie, plainly determineth this questiō, saying; that Poetrie is φιλοσοφότερών, and σπουδαιοτερον, that is to say, it is more Philosophicall and more then History. His reason is, because Poesie dealeth with καθόλου, that is to say, with the vniuersall consideration, and the Historie with καθέκαστον, the particular. Now saith he, the vniuersall wayes what is fit to be said or done, either in likelihood or necessitie, which the Poesie considereth in his imposed names: and the particular onely marketh whether Alcibiades did or suffered this or that. Thus farre Aristotle. Which reason of his, as all his is most full of reason. For indeed if the questiō were, whether it were better to haue a particular act truly or falsly set downe, there is no doubt which is to be chosen, no more then whether you had rather haue Vespacians Picture right as he was, or at the Painters pleasure nothing resembling. But if the question be for your owne vse and learning, whether it be better to haue it set downe as it should be, or as it was; then certainly is more doctrinable, the fained Cyrus in Xenophon, then the true Cyrus in Iustin: and the fained Aeneas in Virgill, then the right Aeneas in Dares Phrigius: as to a Ladie that desired to fashion her countenance to the best grace: a Painter shuld more benefite her to pourtrait a most sweete face, writing Canidia vppon it, then to paint Canidia as shee was, who Horace sweareth was full ill fauoured. If the Poet do his part aright, he wil shew you in Tantalus Atreus, and such like, nothing that is not to be shunned; in Cyrus, Aeneas, Vlisses, each thing to be followed: where the Historian bound to tell things as things were, cannot be liberall, without hee will be Poeticall of a perfect patterne, but as in Alexander or Scipio himselfe, shew doings, some to be liked, some to be misliked; and then how wil you discerne what to follow, but by your own discretiō which you had without reading Q. Curtius. And whereas a man may say, though in vniuersall consideration of doctrine, the Poet preuaileth, yet that the Historie in his saying such a thing was done, doth warrant a man more in that he shall follow. The answere is manifest, that if he stand vpon that was, as if he should argue, because it rained yesterday, therfore it should raine to day, then indeede hath it some aduantage to a grosse conceit. But if hee knowe an example onely enformes a coniectured likelihood, and so goe by reason, the Poet doth so farre exceed him, as hee is to frame his example to that which is most reasonable, be it in warlike, politike, or priuate matters, where the Historian in his bare, was, hath many times that which we call fortune, to ouerrule the best wisedome. Manie times he must tell euents, whereof he can yeeld no cause, or if he do, it must be poetically.

For that a fained example hath as much force to teach, as a true example (for as for to mooue, it is cleare, since the fained may be tuned to the highest key of passion) let vs take one example wherein an Historian and a Poet did concurre. Herodotus and Iustin doth both testifie, that Zopirus, King Darius faithfull seruant, seeing his maister long resisted by the rebellious Babilonians, fained himselfe in extreame disgrace of his King, for verifying of which, he caused his owne nose and eares to be cut off, and so flying to the Babylonians was receiued, and for his knowne valure so farre creadited, that hee did finde meanes to deliuer them ouer to Darius. Much like matter doth Liuy record of Tarquinius, and his sonne. Xenophon excellently faineth such an other Stratageme, performed by Abradates in Cyrus behalfe. Now would I faine knowe, if occasion be presented vnto you, to serue your Prince by such an honest dissimulation, why you do not as well learne it of Xenophons fiction, as of the others veritie: and truly so much the better, as you shall saue your nose by the bargaine. For Abradates did not counterfeyt so farre. So then the best of the Historian is subiect to the Poet, for whatsoeuer action or faction, whatsoeuer counsaile, pollicie, or warre, stratageme, the Historian is bounde to recite, that may the Poet if hee lift with his imitation make his owne; bewtifying it both for further teaching, and more delighting as it please him: hauing all frō Dante his heuē to his hell, vnder the authority of his pen. Which if I be asked what Poets haue don so? as I might wel name some, so yet say I, and say again, I speake of the Art and not of the Artificer.

Now to that which commonly is attributed to the praise of Historie, in respect of the notable learning, is got by marking the successe, as though therein a man shuld see vertue exalted, & vice punished: truly that commendation is peculier to Poetrie, and farre off from Historie; for indeed Poetrie euer sets vertue so out in her best cullours, making fortune her well-wayting handmayd, that one must needs be enamoured of her. Well may you see Vlisses in a storme and in other hard plights, but they are but exercises of patience & magnanimitie, to make thē shine the more in the neare following prosperitie. And of the contrary part, if euill men come to the stage, they euer goe out (as the Tragedie writer answered to one that misliked the shew of such persons) so manicled as they litle animate folkes to follow them. But the Historie beeing captiued to the trueth of a foolish world, is many times a terror from well-doing, and an encouragement to vnbrideled wickednes. For see we not valiant Milciades rot in his fetters? The iust Phocion and the accomplished Socrates, put to death like Traytors? The cruell Seuerus, liue prosperously? The excellent Seuerus miserably murthered? Sylla and Marius dying in their beds? Pompey and Cicero slain then when they wold haue thought exile a happinesse? See we not vertuous Cato driuen to kill himselfe, and Rebell Cæsar so aduanced, that his name yet after 1600. yeares lasteth in the highest honor? And marke but euen Cæsars owne words of the forenamed Sylla, (who in that onely, did honestly to put downe his dishonest Tyrannie) Litteras nesciuit: as if want of learning caused him to doo well. He ment it not by Poetrie, which not content with earthly plagues, deuiseth new punishments in hell for Tyrants: nor yet by Philosophy, which teacheth Occidentos esse, but no doubt by skill in History, for that indeed can affoord you Cipselus, Periander, Phalaris, Dionisius, and I know not how many more of the same kennell, that speed well inough in their abhominable iniustice of vsurpation. I conclude therfore that he excelleth historie, not onely in furnishing the minde with knowledge, but in setting it forward to that which deserues to be called and accounted good: which setting forward and mouing to well doing, indeed setteth the Lawrell Crowne vpon the Poets as victorious, not onely of the Historian, but ouer the Philosopher, howsoeuer in teaching it may be questionable.

For suppose it be granted, that which I suppose with great reason may be denied, that the Philosopher in respect of his methodical proceeding, teach more perfectly then the Poet, yet do I thinke, that no man is so much GREEK HERE, as to compare the Philosopher in moouing with the Poet. And that moouing is of a higher degree then teaching, it may by this appeare, that it is well nigh both the cause and effect of teaching. For who will be taught, if hee be not mooued with desire to be taught? And what so much good doth that teaching bring foorth, (I speake still of morall doctrine) as that it mooueth one to do that which it doth teach. For as Aristotle saith, it is not γνοσις, but ῶραξις must be the frute: and how ῶραξις can be without being moued to practise, it is no hard matter to consider. The Philosopher sheweth you the way, hee enformeth you of the particularities, as well of the tediousnes of the way, as of the pleasaunt lodging you shall haue when your iourney is ended, as of the many by turnings that may diuert you from your way. But this is to no man but to him that will reade him, and reade him with attentiue studious painfulnesse, which constant desire, whosoeuer hath in him, hath alreadie past halfe the hardnesse of the way: and therefore is beholding to the Philosopher, but for the other halfe. Nay truly learned men haue learnedly thought, that where once reason hath so much ouer-mastered passion, as that the minde hath a free desire to doo well, the inward light each minde hath in it selfe, is as good as a Philosophers booke, since in Nature we know it is well, to doo well, and what is well, and what is euill, although not in the wordes of Art which Philosophers bestow vppon vs: for out of naturall conceit the Philosophers drew it; but to be moued to doo that which wee know, or to be moued with desire to know. Hoc opus, hic labor est.

Now therein of all Sciences I speake still of humane (and according to the humane conceit) is our Poet the Monarch. For hee doth not onely shew the way, but giueth so sweete a prospect into the way, as will entice anie man to enter into it: Nay he doth as if your iourney should lye through a faire vineyard, at the verie first, giue you a cluster of grapes, that full of that taste, you may long to passe further. Hee beginneth not with obscure definitions, which must blurre the margent with interpretations, and loade the memorie with doubtfulnesse: but hee commeth to you with words set in delightfull proportion, either accompanied with, or prepared for the well enchanting skill of Musicke, and with a tale forsooth he commeth vnto you, with a tale, which holdeth children from play, and olde men from the Chimney corner; and pretending no more, doth intend the winning of the minde from wickednes to vertue; euen as the child is often brought to take most wholesome things by hiding them in such other as haue a pleasaunt taste: which if one should begin to tell them the nature of the Alloes or Rhabarbarum they should receiue, wold sooner take their phisick at their eares then at their mouth, so is it in men (most of which, are childish in the best things, til they be cradled in their graues) glad they will be to heare the tales of Hercules, Achilles, Cyrus, Aeneas, and hearing them, must needes heare the right description of wisdom, value, and iustice; which if they had bene barely (that is to say Philosophically) set out, they would sweare they be brought to schoole againe; that imitation whereof Poetrie is, hath the most conueniencie to nature of al other: insomuch that as Aristotle saith, those things which in themselues are horrible, as cruel battailes, vnnatural monsters, are made in poeticall imitation, delightfull. Truly I haue knowne men, that euen with reading Amadis de gaule, which God knoweth, wanteth much of a perfect Poesie, haue found their hearts moued to the exercise of courtesie, liberalitie, and especially courage. Who readeth Aeneas carrying old Anchises on his backe, that wisheth not it were his fortune to performe so excellent an Act? Whom doth not those words of Turnus mooue, (the Tale of Turnus hauing planted his image in the imagination) fugientem haec terra videbit? Vsqueadeone mori miserum est? Wher the Philosophers as they think scorne to delight, so must they be content little to mooue; sauing wrangling whether Virtus be the chiefe or the onely good; whether the contemplatiue or the actiue life do excell; which Plato & Poetius well knew: and therefore made mistresse Philosophie verie often borrow the masking raiment of Poesie. For euen those hard hearted euill men who thinke vertue a schoole name, and know no other good but indulgere genio, and therefore despise the austere admonitions of the Philosopher, and feele not the inward reason they stand vpon, yet will be content to be delighted, which is all the good, fellow Poet seemes to promise; and so steale to see the form of goodnes, (which seene, they cannot but loue) ere themselues be aware, as if they tooke a medicine of Cheries.

Infinit proofes of the straunge effects of this Poeticall inuention, might be alleaged: onely two shall serue, which are so often remembred, as I thinke all men know them. The one of Menemus Agrippa, who when the whole people of Rome had resolutely diuided themselues from the Senate, with apparant shew of vtter ruine, though he were for that time an excellent Orator, came not amōg them vpon trust either of figuratiue speeches, or cunning insinuations, and much lesse with farre set Maximes of Philosophie, which especially if they were Platonike, they must haue learned Geometrie before they could well haue conceiued: but forsooth, he behaueth himselfe like a homely and familiar Poet. He telleth them a tale, that there was a time, when all the parts of the bodie made a mutinous conspiracie against the belly, which they thought deuoured the frutes of each others labour: they concluded they would let so vnprofitable a spender starue. In the end, to be short, for the tale is notorious, and as notorious that it was a tale, with punishing the belly they plagued themselues; this applied by him, wrought such effect in the people, as I neuer red, that onely words brought foorth: but then so suddaine and so good an alteration, for vpon reasonable conditions, a perfect reconcilement ensued. The other is of Nathan the Prophet, who when the holie Dauid, had so farre forsaken God, as to confirme Adulterie with murther, when he was to do the tendrest office of a friend, in laying his owne shame before his eyes; sent by God to call againe so chosen a seruant, how doth he it? but by telling of a man whose beloued lambe was vngratefully taken from his bosome. The Application most diuinely true, but the discourse it selfe fained; which made Dauid (I speake of the second and instrumentall cause) as in a glasse see his owne filthinesse, as that heauenly Psalme of mercie well testifieth. By these therefore examples and reasons. I thinke it may be manifest, that the Poet with that same hand of delight, doth draw the mind more effectually then any other Art doth. And so a conclusion not vnfitly ensue, that as vertue is the most excellēt resting place for al worldly learning to make his end of, so Poetry being the most familiar to teach it, and most Princely to moue towards it, in the most excellent worke, is the most excellent workeman.

But I am content not onely to decipher him by his workes (although workes in commendation and dispraise, must euer hold a high authoritie) but more narrowly will examine his parts, so that (as in a man) though altogither may carrie a presence full of maiestie and bewtie, perchance in some one defectuous peece we may finde blemish: Now in his parts, kindes, or species, as you list to tearme them, it is to be noted, that some Poesies haue coupled togither two or three kindes, as the Tragicall and Comicall, whereupon is risen the Tragicomicall, some in the maner haue mingled prose and verse, as Sanazara and Boetius; some haue mingled matters Heroicall and Pastorall, but that commeth all to one in this question, for if seuered they be good, the coniunction cannot be hurtfull: therefore perchance forgetting some, and leauing some as needlesse to be remembred. It shall not bee amisse, in a word to cite the speciall kindes, to see what faults may be found in the right vse of them.

Is it then the Pastorall Poeme which is misliked? (For perchance where the hedge is lowest they will soonest leape ouer) is the poore pipe disdained, which somtimes out of Mælibeus mouth, can shewe the miserie of people, vnder hard Lords and rauening souldiers? And again by Titerus, what blessednesse is deriued, to them that lie lowest, from the goodnesse of them that fit highest? Sometimes vnder the prettie tales of Woolues and sheepe, can enclude the whole considerations of wrong doing and patience; sometimes shew that contentions for trifles, can get but a trifling victory, wher perchance a man may see, that euen Alexander & Darius, when they straue who should be Cocke of this worldes dunghill, the benefit they got, was, that the afterliuers may say, Hæc memini & victum frustra contendere Thirsim. Ex illo Coridon, Coridon est tempore nobis.

Or is it the lamenting Elegiack, which in a kinde heart would mooue rather pittie then blame, who bewaileth with the great Philosopher Heraclitus, the weakenesse of mankinde, and the wretchednesse of the world: who surely is to bee praised either for compassionate accompanying iust causes of lamentations, or for rightlie painting out how weake be the passions of wofulnesse? Is it the bitter but wholesome Iambick, who rubbes the galled minde, in making shame the Trumpet of villanie, with bolde and open crying out against naughtinesse? Or the Satirick, who Omne vafer vitium ridenti tangit amico, who sportingly, neuer leaueth, till he make a man laugh at follie; and at length ashamed, to laugh at himself; which he cannot auoyde, without auoyding the follie? who while Circum præcordia ludit, giueth vs to feele how many headaches a passionate life bringeth vs to? How when all is done, Est Vlubris animus si nos non deficit æquus.

No perchance it is the Comick, whom naughtie Play-makers and stage-keepers, haue iustly made odious. To the arguments of abuse, I will after answer, onely thus much now is to be said, that the Comedy is an imitatiō of the cōmon errors of our life, which he representeth in the most ridiculous & scornfull sort that may be: so as it is impossible that any beholder can be content to be such a one. Now as in Geometrie, the oblique must be knowne as well as the right, and in Arithmetick, the odde as well as the euen, so in the actions of our life, who seeth not the filthinesse of euill, wanteth a great foile to perceiue the bewtie of vertue. This doth the Comædie handle so in our priuate and domesticall matters, as with hearing it, wee get as it were an experience what is to be looked for of a niggardly Demea, of a craftie Dauus, of a flattering Gnato, of a vain-glorious Thraso: and not onely to know what effects are to be expected, but to know who be such, by the signifying badge giuen them by the Comædient. And litle reason hath any man to say, that men learne the euill by seeing it so set out, since as I said before, there is no man liuing, but by the force truth hath in nature, no sooner seeth these men play their parts, but wisheth them in Pistrinum, although perchance the sack of his owne faults lie so behinde his backe, that he seeth not himselfe to dance the same measure: wherto yet nothing can more open his eies, then to see his owne actions contemptibly set forth. So that the right vse of Comædie, will I thinke, by no bodie be blamed; and much lesse of the high and excellent Tragedie, that openeth the greatest woundes, and sheweth forth the Vlcers that are couered with Tissue, that maketh Kings feare to be Tyrants, and Tyrants manifest their tyrannicall humours, that with sturring the affects of Admiration and Comiseration, teacheth the vncertaintie of this world, and vppon how weak foundations guilden roofes are builded: that maketh vs know, Qui scæptra sæuus duro imperio regit, Timet timentes, metus in authorem redit. But how much it can moue, Plutarch yeeldeth a notable testimonie of the abhominable Tyrant Alexander Pheræus, from whose eyes a Tragedie well made and represented, drew abundance of teares, who without all pittie had murthered infinite numbers, and some of his owne bloud: so as he that was not ashamed to make matters for Tragedies, yet could not resist the sweete violence of a Tragedie. And if it wrought no further good in him, it was, that he in despight of himself, withdrew himselfe from hearkening to that which might mollifie his hardened heart. But it is not the Tragedie they do mislike, for it were too absurd to cast our so excellent a representation of whatsoeuer is most woorthie to be learned.

Is it the Lyricke that moste displeaseth, who with his tuned Lyre and well accorded voice, giueth praise, the reward of vertue, to vertuous acts? who giueth morall preceptes and naturall Problemes, who sometime raiseth vp his voyce to the height of the heauens, in singing the laudes of the immortall God? Certainly I must confesse mine owne barbarousnesse, I neuer heard the old Song of Percy and Duglas, that I founde not my heart mooued more then with a Trumpet; and yet is it sung but by some blinde Crowder, with no rougher voyce, then rude stile: which being so euill apparelled in the dust and Cobwebbes of that vnciuill age, what would it worke, trimmed in the gorgious eloquence of Pindare? In Hungarie I haue seene it the manner at all Feastes and other such like meetings, to haue songs of their ancestors valure, which that right souldierlike nation, think one of the chiefest kindlers of braue courage. The incomperable Lacedemonians, did not onelie carrie that kinde of Musicke euer with them to the field, but euen at home, as such songs were made, so were they all content to be singers of them: when the lustie men were to tell what they did, the old men what they had done, and the yoong what they would doo. And where a man may say that Pindare many times praiseth highly Victories of small moment, rather matters of sport then vertue, as it may be answered, it was the fault of the Poet, and not of the Poetrie; so indeed the chiefe fault was, in the time and custome of the Greekes, who set those toyes at so high a price, that Phillip of Macedon reckoned a horse-race wonne at Olympus, among his three fearefull felicities. But as the vnimitable Pindare often did, so is that kind most capable and most fit, to awake the thoughts from the sleepe of idlenesse, to embrace honourable enterprises.

Their rests the Heroicall, whose verie name I thinke should daunt all backbiters. For by what conceit can a tongue bee directed to speake euil of that which draweth with him no lesse champions then Achilles, Cirus, Aeneas, Turnus, Tideus, Rinaldo, who doeth not onely teache and mooue to a truth, but teacheth and mooueth to the most high and excellent truth: who maketh magnanimitie and iustice, shine through all mistie fearefulnesse and foggie desires. Who if the saying of Plato and Tully bee true, that who could see vertue, woulde bee woonderfullie rauished with the loue of her bewtie. This man setteth her out to make her more louely in her holliday apparrell, to the eye of anie that will daine, not to disdaine vntill they vnderstand. But if any thing be alreadie said in the defence of sweete Poetrie, all concurreth to the mainteining the Heroicall, which is not onelie a kinde, but the best and most accomplished kindes of Poetrie. For as the Image of each Action stirreth and instructeth the minde, so the lostie Image of such woorthies, moste enflameth the minde with desire to bee woorthie: and enformes with counsaile how to bee woorthie. Onely let Aeneas bee worne in the Tablet of your memorie, how hee gouerneth himselfe in the ruine of his Countrey, in the preseruing his olde Father, and carrying away his religious Ceremonies, in obeying Gods Commaunment, to leaue Dido, though not onelie all passionate kindnesse, but euen the humane consideration of vertuous gratefulnesse, would haue craued other of him: how in stormes, how in sports, how in warre, how in peace, how a fugitiue, how victorious, how besieged, how besieging, how to straungers, how to Allies, how to enemies, how to his owne. Lastly, how in his inwarde selfe, and howe in his outward gouernment, and I thinke in a minde moste preiudiced with a preiudicating humour, Hee will bee founde in excellencie fruitefull. Yea as Horace saith, Melius Chrisippo & Crantore: but truly I imagin it falleth out with these Poet-whippers, as with some good women who often are sicke, but in faith they cannot tel where. So the name of Poetrie is odious to them, but neither his cause nor effects, neither the summe that containes him, nor the particularities descending from him, giue any fast handle to their carping dispraise.

Since then Poetrie is of al humane learnings the most ancient, and of most fatherly antiquitie, as from whence other learnings haue taken their beginnings; Since it is so vniuersall, that no learned nation doth despise it, nor barbarous nation is without it; Since both Romane & Greeke gaue such diuine names vnto it, the one of prophesying, the other of making; and that indeed that name of making is fit for him, considering, that where all other Arts retain themselues within their subiect, and receiue as it were their being from it. The Poet onely, onely bringeth his own stuffe, and doth not learn a Conceit out of a matter, but maketh matter for a Conceit. Since neither his description, nor end, containing any euill, the thing described cannot be euil; since his effects be so good as to teach goodnes, and delight the learners of it; since therein (namely in morall doctrine the chiefe of all knowledges) hee doth not onely farre passe the Historian, but for instructing is well nigh comparable to the Philosopher, for mouing, leaueth him behind him. Since the holy scripture (wherein there is no vncleannesse) hath whole parts in it Poeticall, and that euen our Sauior Christ vouchsafed to vse the flowers of it: since all his kindes are not onely in their vnited formes, but in their seuered dissections fully commendable, I thinke, (and thinke I thinke rightly) the Lawrell Crowne appointed for tryumphant Captaines, doth worthily of all other learnings, honour the Poets triumph.

But bicause we haue eares as well as toongs, and that the lightest reasons that may be, will seeme to waigh greatly, if nothing be put in the counter-ballance, let vs heare, and as well as we can, ponder what obiections be made against this Art, which may be woorthie either of yeelding, or answering. First truly I note, not onely in these μυοιμουσος, Poet-haters, but in all that kind of people who seek a praise, by dispraising others, that they do prodigally spēd a great many wandring words in quips and scoffes, carping and taunting at each thing, which by sturring the spleene, may staie the brain from a through beholding the worthinesse of the subiect. Those kind of obiections, as they are full of a verie idle easinesse, since there is nothing of so sacred a maiestie, but that an itching toong may rub it selfe vpon it, so deserue they no other answer, but in steed of laughing at the ieast, to laugh at the ieaster. We know a playing wit can praise the discretion of an Asse, the comfortablenes of being in debt, and the iolly commodities of being sicke of the plague. So of the contrary side, if we will turne Ouids verse, Vt lateat virtus, prox imitate mali, that good lye hid, in nearnesse of the euill. Agrippa will be as mery in shewing the vanitie of Science, as Erasmus was in the commending of folly: neither shal any man or matter, escape some touch of these smiling Raylers. But for Erasmus and Agrippa, they had an other foundation then the superficiall part would promise. Marry these other pleasaunt fault-finders, who will correct the Verbe, before they vnderstand the Nowne, and confute others knowledge, before they confirme their owne, I would haue them onely remember, that scoffing commeth not of wisedome; so as the best title in true English they get with their meriments, is to be called good fooles: for so haue our graue forefathers euer tearmed that humorous kinde of iesters.

But that which giueth greatest scope to their scorning humor, is ryming and versing. It is alreadie said (and as I thinke truly said) it is not ryming and versing that maketh Poesie: One may be a Poet without versing, and a versefier without Poetrie. But yet presuppose it were inseperable, as indeed it seemeth Scalliger iudgeth truly, it were an inseperable commendation. For if Oratio, next to Ratio, Speech next to Reason, be the greatest gift bestowed vpon Mortalitie, that cannot bee praiselesse, which doth most polish that blessing of speech; which considereth each word not onely as a man may say by his forcible qualitie, but by his best measured quantity: carrying euen in themselues a Harmonie, without perchance number, measure, order, proportion, be in our time growne odious. But laie aside the iust praise it hath, by being the onely fit speech for Musicke, (Musicke I say the most diuine striker of the senses) Thus much is vndoubtedly true, that if reading be foolish without remembring, Memorie being the onely treasure of knowledge, those words which are fittest for memory, are likewise most conuenient for knowledge.

Now that Verse far exceedeth Prose, in the knitting vp of the memorie, the reason is manifest, the words (besides their delight, which hath a great affinitie to memorie) being so set as one cannot be lost, but the whole woorke failes: which accusing it selfe, calleth the remembrance back to it selfe, and so most strongly confirmeth it. Besides one word, so as it were begetting an other, as be it in rime or measured verse, by the former a mā shall haue a neare gesse to the follower. Lastly euen they that haue taught the Art of memory, haue shewed nothing so apt for it, as a certain roome diuided into many places, well & throughly knowne: Now that hath the verse in effect perfectly, euerie word hauing his natural seat, which seat must needs make the word remembred. But what needes more in a thing so knowne to all men. Who is it that euer was scholler, that doth not carry away som verses of Virgil, Horace, or Cato, which in his youth hee learned, and euē to his old age serue him for hourely lessons; as Percontatorem fugito nam garrulus idem est, Dum tibi quisq; placet credula turba sumas. But the fitnes it hath for memorie, is notably prooued by all deliuerie of Arts, wherein for the most part, from Grammer, to Logick, Mathematickes, Phisick, and the rest, the Rules chiefly necessaie to be borne away, are compiled in verses. So that verse being in it selfe sweet and orderly, and being best for memorie, the onely handle of knowledge, it must be in iest that any man can speak against it.

Now then goe we to the most important imputations laid to the poore Poets, for ought I can yet learne, they are these. First, that there beeing manie other more frutefull knowledges, a man might better spend his time in them, then in this. Secondly, that it is the mother of lyes. Thirdly, that it is the nurse of abuse, infecting vs with many pestilent desires, with a Sirens sweetnesse, drawing the minde to the Serpents taile of sinfull fansies; and herein especially Comedies giue the largest field to eare, as Chawcer saith, how both in other nations and in ours, before Poets did soften vs, we were full of courage giuē to martial exercises, the pillers of manlike libertie, and not lulled a sleepe in shadie idlenes, with Poets pastimes. And lastly and chiefly, they cry out with open mouth as if they had ouershot Robinhood, that Plato banished them out of his Commonwealth. Truly this is much, if there be much truth in it. First to the first. That a man might better spend his time, is a reason indeed: but it doth as they say, but petere principium. For if it be, as I affirme, that no learning is so good, as that which teacheth and moueth to vertue, and that none can both teach and moue thereto so much as Poesie, then is the conclusion manifest; that incke and paper cannot be to a more profitable purpose imployed. And certainly though a man should graunt their first assumption, it should follow (mee thinks) very vnwillingly, that good is not good, because better is better. But I still and vtterly deny, that there is sprung out of earth a more fruitfull knowledge. To the second therfore, that they should be the principall lyers, I answere Paradoxically, but truly, I think truly: that of all writers vnder the Sunne, the Poet is the least lyer: and though he wold, as a Poet can scarcely be a lyer. The Astronomer with his cousin the Geometrician, can hardly escape, when they take vpon them to measure the height of the starres. How often thinke you do the Phisitians lie, when they auerre things good for sicknesses, which afterwards send Charon a great number of soules drownd in a potion, before they come to his Ferrie? And no lesse of the rest, which take vpon them to affirme. Now for the Poet, he nothing affirmeth, and therefore neuer lieth: for as I take it, to lie, is to affirme that to bee true, which is false. So as the other Artistes, and especially the Historian, affirming manie things, can in the clowdie knowledge of mankinde, hardly escape from manie lies. But the Poet as I said before, neuer affirmeth, the Poet neuer maketh any Circles about your imaginatiō, to coniure you to beleeue for true, what he writeth: he citeth not authorities of other histories, but euē for his entrie, calleth the sweete Muses to inspire vnto him a good inuention. In troth, not laboring to tel you what is, or is not, but what should, or should not be. And therefore though he recount things not true, yet because he telleth them not for true, he lieth not: without we will say, that Nathan lied in his speech before alleaged to Dauid, which as a wicked man durst scarce say, so think I none so simple, wold say, that Esope lied, in the tales of his beasts: for who thinketh that Esope wrote it for actually true, were wel worthie to haue his name Cronicled among the beasts he writeth of. What childe is there, that comming to a play, and seeing Thebes written in great letters vpon an old doore, doth beleeue that it is Thebes? If then a man can arriue to the childes age, to know that the Poets persons and dooings, are but pictures, what should be, and not stories what haue bin, they will neuer giue the lie to things not Affirmatiuely, but Allegorically and figuratiuely written; and therefore as in historie looking for truth, they may go away full fraught with falshood: So in Poesie, looking but for fiction, they shall vse the narration but as an imaginatiue ground plat of a profitable inuention.

But hereto is replied, that the Poets giue names to men they write of, which argueth a conceit of an actuall truth, and so not being true, prooueth a falshood. And dooth the Lawier lye, then when vnder the names of Iohn of the Stile, and Iohn of the Nokes, hee putteth his Case? But that is easily answered, their naming of men, is but to make their picture the more liuely, and not to build anie Historie. Painting men, they cannot leaue men namelesse: wee see, wee cannot plaie at Chestes, but that wee must giue names to our Chessemen; and yet mee thinkes he were a verie partiall Champion of truth, that would say wee lyed, for giuing a peece of wood the reuerende title of a Bishop. The Poet nameth Cyrus and Aeneas, no other way, then to shewe what men of their fames, fortunes, and estares, should doo.

Their third is, how much it abuseth mens wit, training it to wanton sinfulnesse, and lustfull loue. For indeed that is the principall if not onely abuse, I can heare alleadged. They say the Comedies rather teach then reprehend amorous cōceits. They say the Lirick is larded with passionat Sonets, the Elegiack weeps the want of his mistresse, and that euen to the Heroical, Cupid hath ambitiously climed. Alas Loue, I would thou couldest as wel defend thy selfe, as thou canst offend others: I would those on whom thou doest attend, could either put thee away, or yeeld good reason why they keepe thee. But grant loue of bewtie to be a beastly fault, although it be verie hard, since onely man and no beast hath that gift to discerne bewtie, graunt that louely name of loue to deserue all hatefull reproches, although euen some of my maisters the Philosophers spent a good deale of their Lampoyle in setting foorth the excellencie of it, graunt I say, what they will haue graunted, that not onelie loue, but lust, but vanitie, but if they list scurrilitie, possesse manie leaues of the Poets bookes, yet thinke I, when this is graunted, they will finde their sentence may with good manners put the last words foremost; and not say, that Poetrie abuseth mans wit, but that mans wit abuseth Poetrie.

For I will not denie, but that mans wit may make Poesie, which should be ρικαστικὴ, which some learned haue defined figuring foorth good things to be φανταστικὴ which doth contrariwise infect the fancie with vnwoorthie obiects, as the Painter should giue to the eye either some excellent perspectiue, or some fine Picture fit for building or fortification, or containing in it some notable example, as Abraham sacrificing his sonne Isaack, Iudith killing Holofernes, Dauid fighting with Golias, may leaue those, and please an ill pleased eye with wanton shewes of better hiddē matters. But what, shal the abuse of a thing, make the right vse odious? Nay truly though I yeeld, that Poesie may not onely be abused, but that being abused by the reason of his sweete charming force, it can do more hurt then anie other armie of words: yet shall it be so farre from concluding, that the abuse should giue reproach to the abused, that cōtrariwise, it is a good reason, that whatsoeuer being abused, doth most harme, being rightly vsed (and vpon the right vse, ech thing receiues his title) doth most good. Do we not see skill of Phisicke the best ramper to our often assaulted bodies, being abused, teach poyson the most violent destroyer? Doth not knowledge of Law, whose end is, to euen & right all things, being abused, grow the crooked fosterer of horrible iniuries? Doth not (to go to the highest) Gods word abused, breede heresie, and his name abused, become blasphemie? Truly a Needle cannot do much hurt, and as truly (with leaue of Ladies be it spoken) it cannot do much good. With a swoord thou maist kill thy Father, and with a swoord thou maist defende thy Prince and Countrey: so that, as in their calling Poets, fathers of lies, they said nothing, so in this their argument of abuse, they prooue the commendation.

They alledge herewith, that before Poets began to be in price, our Nation had set their hearts delight vppon action, and not imagination, rather doing things worthie to be written, thē writing things fit to be done. What that before time was, I think scarcely Spinx can tell: since no memerie is so ancient, that hath not the precedens of Poetrie. And certain it is, that in our plainest homelines, yet neuer was the Albion Nation without Poetrie. Marry this Argument, though it be leuiled against Poetrie, yet is it indeed a chain-shot against all learning or bookishnes, as they commonly terme it. Of such mind were certaine Gothes, of whom it is written, that hauing in the spoile of a famous Cittie, taken a faire Librarie, one hangman belike fit to execute the frutes of their wits, who had murthered a great number of bodies, woulde haue set fire in it. No said an other verie grauely, take heed what you do, for while they are busie about those toyes, wee shall with more leisure conquere their Countries. This indeed is the ordinarie doctrine of ignorance, and many words sometimes I haue heard spent in it: but bicause this reason is generally against al learning, as wel as Poetrie, or rather all learning but Poetrie, because it were too large a digression to handle it, or at least too superfluous, since it is manifest that all gouernment of action is to be gotten by knowledge, and knowledge best, by gathering manie knowledges, which is reading; I onely with Horace, to him that is of that opinion, Iubio stultum esse libenter: for as for Poetrie it selfe, it is the freest from this obiection, for Poetrie is the Companion of Camps. I dare vndertake, Orlando Furioso, or honest king Arthure, will neuer displease a souldier: but the quidditie of Ens & Prima materia, will hardly agree with a Corcelet. And therefore as I said in the beginning, euen Turkes and Tartars, are delighted with Poets. Homer a Creeke, flourished, before Greece flourished: and if to a slight coniecture, a coniecture may bee apposed, truly it may seem, that as by him their learned mē tooke almost their first light of knowledge, so their actiue men, receiued their first motions of courage. Onely Alexanders example may serue, who by Plutarche is accounted of such vertue, that fortune was not his guide, but his footestoole, whose Acts speake for him, though Plutarche did not: indeede the Phaenix of warlike Princes. This Alexander, left his Schoolemaister liuing Aristotle behinde him, but tooke dead Homer with him. Hee put the Philosopher Callisthenes to death, for his seeming Philosophicall, indeed mutinous stubbornnesse, but the chiefe thing hee was euer heard to wish for, was, that Homer had bene aliue. Hee well founde hee receiued more brauerie of minde by the paterne of Achilles, then by hearing the definition of fortitude. And therefore if Cato misliked Fuluius for carrying Ennius with him to the field, It may be answered, that if Cato misliked it, the Noble Fuluius liked it, or else he had not done it; for it was not the excellent Cato Vticencis, whose authoritie I would much more haue reuerenced: But it was the former, in truth a bitter punisher of faultes, but else a man that had neuer sacrificed to the Graces. Hee misliked and cried out against all Greeke learning, and yet being foure score yeares olde beganne to learne it, belike fearing that Pluto vnderstood not Latine. Indeed the Romane lawes allowed no person to bee carried to the warres, but hee that was in the souldiers Role. And therefore though Cato misliked his vnmustred person, he misliked not his worke. And if hee had, Scipio Nasica (iudged by common consent the best Romane) loued him: both the other Scipio brothers, who had by their vertues no lesse surnames then of Asia and Affricke, so loued him, that they caused his bodie to be buried in their Sepulture. So as Catoes authoritie beeing but against his person, and that answered with so farre greater then himselfe, is herein of no validitie.

But now indeede my burthen is great, that Plato his name is laide vppon mee, whom I must confesse of all Philosophers, I haue euer esteemed most worthie of reuerence; and with good reason, since of all Philosophers hee is the most Poeticall: yet if hee will defile the fountaine out of which his flowing streames haue proceeded, let vs boldly examine with what reasons hee did it. First truly a man might maliciously obiect, that Plato being a Philosopher, was a naturall enemy of Poets. For indeede after the Philosophers had picked out of the sweete misteries of Poetrie, the right discerning true points of knowledge: they foorthwith putting it in methode, and making a Schoole Art of that which the Poets did onely teach by a diuine delightfulnes, beginning to spurne at their guides, like vngratefull Prentices, were not content to set vp shop for themselues, but sought by all meanes to discredit their maisters, which by the force of delight being barred them, the lesse they could ouerthrow them, the more they hated them. For indeed they found for Homer, seuen Cities straue who should haue him for their Cittizen, where many Cities banished Philosophers, as not fit members to liue among them. For onely repeating certaine of Euripides verses, many Atheniens had their liues saued of the Siracusans, where the Atheniens themselues thought many Philosophers vnworthie to liue. Certaine Poets, as Simonides, and Pindarus, had so preuailed with Hiero the first, that of a Tyrant they made him a iust King: where Plato could do so little with Dionisius, that he himselfe of a Philosopher, was made a slaue. But who should do thus, I confesse should requite the obiections made against Poets, with like cauillations against Philosophers: as likewise one should do, that should bid one read Phædrus or Simposium in Plato, or the discourse of loue in Plutarch, and see whether any Poet do authorise abhominable filthinesse as they doo. Againe, a man might aske, out of what Common-wealth Plato doth banish them, in sooth, thence where he himselfe alloweth communitie of women. So as belike this banishment grew not for effeminate wantonnesse, since little should Poetical Sonnets be hurtful, when a man might haue what woman he listed. But I honor Philosophicall instructions, and blesse the wits which bred them: so as they be not abused, which is likewise stretched to Poetrie. S. Paul himselfe sets a watch-word vppon Philosophie, indeed vppon the abuse. So doth Plato vppon the abuse, not vpon Poetrie. Plato found fault that the Poettes of his time, filled the worlde with wrng opinions of the Gods, making light tales of that vnspotted essence; and therfore wold not haue the youth depraued with such opinions: heerein may much be said; let this suffice. The Poets did not induce such opinions, but did imitate those opinions alreadie induced. For all the Greeke stories can well testifie, that the verie religiō of that time, stood vpon many, and many fashioned Gods: Not taught so by Poets, but followed according to their nature of imitation. Who list may read in Plutarch, the discourses of Isis and Osiris, of the cause why Oracles ceased, of the diuine prouidence, & see whether the Theology of that nation, stood not vpon such dreams, which the Poets indeede superstitiously obserued. And truly since they had not the light of Christ, did much better in it, then the Philosophers, who shaking off superstition, brought in Atheisme. Plato therfore, whose authoritie, I had much rather iustly cōsture, then vniustly resist: ment not in generall of Poets, in those words of which Iulius Scaliger saith; Qua authoritate barbari quidam atq; hispidi abuti velint ad poetas è rep. Exigendos. But only ment to driue out those wrong opinions of the Deitie: wherof now without further law, Christianitie hath taken away all the hurtful beliefe, perchance as he thought nourished by then esteemed Poets. And a man need go no further then to Plato himselfe to knowe his meaning: who in his Dialogue called Ion, giueth high, and rightly, diuine commendation vnto Poetrie. So as Plato banishing the abuse, not the thing, not banishing it, but giuing due honour to it, shall be our Patron, and not our aduersarie. For indeed, I had much rather, since truly I may do it, shew their mistaking of Plato, vnder whose Lyons skinne, they would make an Aslike braying against Poesie, then go about to ouerthrow his authoritie; whome the wiser a man is, the more iust cause he shall finde to haue in admiration: especially since he attributeth vnto Poesie, more then my selfe do; namely, to be a verie inspiring of a diuine force, farre aboue mans wit, as in the forenamed Dialogue is apparant.

Of the other side, who would shew the honours haue bene by the best sort of iudgements graunted them, a whole sea of examples woulde present themselues; Alexanders, Cæsars, Scipioes, all fauourers of Poets: Lælius, called the Romane Socrates himselfe a Poet; so as part of Heautontimoroumenon in Terence, was supposed to bee made by him. And euen the Greeke Socrates, whome Appollo confirmed to bee the onely wise man, is said to haue spent part of his olde time in putting Esopes Fables into verses. And therefore full euill should it become his scholler Plato, to put such words in his maisters mouth against Poets. But what needs more? Aristotle writes the Arte of Poesie, and why, if it should not bee written? Plutarche teacheth the vse to bee gathered of them, and how, if they should not bee reade? And who reades Plutarches either Historie or Philosophie, shall finde hee trimmeth both their garments with gardes of Poesie. But I list not to defend Poesie with the helpe of his vnderling Historiographie. Let it suffice to haue shewed, it is a fit soyle for praise to dwell vppon: and what dispraise may set vppon it, is either easily ouercome, or transformed into iust commendation. So that since the excellencies of it, may bee so easily and so iustly confirmed, and the lowe creeping obiections so soone trodden downe, it not beeing an Art of lyes, but of true doctrine; not of effœminatenesse, but of notable stirring of courage; not of abusing mans wit, but of strengthening mans wit; not banished, but honored by Plato; Let vs rather plant more Lawrels for to ingarland the Poets heads (which honor of being Lawreate, as besides them onely triumphant Captaines were, is a sufficient authoritie to shewe the price they ought to bee held in) then suffer the ill sauoured breath of such wrong speakers once to blow vppon the cleare springs of Poesie.

But since I haue runne so long a Carrier in this matter, me thinkes before I giue my penne a full stoppe, it shall be but a litle more lost time, to enquire why England the Mother of excellent mindes should be growne so hard a stepmother to Poets, who certainely in wit ought to passe all others, since all onely proceedes from their wit, beeing indeed makers of themselues, not takers of others. How can I but exclaime. Musa mihi causas memoria quo numine læso, Sweete Poesie that hath aunciently had Kings, Emperours, Senatours, great Captaines, such as besides a thousandes others, Dauid, Adrian, Sophocles, Germanicus, not onelie to fauour Poets, but to bee Poets: and of our nearer times, can present for her Patrons, a Robert King of Scicill, the great King Fraunces of Fraunce, King Iames of Scotland; such Cardinalls as Bembus, and Bibiena; suche famous Preachers and Teachers, as Beza and Melanchchon; so learned Philosophers, as Fracastorius, and Scaliger; so great Orators, as Pontanus, and Muretus; so pearcing wits, as George Buchanan; so graue Counsailours, as besides manie, but before all, that Hospitall of Fraunce; then whome I thinke that Realme neuer brought forth a more accomplished iudgement, more firmly builded vpō vertue: I say these with numbers of others, not onely to read others Poesies, but to poetise for others reading; that Poesie thus embraced in all other places, should onely finde in our time a hard welcome in England. I thinke the verie earth laments it, and therefore deckes our soyle with fewer Lawrels then it was accustomed. For heretofore, Poets haue in England also flourished: and which is to be noted, euen in those times when the Trumpet of Mars did sonnd lowdest. And now that an ouer faint quietnesse should seeme to strowe the house for Poets. They are almost in as good reputation, as the Mountebanckes at Venice. Truly euen that, as of the one side it giueth great praise to Poesie, which like Venus (but to better purpose) had rather be troubled in the net with Mars, then enioy the homely quiet of Vulcan. So serueth it for a peece of a reasō, why they are lesse gratefull to idle England, which now can scarce endure the paine of a penne. Vpon this necessarily followeth, that base men with seruill wits vndertake it, who thinke it inough if they can be rewarded of the Printer: and so as Epaminandas is said with the honor of his vertue to haue made an Office, by his exercising it, which before was contemtible, to become highly respected: so these men no more but setting their names to it, by their own disgracefulnesse, disgrace the most gracefull Poesie. For now as if all the Muses were got with childe, to bring forth bastard Poets: without any commission, they do passe ouer the Bankes of Helicon, till they make the Readers more wearie then Post-horses: while in the meane time, they Queis meliore luto finxit præcordia Titan, are better content to suppresse the out-flowings of their wit, then by publishing them, to be accounted Knights of the same order. But I that before euer I durst aspire vnto the dignitie, am admitted into the companie of the Paper-blurrers, do finde the verie true cause of our wanting estimation, is want of desert, taking vppon vs to be Poets, in despite of Pallas. Now wherein we want desert, were a thank woorthie labour to expresse. But if I knew I should haue mended my selfe, but as I neuer desired the title, so haue I neglected the meanes to come by it, onely ouer-mastered by some thoughts, I yeelded an inckie tribute vnto them. Marrie they that delight in Poesie it selfe, should seek to know what they do, and how they do: and especially looke themselues in an vnflattering glasse of reason, if they be enclinable vnto it. For Poesie must not be drawne by the eares, it must be gently led, or rather it must lead, which was partly the cause that made the auncient learned affirme, it was a diuine gift & no humane skil; since all other knowledges lie readie for anie that haue strength of wit: A Poet no industrie can make, if his owne Genius be not carried into it. And therefore is an old Prouerbe, Orator fit, Pæta nascitur. Yet conconfesse I alwaies, that as the fertilest ground must be manured, so must the highest flying wit haue a Dedalus to guide him. That Dedalus they say both in this and in other, hath three wrings to beare it selfe vp into the aire of due commendation: that is Art, Imitation, and Exercise. But these neither Artificiall Rules, nor imitatiue paternes, we much comber ourselues withall. Exercise indeed we do, but that verie fore-backwardly; for where we should exercise to know, we exercise as hauing knowne: and so is our braine deliuered of much matter, which neuer was begotten by knowledge. For there being two principall parts, Matter to be expressed by words, and words to expresse the matter: In neither, wee vse Art or imitation rightly. Our matter is, Quodlibet, indeed though wrongly performing, Ouids Verse. Quicquid conabor dicere, Versus erit: neuer marshalling it into anie assured ranck, that almost the Readers cannot tell where to finde themselues.

Chawcer vndoubtedly did excellently in his Troilus and Creseid: of whome trulie I knowe not whether to meruaile more, either that hee in that mistie time could see so clearly, or that wee in this cleare age, goe so stumblingly after him. Yet had hee great wants, fit to be forgiuen in so reuerent an Antiquitie. I account the Mirrour of Magistrates, meetly furnished of bewtiful partes. And in the Earle of Surreis Lirickes, manie thinges tasting of a Noble birth, and worthie of a Noble minde. The Sheepheards Kallender, hath much Poetrie in his Egloges, indeed woorthie the reading, if I be not deceiued. That same framing of his style to an olde rusticke language, I dare not allow: since neither Theocritus in Greeke, Virgill in Latine, nor Sanazara in Italian, did affect it. Besides these, I doo not remember to haue seene but fewe (to speake boldly) printed, that haue poeticall sinnewes in them. For proofe whereof, let but moste of the Verses bee put in prose, and then aske the meaning, and it will bee founde, that one Verse did but beget an other, without ordering at the first, what should bee at the last, which becomes a confused masse of words, with a tingling sound of ryme, barely accompanied with reasons.

Our Tragidies and Commedies, not without cause cryed out against, obseruing rules neither of honest ciuilitie, nor skilfull Poetrie. Excepting Gorboducke, (againe I say of those that I haue seen) which notwithstanding as it is full of stately speeches, and wel sounding phrases, clyming to the height of Seneca his style, and as full of notable morallitie, which it dooth most delightfully teach, and so obtaine the verie ende of Poesie. Yet in truth, it is verie defectious in the circumstaunces, which greeues mee, because it might not remaine as an exact moddell of all Tragidies. For it is faultie both in place and time, the two necessarie Companions of all corporall actions. For where the Stage should alway represent but one place, and the vttermoste time presupposed in it, should bee both by Aristotles precept, and common reason, but one day; there is both manie dayes and places, inartificially imagined. But if it bee so in Gorboducke, howe much more in all the the rest, where you shall haue Asia of the one side, and Affricke of the other, and so manie other vnder Kingdomes, that the Player when he comes in, must euer begin with telling where he is, or else the tale will not be conceiued. Now you shall haue three Ladies walke to gather flowers, and then we must beleeue the stage to be a garden. By and by we heare newes of shipwrack in the same place, then we are too blame if we accept it not for a Rock. Vpon the back of that, comes out a hidious monster with fire and smoke, and then the miserable beholders are bound to take it for a Caue: while in the meane time two Armies flie in, represented with soure swords & bucklers, and thē what hard hart wil not receiue it for a pitched field.

Now of time, they are much more liberall. For ordinarie it is, that two yoong Princes fall in loue, after many trauerses she is got with childe, deliuered of a faire boy: he is lost, groweth a man, falleth in loue, and is readie to get an other childe, and all this in two houres space: which howe absurd it is in sence, euen sence may imagine: and Arte hath taught, and all auncient examples iustified, and at this day the ordinarie players in Italie will not erre in. Yet will some bring in an example of Eunuche in Terence, that conteineth matter of two dayes, yet far short of twentie yeares. True it is, and so was it to be played in two dayes, and so fitted to the time it set foorth. And though Plautus haue in one place done amisse, let vs hit it with him, & not misse with him. But they will say, how then shall we set foorth a storie, which contains both many places, and many times? And do they not know that a Tragidie is tied to the lawes of Poesie and not of Historie: not bounde to follow the storie, but hauing libertie either to faine a quite new matter, or to frame the Historie to the most Tragicall conueniencie. Againe, many things may be told which cannot be shewed: if they know the difference betwixt reporting and representing. As for example, I may speake though I am here, of Peru, and in speech digresse from that, to the description of Calecut: But in action, I cannot represent it without Pacolets Horse. And so was the manner the Auncients tooke, by some Nuntius, to recount things done in former time or other place. Lastly, if they will represent an Historie, they must not (as Horace saith) beginne ab ouo, but they must come to the principall poynte of that one action which they will represent. By example this will be best expressed. I haue a storie of yoong Polidorus, deliuered for safeties sake with great riches, by his Father Priamus, to Polminester King of Thrace, in the Troyan warre time. He after some yeares, hearing the ouerthrowe of Priamus, for to make the treasure his owne, murthereth the Childe, the bodie of the Childe is taken vp, Hecuba, shee the same day, findeth a sleight to bee reuenged moste cruelly of the Tyrant. Where nowe would one of our Tragedie writers begin, but with the deliuerie of the Childe? Then should hee saile ouer into Thrace, and so spende I know not howe many yeares, and trauaile numbers of places. But where dooth Euripides? euen with the finding of the bodie, the rest leauing to be told by the spirite of Polidorus. This needes no further to bee enlarged, the dullest witte may conceiue it.

But besides these grosse absurdities, howe all their Playes bee neither right Tragedies, nor right Comedies, mingling Kinges and Clownes, not because the matter so carrieth it, but thrust in the Clowne by head and shoulders to play a part in maiesticall matters, with neither decencie nor discretion: so as neither the admiration and Commiseration, nor the right sportfulnesse is by their mongrell Tragicomedie obtained. I know Apuleius did somewhat so, but that is a thing recounted with space of time, not represented in one moment: and I knowe the Auncients haue one or two examples of Tragicomedies, as Plautus hath Amphitrio. But if we marke them well, wee shall finde that they neuer or verie daintily matche horne Pipes and Funeralls. So falleth it out, that hauing indeed no right Comedie in that Comicall part of our Tragidie, wee haue nothing but scurrillitie vnwoorthie of anie chaste eares, or some extreame shewe of doltishnesse, indeede fit to lift vp a loude laughter and nothing else: where the whole tract of a Comedie should be full of delight, as the Tragidie should bee still maintained in a well raised admiration. But our Comedients thinke there is no delight without laughter, which is verie wrong, for though laughter may come with delight, yet commeth it not of delight, as though delight should be the cause of laughter. But well may one thing breed both togither. Nay rather in themselues, they haue as it were a kinde of contrarietie: For delight wee scarcely doo, but in thinges that haue a conueniencie to our selues, or to the generall nature: Laughter almost euer commeth of thinges moste disproportioned to our selues, and nature. Delight hath a ioy in it either permanent or present. Laughter hath onely a scornfull tickling. For example, wee are rauished with delight to see a faire woman, and yet are farre from beeing mooued to laughter. Wee laugh at deformed creatures, wherein certainly wee cannot delight. We delight in good chaunces, wee laugh at mischaunces. We delight to heare the happinesse of our friendes and Countrey, at which hee were worthie to be laughed at, that would laugh: we shall contrarily laugh sometimes to finde a matter quite mistaken, and goe downe the hill against the byas, in the mouth of some such men as for the respect of them, one shall be hartily sorie, he cannot chuse but laugh, and so is rather pained, then delighted with laughter. Yet denie I not, but that they may goe well togither, for as in Alexanders picture well set out, wee delight without laughter, and in twentie madde Antiques, wee laugh without delight. So in Hercules, painted with his great beard and furious countenaunce, in a womans attyre, spinning, at Omphales commaundement, it breedes both delight and laughter: for the representing of so straunge a power in Loue, procures delight, and the scornefulnesse of the action, stirreth laughter. But I speake to this purpose, that all the ende of the Comicall part, bee not vppon suche scornefull matters as stirre laughter onelie, but mixe with it, that delightfull teaching whiche is the ende of Poesie. And the great faulte euen in that poynt of laughter, and forbidden plainly by Aristotle, is, that they stirre laughter in sinfull things, which are rather execrable then ridiculous: or in miserable, which are rather to be pitied then scorned. For what is it to make folkes gape at a wretched begger, and a beggerly Clowne: or against lawe of hospitalitie, to least at straungers, because they speake not English so well as we do? What doo we learne, since it is certaine, Nil habet infœlix paupertas durius in se, Quam quod ridiculos homines facit. But rather a busie louing Courtier, and a hartlesse threatning Thraso; a selfe-wise seeming Schoolemaister, a wry transformed Traueller: these if we saw walke in Stage names, which we plaie naturally, therein were delightfull laughter, and teaching delightfulnesse, as in the other the Tragidies of Buchanan do iustly bring foorth a a diuine admiration.

But I haue lauished out too many words of this Play-matter; I do it, because as they are excelling parts of Poesie, so is there none so much vsed in England, and none can be more pittifully abused: which like an vnmannerly daughter, shewing a bad education, causeth her mother Poesies honestie to be called in question. Other sort of Poetrie, almost haue we none, but that Lyricall kind of Songs and Sonets; which Lord, if he gaue vs so good mindes, how well it might be employed, and with how heauenly fruites, both priuate and publike, in singing the praises of the immortall bewtie, the immortall goodnes of that God, who giueth vs hands to write, and wits to conceiue: of which we might wel want words, but neuer matter, of which we could turne our eyes to nothing, but we should euer haue new budding occasions. But truly many of such writings as come vnder the banner of vnresistable loue, if I were a mistresse, would neuer perswade mee they were in loue: so coldly they applie firie speeches, as men that had rather redde louers writings, and so caught vp certaine swelling Phrases, which hang togither like a man that once tolde me the winde was at Northwest and by South, because he would be sure to name winds inough, then that in truth they feele those passions, which easily as I thinke, may be bewraied by that same forciblenesse or Euergia, (as the Greeks call it of the writer). But let this be a sufficient, though short note, that we misse the right vse of the materiall point of Poesie.

Now for the outside of it, which is words, or (as I may tearme it) Diction, it is euen well worse: so is it that hony-flowing Matrone Eloquence, apparrelled, or rather disguised, in a Courtisanlike painted affectation. One time with so farre set words, that many seeme monsters, but must seeme straungers to anie poore Englishman: an other time with coursing of a letter, as if they were bound to follow the method of a Dictionary: an other time with figures and flowers, extreemly winter-starued. But I would this fault were onely peculiar to Versefiers, and had not as large possessiō among Prose-Printers: and which is to be meruailed among many Schollers, & which is to be pitied among some Preachers. Truly I could wish, if at least I might be so bold to wish, in a thing beyond the reach of my capacity, the diligent Imitators of Tully & Demosthenes, most worthie to be imitated, did not so much keepe Nizolian paper bookes, of their figures and phrases, as by attentiue translation, as it were, deuoure them whole, and make them wholly theirs. For now they cast Suger and spice vppon euerie dish that is serued to the table: like those Indians, not content to weare eare-rings at the fit and naturall place of the eares, but they will thrust Iewels through their nose and lippes, because they will be sure to be fine. Tully when he was to driue out Catiline, as it were with a thunderbolt of eloquence, often vseth the figure of repitition, as Viuit & vincit, imo insenatum, Venit imo, insenatum venit, &c. Indeede enflamed, with a well grounded rage, hee would haue his words (as it were) double out of his mouth, and so do that artificially, which we see men in choller doo naturally. And we hauing noted the grace of those words, hale them in sometimes to a familiar Epistle, when it were too much choller to be chollericke. How well store of Similiter Cadenses, doth sound with the grauitie of the Pulpit, I woulde but inuoke Demosthenes soule to tell: who with a rare daintinesse vseth them. Truly they haue made mee thinke of the Sophister, that with too much subtiltie would proue two Egges three, and though he might bee counted a Sophister, had none for his labour. So these men bringing in such a kinde of eloquence, well may they obtaine an opinion of a seeming finenesse, but perswade few, which should be the ende of their finenesse. Now for similitudes in certain Printed discourses, I thinke all Herberists, all stories of beasts, foules, and fishes, are rifled vp, that they may come in multitudes to wait vpon any of our conceits, which certainly is as absurd a surfet to the eares as is possible. For the force of a similitude not being to proue any thing to a contrary disputer, but onely to explaine to a willing hearer, when that is done, the rest is a moste tedious pratling, rather ouerswaying the memorie from the purpose whereto they were applied, then anie whit enforming the iudgement alreadie either satisfied, or by similitudes not to be satisfied. For my part, I doo not doubt, when Antonius and Crassus, the great forefathers of Cicero in eloquence, the one (as Cicero testifieth of them) pretended not to knowe Art, the other not to set by it, (because with a plaine sensiblenesse, they might winne credit of popular eares, which credit, is the nearest steppe to perswasion, which perswasion, is the chiefe marke of Oratorie) I do not doubt I say, but that they vsed these knacks verie sparingly, which who doth generally vse, any man may see doth dance to his owne musick, and so to be noted by the audience, more careful to speak curiously then truly. Vndoubtedly (at least to my opinion vndoubtedly) I haue found in diuers smal learned Courtiers, a more sound stile, then in some professors of learning, of which I can gesse no other cause, but that the Courtier following that which by practise he findeth fittest to nature, therein (though he know it not) doth according to art, thogh not by art: where the other vsing art to shew art and not hide art (as in these cases he shuld do) flieth from nature, & indeed abuseth art.

But what? methinks I deserue to be poūded for straying from Poetrie, to Oratory: but both haue such an affinitie in the wordish consideratiō, that I think this digression will make my meaning receiue the fuller vnderstanding: which is not to take vpon me to teach Poets how they should do, but only finding my selfe sicke among the rest, to shew some one or two spots of the common infection growne among the most part of writers; that acknowledging our selues somewhat awry, wee may bende to the right vse both of matter and manner. Whereto our language giueth vs great occasion, being indeed capable of any excellent exercising of it. I knowe some will say it is a mingled language: And why not, so much the better, taking the best of both the other? Another will say, it wanteth Grammer. Nay truly it hath that praise that it wants not Grammer; for Grammer it might haue, but it needs it not, being so easie in it selfe, and so voyd of those combersome differences of Cases, Genders, Moods, & Tenses, which I thinke was a peece of the Tower of Babilons curse, that a man should be put to schoole to learn his mother tongue. But for the vttering sweetly and properly the conceit of the minde, which is the end of speech, that hath it equally with any other tongue in the world. And is perticularly happy in compositions of two or three wordes togither, neare the Greeke, farre beyond the Latine, which is one of the greatest bewties can be in a language.

Now of versefying, there are two sorts, the one auncient, the other moderne. The auncient marked the quantitie of each sillable, and according to that, framed his verse: The moderne, obseruing onely number, with some regard of the accent; the chiefe life of it, standeth in that like sounding of the words, which we call Rime. Whether of these be the more excellent, wold bear many speeches, the ancient no doubt more fit for Musick, both words and time obseruing quantitie, and more fit, liuely to expresse diuers passions by the low or loftie sound of the well-wayed sillable. The latter likewise with his rime striketh a certaine Musicke to the eare: and in fine, since it dooth delight, though by an other way, it obtaineth the same purpose, there being in eitner sweetnesse, and wanting in neither, maiestie. Truly the English before any Vulgare language, I know is fit for both sorts: for, for the auncient, the Italian is so full of Vowels, that it must euer be combred with Elisions. The Duch so of the other side with Consonants, that they cannot yeeld the sweete slyding, fit for a Verse. The French in his whole language, hath not one word that hath his accent in the last sillable, sauing two, called Antepenultima; and little more hath the Spanish, and therefore verie gracelesly may they vse Dactiles. The English is subiect to none of these defects. Now for Rime, though we doo not obserue quantie, yet wee obserue the Accent verie precisely, which other languages either cannot do, or will not do so absolutely. That Cæsura, or breathing place in the midst of the Verse, neither Italian nor Spanish haue: the French and we, neuer almost faile off. Lastly, euen the verie Rime it selfe, the Italian cannot put it in the last sillable, by the French named the Masculine Rime; but still in the next to the last, which the French call the Female; or the next before that, which the Italian Sdrucciola: the example of the former, is Buono, Suono, of the Sdrucciola, is Femina, Semina. The French of the other side, hath both the Male as Bon, Son; and the Female, as Plaise, Taise; but the Sdrucciola he hath not: where the English hath all three, as Du, Trew, Father, Rather, Motion, Potion, with much more which might be sayd, but that alreadie I finde the triflings of this discourse is much too much enlarged. So that since the euer-praise woorthie Poesie is full of vertue breeding delightfulnesse, and voyd of no gift that ought to be in the noble name of learning, since the blames layd against it, are either false or feeble, since the cause why it is not esteemed in England, is the fault of Poet-apes, not Poets. Since lastly our tongue is most fit to honour Poesie, and to bee honoured by Poesie, I coniure you all that haue had the euill luck to read this inck-wasting toy of mine, euen in the name of the nine Muses, no more to scorne the sacred misteries of Poesie. No more to laugh at the name of Poets, as though they were next inheritors to fooles; no more to iest at the reuerent title of a Rimer, but to beleeue with Aristotle, that they were the auncient Treasurers of the Grecians diuinitie; to beleeue with Bembus, that they were first bringers in of all Ciuilitie; to beleeue with Scalliger that no Philosophers precepts can sooner make you an honest man, then the reading of Virgil; to beleeue with Clauserus, the Translator of Cornutus, that it pleased the heauenly deitie by Hesiod and Homer, vnder the vaile of Fables to giue vs all knowledge, Logicke, Rhetoricke, Philosophie, naturall and morall, and Quid non? To beleeue with me, that there are many misteries contained in Poetrie, which of purpose were written darkly, least by prophane wits it should be abused: To beleeue with Landin, that they are so beloued of the Gods, that whatsoeuer they write, proceeds of a diuine furie. Lastly, to beleeue themselues when they tell you they will make you immortal by their verses. Thus doing, your name shall florish in the Printers shops. Thus doing you shalbe of kin to many a Poeticall Preface. Thus doing, you shal be most faire, most rich, most wise, most all: you shall dwel vpon Superlatiues. Thus doing, though you be Libertino patre natus, you shall sodeinly grow Herculea proles. Si quid mea Carmina possunt. Thus doing, your soule shall be placed with Dantes Beatrix, or Virgils Anchises. But if (fie of such a but) you bee borne so neare the dull-making Cataract of Nilus, that you cannot heare the Planet-like Musicke of Poetrie; if you haue so earth-creeping a mind that it cannot lift it selfe vp to looke to the skie of Poetrie, or rather by a certaine rusticall disdaine, wil become such a mome, as to bee a Momus of Poetrie: then though I will not wish vnto you the Asses eares of Midas, nor to be driuen by a Poets verses as Bubonax was, to hang himselfe, nor to be rimed to death as is said to be done in Ireland, yet thus much Curse I must send you in the behalfe of all Poets, that while you liue, you liue in loue, and neuer get sauour, for lacking skill of a Sonet, and when you die, your memorie die from the earth for want of an Epitaphe. FINIS.

Chapitres